Montréal: des étudiants bloquent l'accès aux bureaux du ministère de l'Éducation

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MANIFESTATIONS CLASSE DIMANCHE
Un groupe d'étudiants bloquait, lundi matin, l'accès aux bureaux du ministère de l'Éducation, au 600, rue Fullum, à Montréal. (Photo PC) | CP

MONTRÉAL - Une conférence du premier ministre Jean Charest au centre-ville de Montréal a été perturbée par des étudiants, lundi en fin d'après-midi.

Les étudiants qui manifestaient contre la hausse des droits de scolarité étaient au départ entre 200 et 300 devant l'édifice qui abrite Google Québec, l'entreprise où le premier ministre a pris la parole vers 15h.

Durant l'allocution de M. Charest, le service de sécurité de l'immeuble a pris la parole dans l'interphone pour demander aux gens de rester sur les étages, dans leur bureau, et de ne pas utiliser les escaliers ou les ascenseurs pour leur «sécurité».

Jean Charest lui-même s'est amusé de l'interruption en lançant «ne vous gênez pas s'il y a autre chose». Il a aussi blagué sur la popularité des dirigeants de Google Québec, en disant qu'ils avaient su attirer «des centaines d'étudiants» à l'extérieur.

Même après que toutes les allocutions eurent été prononcées et que le premier ministre eut quitté les lieux, les journalistes et caméramans n'ont pu sortir de l'édifice, le service de sécurité les en empêchant, de crainte qu'en ouvrant les portes, la poignée de manifestants qui restaient en profitent pour y entrer.

Joint plus tard au téléphone, un porte-parole du Service de police de la ville de Montréal, Raphael Bergeron, a indiqué que des «techniques de dispersion» avaient dû être utilisées pour repousser les étudiants qui voulaient entrer dans l'édifice, parlant de «gaz irritants».

L'attroupement s'était formé vers 15, et le tout s'est terminé «dans le calme» environ une heure plus tard, a affirmé la police.

Plusieurs minutes après la fin de la conférence, les représentants des médias et les invités ont pu quitter, mais par un tunnel qui communiquait avec un autre édifice.

Répondant aux questions des médias, le premier ministre Charest a justifié la campagne de publicité sur les droits de scolarité qui rappelle que le gouvernement bonifiera du même souffle le régime de prêts et bourses.

Sans ces hausses des droits de scolarité touchant les étudiants d'université, c'est toute la classe moyenne qui devrait payer davantage pour mieux financer les universités du Québec, a justifié le premier ministre.

Il a aussi rappelé qu'il n'y aura rien sur les droits de scolarité dans le budget Bachand, qui sera déposé mardi à l'Assemblée nationale, puisque la décision de les hausser pendant cinq ans a été prise l'an passé.

Ces droits seront augmentés de 325 $ par année à compter de l'automne prochain. Ils passeront ainsi de 2168 $ en 2011-2012 à 3793 $ en 2016-2017.

Lundi, plus de 205 000 étudiants ont boycotté leurs cours dans l'ensemble du Québec.

La Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), qui est l'une des organisations qui participeront au grand rassemblement du jeudi 22 mars, à Montréal, s'attend à ce que 266 000 étudiants débraient cette journée-là, soit près d'un sur deux.

Et le mouvement étudiant s'attend à ce que ce rassemblement réunisse plus que les 30 000 étudiants qui avaient manifesté, en novembre dernier, a affirmé en entrevue la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins. Des enseignants et des parents doivent participer à cette manifestation.

Mme Desjardins s'attend à ce que tous les étudiants de l'Université du Québec à Montréal et tous ceux de l'Université Concordia débraient cette journée-là.

Si certains employés rapportent avoir eu le mot d'ordre de ne pas se présenter, jeudi, vu l'ampleur du débrayage étudiant, Mme Desjardins ne peut parler de fermeture d'universités.

«Dire qu'il y aurait une fermeture de l'établissement? Je n'ai pas été mise au courant s'il y avait une fermeture de ces établissements. Une chose est sûre, tous les étudiants de l'UQAM vont être en grève la journée du 22, donc il n'y a aucun cours qui va être donné cette journée-là. Et à Concordia, ça va être exactement la même chose, d'autant plus que notre point de rassemblement, pour le contingent FEUQ, va se faire à Concordia. Donc la majorité des autobus qui vont provenir par exemple de Sherbrooke, Rimouski, Chicoutimi et l'Abitibi vont se rejoindre à Concordia», a-t-elle résumé.

La cadence des actions de tous ordres sera maintenue d'ici là, ont assuré Mme Desjardins et Léo Bureau-Blouin, président de la Fédération étudiante collégiale.

Par exemple, les étudiants avaient prévu manifester ce lundi matin lors d'une conférence de la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, mais comme l'événement a été annulé, ils se sont rabattus sur la conférence du premier ministre Charest.

La Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante a été la première sur place, faisant un sit-in sur le trottoir devant l'édifice, puis la FEUQ et la FECQ sont arrivées quelques minutes plus tard. La rue McGill College a été fermée entre les rues Sainte-Catherine et Cathcart.

Les policiers ont aussi dû intervenir lors d'une autre manifestation étudiante, lundi, du côté de l'Université de Montréal. Le service de police a dit avoir su que «quelqu'un aurait commis une voie de fait, possiblement un employé de l'université qui aurait été victime d'une voie de fait par un étudiant», a rapporté M. Bergeron. Une personne a été arrêtée. À la suite de l'intervention, «les étudiants ont encerclé les gens qui étaient là», a dit M. Bergeron, assurant que tout s'était terminé dans le calme.

Même après la grande manifestation du 22 mars, d'autres événements sont prévus, comme une manifestation à Rimouski le 24, une autre le 27 à Montréal, une le 4 avril à Sherbrooke dans la circonscription du premier ministre Charest. Les étudiants ne lâcheront pas, a assuré Mme Desjardins.

Elle affirme que les étudiants connaissaient les conséquences possibles de leur choix de boycotter leurs cours à long terme. «Il est clair que la session va être prolongée. Je pense qu'il n'y a personne qui s'est fait de fausse idée à ce propos. Il est clair pour nous qu'étant donné que certains sont en grève depuis maintenant un mois, le tout allait s'allonger. Mais, pour l'instant, les étudiants sont très loin de s'essouffler», a-t-elle rapporté.

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