La colère contre les méthodes de Romney garde ses rivaux dans la course

Romney

Première Publication: 19/03/2012 12:15 Mis à jour: 21/03/2012 11:59

LA NOUVELLE-ORLÉANS - Les millions de dollars dépensés dans les spots de campagne de Mitt Romney contre ses principaux rivaux l'ont probablement aidé à dominer les primaires républicaines mais ont engendré un ressentiment qui pourrait compliquer son investiture pour la présidentielle de novembre, à la plus grande joie du camp Obama.

Rick Santorum et Newt Gingrich sont en effet furieux, assommés par de petits spots de 30 secondes qui les ont mis K.O. après leurs succès dans l'Iowa et en Floride pour Gingrich, dans le Michigan ou l'Ohio pour Santorum, rapportent des initiés au sein du Parti républicain.

Ils ont beau s'en être amèrement plaints, l'ex-gouverneur du Massachusetts s'est abstenu de réclamer le retrait de ces spots à ses partisans.

Selon plusieurs vétérans des campagnes républicaines, c'est donc un sentiment d'injustice et de fierté blessée qui pousse ces deux gros egos à rester en lice, malgré l'avance considérable de Romney en nombre de voix de délégués, qui désigneront le candidat du camp conservateur à la Convention nationale de Tampa, en Floride, fin août.

Ils refusent donc de jeter l'éponge, en dépit des appels de certains dirigeants du parti à resserrer les rangs et se concentrer sur le véritable ennemi, le président sortant Barack Obama.

«Les gars de chez Romney ont mené une campagne assez sordide. C'a été très personnel, très moche, très hostile. Il y a beaucoup de mauvais sang», commente Mike McKenna, stratège et sondeur républicain qui n'a pas de poulain dans la course actuelle.

Bien sûr, les comités d'action politique (PAC) qui soutiennent Santorum et Gingrich ont aussi organisé leurs propres attaques, mais cela n'a rien à voir avec le rouleau compresseur monté, à coups de millions de dollars, par le super-PAC pro-Romney Restore Our Future. Ces redoutables comités financés par des groupes d'intérêts, entreprises et syndicats peuvent dépenser sans limite tant qu'ils ne coordonnent pas leur action avec les candidats directement.

Gingrich, président de la Chambre des représentants n'a par exemple pas digéré le spot qui le présentait comme l'un des promoteurs d'une loi finançant un programme de l'ONU «de soutien à la brutale politique de l'enfant unique en Chine», c'est-à-dire l'avortement.

Il est furieux aussi contre un autre message selon lequel il aurait déboursé 300 000 dollars pour clore l'enquête sur l'éthique ouverte par la Chambre des représentants contre lui dans les années 90. Gingrich affirme qu'il s'agit d'un remboursement négocié des sommes engagées pour l'enquête et dénonce, par l'intermédiaire d'ex-députés le soutenant, la «tactique de la terre brûlée» que pratiquerait Romney.

Quant à Santorum, il a souvent demandé le retrait d'un spot pro-Romney qui le dit favorable au droit de vote des criminels. L'ancien sénateur de Pennsylvanie précise qu'il ne l'autoriserait qu'une fois la peine effectuée, peines de liberté surveillée comprises.

Au cours d'un débat avec Santorum qui l'attaquait à ce sujet, Romney a répliqué n'avoir aucun pouvoir de contrôle sur les PAC, tenus par la loi d'opérer indépendamment des campagnes officielles.

Le consultant républicain John Feehery bat cette défense en brèche, soulignant que, au-delà de la loi, «tout le monde sait très bien de quoi il s'agit, et c'est cela qui les rend furieux». Et de rappeler qu'en 2008 déjà, ces méthodes de Romney avaient ulcéré ses rivaux, Mike Huckabee, Fred Thompson, et celui qui finit par décrocher l'investiture républicaine, le sénateur de l'Arizona John McCain.

Pour l'analyste McKenna, Romney se comporte en politique comme en affaires et voit la campagne des primaires comme une OPA (offre publique d'achat d'une société) dans laquelle les délégués républicains seraient les actionnaires.

«Dans une OPA, ce n'est pas grave de démolir l'autre parce qu'on ne va plus jamais le voir, mais en l'occurrence, Romney ne semble pas conscient du fait qu'il aura besoin que des gars comme Gingrich et Santorum ne lui vouent pas une haine farouche», souligne McKenna.

À ceux qui jugent que les querelles républicaines d'aujourd'hui ne sont pas pires que celle qui opposa Obama à Hillary Clinton jusque tard dans l'été 2008, il répond que cette fois, «c'est profondément une question de personnes».

Santorum et Gingrich semblent en tout cas prendre plaisir à insister en retour sur les faiblesses de Romney, au risque de porter préjudice à leur parti à l'automne face à Obama. Gingrich, qui a refusé de jeter l'éponge malgré des défaites cruciales dans les États sudistes du Mississippi et Alabama, ne s'en est pas moins moqué de la troisième place de Romney, soulignant que «si vous êtes en tête et que vous arrivez toujours en troisième position, vous n'êtes plus trop en tête...»

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Publié par Patrick White  |