Des réactions modérées à un budget modeste, sauf pour les étudiants

Greve Etudiante Nouveaux Moyens

Première Publication: 20/03/2012 16:20 Mis à jour: 21/03/2012 11:57

QUÉBEC - Hormis les associations étudiantes, aucun groupe n'a poussé les hauts cris devant le budget Bachand déposé mardi à l'Assemblée nationale.

De façon générale, les organisations patronales ont apprécié le maintien du retour à l'équilibre budgétaire en 2013-2014 et la modestie des dépenses.

«C'est un budget qui a peu de moyens financiers, en partant. Il met en place les bons leviers; on appuie sur les bons boutons», a résumé en entrevue Simon Prévost, des Manufacturiers et exportateurs du Québec.

L'accent mis sur le Plan Nord a été applaudi par la présidente de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Françoise Bertrand. «Ou on embarque dans le train du développement minier ou on passe notre tour», a-t-elle tranché.

La fédération s'accommode de la création de Ressources Québec pour accroître les prises de participation du gouvernement dans les minières. «On n'est pas très fort, nous, sur les nouvelles structures, mais y rajouter 500 millions $, on est d'accord. On est parfaitement d'accord avec le développement des ressources naturelles et le Plan Nord», a résumé en entrevue Mme Bertrand.

Le président du Conseil du patronat du Québec, Yves-Thomas Dorval, met toutefois en garde ceux qui se réjouissent trop vite de cette prise de participation gouvernementale dans des minières. «Quand ça va aller moins bien, les gens vont dire 'hey, comment ça se fait qu'on perd de l'argent là-dedans?'» prédit-il.

M. Dorval ne blâme tout de même pas le gouvernement pour cette initiative. «C'est très québécois. Beaucoup de Québécois demandaient au gouvernement d'intervenir» et d'accroître sa prise de participation dans ces entreprises, a-t-il fait valoir en entrevue.

Pour ce qui est du fonds de 170 millions $ pour favoriser la deuxième et la troisième transformations des produits du bois, M. Dorval s'en réjouit. «Ça c'est excellent; le milieu des affaires le demandait.»

«Ça lance le bon message», confirme Simon Prévost, des Manufacturiers et exportateurs.

Au Fonds de solidarité de la FTQ, qui gérera ce fonds favorisant la transformation du bois avec le gouvernement, on se félicite de cette intervention sollicitée depuis des années. «On pense que ce fonds va faire en sorte qu'on va être capable de maintenir et de créer des emplois dans la deuxième et la troisième transformations», a opiné en entrevue Michel Arsenault, président de la FTQ.

Il rappelle que plusieurs régions du Québec ont été durement «éprouvées» par les difficultés de l'industrie forestière, comme le Saguenay_Lac Saint-Jean, la Mauricie, la Gaspésie, l'Abitibi-Témiscamingue et la Côte-Nord.

Le président de la plus importante centrale syndicale québécoise se désole cependant de la tiédeur des mesures visant à améliorer les revenus de retraite. Le régime proposé reste volontaire et les très petites entreprises en seront dispensées. «Avec cette formule-là, on est en train de déresponsabiliser les employeurs. Or, la retraite, c'est l'affaire des employés et des employeurs aussi», rappelle M. Arsenault.

Il déplore le fait que la seule obligation pour l'employeur, avec le régime proposé, sera de faire les retenues salariales à la source. Le syndicaliste rappelle qu'un Québécois sur deux ne dispose pas de régime de retraite.

Aînés

Les nombreuses mesures touchant les personnes âgées ont donné de l'espoir à l'Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux, qui regroupe à la fois les hôpitaux et les CHSLD (Centres d'hébergement et de soins de longue durée).

La directrice générale Lise Denis croit que l'avenir dira si les centaines de millions de plus injectés chaque année suffiront à la demande. «Est-ce que c'est vraiment suffisant? Il faudra l'évaluer au fur et à mesure des cinq ans», a-t-elle conclu en entrevue.

Elle admet qu'à première vue, 850 places dans les centres d'hébergement sur plusieurs années paraît peu compte tenu de l'ampleur des besoins, mais elle note que le gouvernement accroîtra les fonds pour les ressources intermédiaires, ce qui soulagera les CHSLD. Elle rappelle aussi qu'il y aura plus de fonds pour les places en transition après un séjour à l'hôpital et plus d'aînés qui bénéficieront de services à domicile.

Chez certains de ces organismes qui dispensent ces services à domicile aux personnes âgées, on trouve les fonds alloués «nettement, nettement insuffisants». Nancy Neamtan, du Chantier de l'économie sociale, rappelle que 6000 personnes dispensent des services à 80 000 aînés qui demeurent chez eux _ entretien ménager, aide aux repas, etc.

Pour ces entreprises d'économie sociale, il manque «au moins 16 millions $», a évalué Mme Neamtan, en entrevue.

Elle juge «plutôt inquiétant» le choix de privilégier les crédits d'impôt pour soutenir les aînés qui restent à domicile, arguant que ce ne sont pas toutes ces personnes qui peuvent trouver elles-mêmes le service requis, gérer les crédits d'impôt ou faire appel à un comptable.

Étudiants et autres

Du côté des associations étudiantes, on ne décolère pas.

«C'est un budget qui va attiser la colère des étudiants de plus en plus. Ça va stimuler la mobilisation», a prévenu en entrevue le coporte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante, Gabriel Nadeau-Dubois.

«Ce n'est rien pour calmer la grogne étudiante», affirme aussi Léo Bureau-Blouin, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec.

«Si le gouvernement pense que ce budget-là va scier les jambes du mouvement étudiant, je pense qu'il se trompe de beaucoup. Au contraire, ça va fouetter les troupes», a-t-il averti.

François Saillant, coordonnateur du Front d'action populaire en réaménagement urbain, déplore le fait que le gouvernement ne réalise pas autant de logements sociaux que le chef libéral Jean Charest l'avait promis en campagne électorale, soit 3000 par année. Il souligne cependant que des unités de logement du programme Accès Logis seront réservées aux aînés à faible revenu, qui en ont grand besoin.

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Publié par Geoffrey Dirat  |