NOUVELLES

Toulouse: violentes détonations près de l'immeuble du présumé tueur en série

21/03/2012 07:05 EDT | Actualisé 21/05/2012 05:12 EDT
AFP

TOULOUSE (France), 22 mars 2012 (AFP) - Trois violentes détonations ont retenti mercredi peu avant minuit, suivies d'une quatrième deux heures après, près de l'immeuble où s'est retranché le jeune Français suspecté d'avoir tué sept personnes, dont trois enfants juifs, dans le sud-ouest de la France.

La dernière détonation a été précédée de deux apparents coups de feu alors qu'après plus de 23 heures de guerre d'usure entre la police et le suspect de 23 ans, Mohamed Merah, qui se réclame d'Al-Qaïda, une source proche de l'enquête affirmait que le dénouement était proche.

Deux sources proches de l'enquête ont démenti formellement que les détonations soient le signe d'un assaut final. "Il disait qu'il voulait se rendre, il a changé d'avis, on augmente la pression pour qu'il se rende", a déclaré l'une d'elles.

Selon un spécialiste, les détonations "peuvent en effet provenir de grenades assourdissantes et aveuglantes pour tester les capacités de réaction et peser sur les négociations", un autres estimant qu'elles peuvent aussi annoncer l'assaut, une première explosion faisant sauter la cloison, les autres devant sidérer l'individu et l'assourdir, lui empêchant toute réaction.

En tout cas, un dénouement est proche, a dit une source proche de l'enquête.

Les policiers pourraient être en train d'éprouver la résistance du suspect, cerné dans son logement dont l'eau, le gaz et l'électricité ont été coupés, et d'où il s'est vanté d'avoir mis seul "la France à genoux".

"Nous espérons éviter l'assaut parce que nous souhaitons prendre M. Merah vivant afin qu'il puisse être jugé", avait dit en début de soirée le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, pour expliquer pourquoi les unités d'élite ne passaient pas à l'action.

Le jeune homme est l'auteur présumé de l'assassinat entre le 11 et le 19 mars à Toulouse et Montauban de trois militaires d'origine maghrébine et de quatre juifs, dont trois enfants. Il projetait d'assassiner deux policiers et un militaire mercredi, selon le procureur de Paris, François Molins.

Le suspect "revendique être un moudjahidine, appartenir à Al-Qaïda et avoir voulu venger les enfants palestiniens autant qu'avoir voulu s'en prendre à l'armée française" du fait de sa présence en Afghanistan, selon Claude Guéant.

Il entendait aussi punir la France pour sa loi interdisant le port public du voile islamique intégral, selon le procureur.

Le Raid (l'unité d'élite de la police) a mené "plusieurs tentatives" pour entrer dans son appartement situé au premier étage d'un petit immeuble et s'est heurté à chaque fois à une "réplique" à l'arme à feu, a indiqué le procureur. Deux policiers ont été blessés.

"Mettre la République à genoux"

Trois personnes de son entourage ont été placées en garde à vue dont l'un de ses frères interpellé mercredi et "engagé lui aussi dans l'idéologie salafiste", selon une source policière. Des "explosifs" ont été trouvés dans sa voiture.

A Montauban, un hommage aux trois militaires tués les 11 et 15 mars, a été rendu dans l'après-midi en présence du chef de l'Etat Nicolas Sarkozy et d'autres candidats à la présidentielle d'avril et mai dont le socialiste François Hollande.

Le tueur "voulait mettre la République à genoux" mais elle "n'a pas cédé", a affirmé le président en qualifiant la mort des militaires d'"exécution terroriste".

Nicolas Sarkozy a prévenu que "ces crimes ne demeureront pas impunis". Face à de tels événements il ne faut "en aucun cas céder à l'amalgame" ni "à la vengeance", a-t-il aussi ajouté.

Le chef de l'Etat avait réuni dans la matinée à Paris les représentants des grandes religions de France, dont les juifs et les musulmans, "pour montrer que le terrorisme ne parviendra pas à fracturer notre communauté nationale".

Les autorités musulmanes, comme celles du judaïsme, ont rejeté tout amalgame entre l'islam et ces crimes. "Ces actes sont en contradiction totale avec les fondements de cette religion", a assuré Mohamed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman (CFCM).

La France compte les plus fortes communautés juive et musulmane en Europe, avec respectivement plus de 500.000 et plus de 4 millions de membres.

Trois enfants juifs de 4, 5 et 7 ans, et un professeur de religion de 30 ans ont été exécutés lundi dans des conditions effroyables, à l'école Ozar Hatorah de Toulouse. Les corps des victimes, dont trois avaient la double nationalité franco-israélienne, ont été transportés en Israël où elles ont été inhumées.

"Entraîné par Al-Qaïda"

Pour chacun de ces crimes, le tueur s'était déplacé sur un scooter de marque Yamaha, qui selon le procureur a été retrouvé. A chaque fois, il avait utilisé une arme de calibre 11,43 mm.

Selon le procureur, il n'a exprimé "aucun regret" sinon de "ne pas avoir fait plus de victimes" et s'est glorifié d'avoir "mis la France à genoux".

Lors des discussions avec les policiers, il a expliqué qu'il avait "reçu des instructions d'Al-Qaïda" et qu'il avait "accepté une mission générale pour commettre un attentat en France", a déclaré le ministre de l'Intérieur.

Le suspect, qui a effectué deux séjours en Afghanistan et au Pakistan, a aussi dit "avoir été entraîné à la frontière afghano-pakistanaise.

Selon le procureur, il avait été arrêté lors d'un de ses voyages par la police afghane et remis à l'armée américaine qui l'avait renvoyé en France. Il avait été détenu pour des faits de droit commun à Kandahar, le berceau des talibans.

Mohamed Merah "était suivi depuis plusieurs années par la DCRI", les services du renseignement intérieur français, "mais jamais aucun élément de nature à (faire) penser qu'il préparait une action criminelle n'était apparu", a confié le ministre de l'Intérieur.

Claude Guéant a précisé qu'il avait commis dans le passé en France "plusieurs actes de délinquance, une petite dizaine, parfois avec violence".

Les services occidentaux estimaient récemment à quelques dizaines ces jeunes jihadistes de retour des zones troublées à la frontière du Pakistan et de l'Afghanistan, dont quelques-uns en France.

L'école Ozar Hatorah de Toulouse, visée lundi par la pire attaque antisémite en France depuis 30 ans, a rouvert mercredi ses portes. Les parents d'élèves se disaient "soulagés" de savoir le suspect assiégé par la police mais attendaient son arrestation, leur "délivrance".

Même soulagement pour les proches des militaires tués. "Je l'avais dit au chef du corps où exerçait mon petit, que j'étais confiant", a commenté le père d'Abel Chennouf, l'un des trois parachutistes assassinés.

Mais l'identité du suspect et sa revendication d'appartenance à Al-Qaïda ont immédiatement alimenté le débat politique et la campagne présidentielle, mise en grande partie entre parenthèses depuis lundi. Pour la candidate de l'extrême droite, Marine Le Pen, "le risque fondamentaliste a été sous-estimé" en France.

La surveillance du renseignement français sur les réseaux islamistes radicaux a aussi commencé à être critiquée par des membres de l'opposition.