The Hunger Games : une adaptation honnête du roman

Le HuffPost   Première Publication: 20/03/2012 21:34 Mis à jour: 21/03/2012 11:48

Dans The Hunger Games, l'héroïne Katniss Everdeen est personnifiée par Jennifer Lawrence (aussi connue pour son rôle principal dans Winter's Bone, en nomination aux Oscars l'an dernier). Mais aussitôt que l'annonce en a été faite, la page Facebook du film a été inondée de commentaires jugeant l'actrice de 21 ans « trop vieille » et « trop blonde ».

En effet, dans le roman de Suzanne Collins, Katniss est âgée de 16 ans et possède une chevelure foncée. Outre ces accrocs à la physionomie du personnage, le choix de Jennifer Lawrence a été fortement critiqué pour sa douceur.

Katniss doit subvenir aux besoins de sa famille, après que sa mère ait sombré dans la folie et que son père soit mort dans un terrible accident à la mine de charbon. Ceux qui ont lu le roman savent que l'héroïne a souffert de famine durant son enfance. Par conséquent, son visage fermé et menaçant reflète une vie d'épreuves et de privations. Katniss est une dure à cuire, mais Jennifer Lawrence est trop photogénique pour bien rendre ce trait de caractère.

Pourtant, Suzanne Collins a participé activement au casting et a approuvé le choix du rôle principal. Quant au réalisateur Gary Ross, il ne tarit pas d'éloges envers la jeune actrice, qu'il décrit comme ayant été un élément essentiel du tournage.

Dans la même veine, le choix de l'acteur Liam Hemsworth pour tenir le rôle de Gale Hawthorne convient parfaitement aux standards d'Hollywood, mais ne reflète pas fidèlement le personnage du roman. L'Australien de 22 ans et petit copain de Miley Cyrus est beau à craquer (ce n'est pas moi qui le dis, c'est l'adolescente assise à côté de moi lors de la représentation). Donc je crois que ce choix aurait été correct si le scénario avait fait une plus grande place à la loyauté et aux prouesses athlétiques de Hawthorne - des qualités bien présentes dans le roman. Malheureusement, nous nous retrouvons devant un personnage sans grand relief.

Le casting est plus réussi en ce qui concerne Peeta Mellark, le fils de boulanger qui doit faire équipe avec Katniss lors du combat de gladiateurs. Peeta est interprété par John Hutcherson (The Kids Are All Right), un acteur de 19 ans qui incarne avec brio la naïveté et la bonne volonté de son personnage.

Il vaut la peine de mentionner au passage la présence bien sentie de Stanley Tucci et de Woody Harrelson. Et je souhaite vivement revoir Toby Jones dans les prochains épisodes de la saga.

Réalisation soignée

Cela étant dit, le film se distingue par des effets visuels très réussis. Le réalisateur s'est inspiré de lieux chargés d'histoire, tels que la place Tian'anmen et la porte de Brandebourg, pour concevoir les amphithéâtres de Panem. Toutefois, lorsque Katniss et Peeta font leur première apparition au Capitole, on croirait voir les podiums de la Semaine de mode de New York.

En collaboration avec le designer Philip Messina, Gary Ross a imaginé un monde où les inégalités sont flagrantes et se révèlent par de multiples détails. Comme dans la vraie vie, l'apparence vestimentaire des protagonistes fait foi de leur classe sociale. Katniss provient du District 12, une région minière où de pauvres hères s'habillent à la mode d'il y a cent ans. Les femmes sont particulièrement peu élégantes et portent des robes avec des lacets autour du collet. Katniss a toutefois réussi, on ne sait trop comment, à dénicher une veste de cuir tout à fait honorable dont elle se sert pour aller chasser.

Passons maintenant au Capitole, cette cité administrative où résident les citoyens les plus riches de la nation décadente de Panem. Bien nourris et dispensés de sacrifier leurs enfants aux jeux du cirque, ces privilégiés s'habillent de couleurs très vives et quasiment surnaturelles. Leur démarche est prétentieuse et leur rire est agaçant. Ils sont caricaturaux et un brin amusants, alors que le roman en fait des personnages méprisables.

Philip Messina et Gary Ross ont choisi de situer les « jeux de famine » (qui ont inspiré le titre du film et occupent une bonne partie de ses 143 minutes) dans la même région de Caroline du Nord où les scènes du District 12 ont été tournées. Alors que le roman dépeint un stade entièrement artificiel, l'amphithéâtre est aménagé dans un lieu naturel. Serait-ce pour des raisons budgétaires ? Je n'en sais rien. Chose certaine, l'emplacement choisi contribue à augmenter l'intensité et l'horreur du bain de sang télévisé.

Justement, on ne saurait passer sous silence l'extrême violence du scénario, qui se révèle après 30 ou 40 minutes. Sans crier gare, des enfants se mettent à se massacrer. On entend le cou d'un garçon se briser, puis l'on voit une jeune fille se faire enfoncer une épée dans la poitrine.

L'auteure Suzanne Collins, qui a grandi dans une famille militaire, avait pour objectif d'enseigner aux jeunes les dures réalités de la guerre et l'aspect déshumanisant des clips qui en sont montrés à la télévision. Or je crois que ces objectifs louables auront peu d'impact sur les adolescents, qui se délecteront des prouesses de Katniss mais réfléchiront peu à l'influence nocive des médias dans la société.

Il reste que le scénario de ce film est très solide. Deux épisodes supplémentaires finiront peut-être par passer le message aussi bien que le roman.

Suivez Hunter Stuart sur Twitter : www.twitter.com/hoont

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Photo par Alberto E. Rodriguez/Getty Images
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