Droits de scolarité: Marois croit que Charest doit négocier avec les étudiants

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MAROIS DROITS DE SCOLARITE
Pauline Marois à l'Assemblée, le 21 mars 2012. (PC - Jacques Boissinot) | PC/Jacques Boissinot

QUÉBEC - Pauline Marois devra assumer une part de responsabilité si la grande manifestation étudiante prévue jeudi à Montréal tourne au vinaigre, a soutenu mercredi la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp.

La ministre reproche à la chef péquiste de ne pas avoir condamné avec vigueur le blocage la veille du pont Champlain, sur la Rive-Sud de Montréal, par un groupe d'étudiants opposés à la hausse des droits de scolarité.

Mme Marois a plutôt réitéré mercredi en point de presse son appui à la cause étudiante et a promis aux grévistes d'annuler l'augmentation décrétée par le gouvernement Charest une fois portée au pouvoir.

Elle a aussi eu de bons mots pour les leaders étudiants, qui à ses yeux ont été «jusqu'à maintenant très responsables».

Au sujet du blocage du pont Champlain, la chef péquiste a parlé d'un «geste de nuisance important pour les citoyens» qui «nuit» à la cause des étudiants.

Autrement, le mouvement de contestation mène à ses yeux des activités «plutôt bon enfant et même très sympathiques».

Au lieu de déplorer du bout des lèvres, la leader du Parti québécois aurait dû désavouer sans réserve les actions d'éclat des étudiants, a répliqué la ministre de l'Éducation.

«Comme élu à l'Assemblée nationale, il faut qu'on soit capable de dire 'ça suffit' quand une ligne est traversée. Je me serais vraiment attendue de la part de Mme Marois qu'elle soit en phase avec les contribuables québécois», a-t-elle soulevé.

Par son attitude désinvolte, la chef du PQ contribue à prolonger la crise aux dépens de la paix sociale, selon Mme Beauchamp.

«Est-ce que Mme Marois est en train de dire que ce n'est pas grave? On nous annonce d'autres gestes de perturbation économique et si ça se produit, je pense qu'elle devra en porter une partie de la responsabilité», a-t-elle dit.

En entrevue, une porte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), Jeanne Reynolds, n'a pas exclu d'autres gestes d'éclat pour forcer le gouvernement à tendre l'oreille.

La CLASSE, qui milite pour la gratuité scolaire, estime que le blocage du pont Champlain mardi était «légitime» parce que le gouvernement refuse toujours de discuter avec les associations étudiantes après plusieurs semaines de grève.

Les étudiants ont été outrés de constater qu'ils avaient été ignorés dans le budget déposé mardi par le ministre Raymond Bachand, a ajouté la porte-parole, qui s'attend à un nombre record de participants à la manifestation de jeudi.

Alors que le conflit s'envenime, la chef péquiste est revenue à la charge pour demander au premier ministre Jean Charest d'entreprendre des négociations avec les associations étudiantes.

«Les leaders étudiants ont tendu la main au gouvernement à plusieurs reprises. J'invite donc le premier ministre à faire preuve d'un véritable leadership, à prendre ses responsabilités et à ouvrir le dialogue avec les étudiants», a fait valoir Mme Marois.

Dans le présent débat sur la hausse des droits de scolarité, le Parti québécois a fait son nid. Aussitôt élu, un gouvernement péquiste annulera l'augmentation de 1625 $ sur cinq ans décrétée par le gouvernement Charest.

«Si les libéraux s'obstinent jusqu'au bout et imposent cette hausse, un gouvernement du Parti québécois l'annulera», a insisté Mme Marois.

La gratuité scolaire ne figure pas dans les plans du PQ, mais la chef péquiste refuse de chiffrer ce qui serait à ses yeux une juste contribution financière des étudiants.

Nouveau gel des droits de scolarité ou augmentation purement symbolique, Mme Marois ne veut pas se commettre.

«Non, je ne statuerai pas sur une hausse acceptable. C'est justement ce que nous voudrions pouvoir discuter au moment d'un forum: Est-ce qu'il y a lieu qu'il y ait une hausse? De quel ordre peut-elle être, si c'est le cas, et si nous retenons un tel scénario», a-t-elle expliqué.

Plutôt que de leur imposer de nouvelles conditions, les étudiants seront convoqués à une vaste rencontre au sommet avec les acteurs concernés pour «faire ensemble un certain nombre de constats et proposer des actions concrètes», a souligné Mme Marois.