Égypte: les fidèles font leurs adieux à Chenouda III dans une grande émotion (PHOTOS)

Chenouda Mort

Première Publication: 19/03/2012 08:39 Mis à jour: 19/03/2012 08:39

LE CAIRE, 18 mars 2012 (AFP) - Des dizaines de milliers de fidèles ont défilé dimanche au Caire devant la dépouille de Chenouda III, chef de l'Eglise copte orthodoxe décédé après quatre décennies à la tête de la plus grande communauté chrétienne du Moyen-Orient.

Terrassé samedi à 88 ans par une attaque cardiaque après une longue série de problèmes de santé, Chenouda III laisse des fidèles inquiets des violences qui les visent et de la montée de l'islamisme, plus d'un an après la chute du président Hosni Moubarak.

Le corps du patriarche, portant une tiare et revêtu d'habits sacerdotaux richement ornés, était disposé assis sur un trône de bois sculpté dans la cathédrale Saint Marc du Caire, siège de l'Eglise copte. Face à lui, de nombreux fidèles étaient en larmes et se lamentaient.

Dehors, la file des fidèles vêtus de noir s'est étendue sur plus d'un kilomètre et malgré les efforts des forces de l'ordre pour canaliser la foule, trois personnes sont mortes étouffées, selon des sources au sein de l'Eglise qui n'ont pas donné plus de précisions.

DEUIL APRÈS LA MORT DU PAPE COPTE CHENOUDA III (la suite ci-dessous)

Deuil après la mort du pape copte Chenouda III
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Des Égyptiens soutiennent une femme lors du recueillement devant la dépouille de Chenouda III. (KHALED DESOUKI/AFP/Getty Images)

La télévision d'Etat a appelé les fidèles à ne pas tous se rendre dès dimanche à la cathédrale, leur assurant qu'ils avaient jusqu'à mardi, date des funérailles, pour rendre hommage au défunt.

A travers le pays, les fidèles en deuil se sont rendus en masse dans les églises, et à Ismailia, le long du canal de Suez, une femme désespérée par la mort du patriarche était dans un état critique après avoir tenté de se suicider, a rapporté l'agence officielle Mena.

"C'est une grande perte pour l'Egypte", a déclaré à l'AFP le ministre du Tourisme, Mounir Fakhry Abdel Nour, un Copte proche de Chenouda. "Il était sage et très écouté. Il va nous manquer en ces temps où nous avons besoin de sagesse et d'esprit patriotique".

"L'Egypte pleure", a titré le quotidien indépendant Al-Masry al-Youm, tandis que de nombreuses personnalités ont rendu hommage au patriarche, dont la silhouette fragile était familière aux chrétiens comme aux musulmans.

"L'Egypte a perdu un de ses plus grands hommes", a déploré Al-Azhar, plus haute institution de l'islam sunnite.

Le maréchal Hussein Tantaoui, chef du conseil militaire qui dirige le pays depuis la chute du président Hosni Moubarak l'an dernier, s'est rendu à la cathédrale pour rendre hommage à Chenouda III. Le chef des Frères musulmans, Mohamed Badie, devait également conduire une délégation, selon la Mena.

Les évêques coptes d'Egypte et du reste du monde sont désormais attendus au Caire pour les obsèques et les préparatifs en vue du choix du nouveau chef de cette Eglise orthodoxe.

Le processus, sans limite de temps, avait pris sept mois avant la nomination de Chenouda III en 1971. En attendant, l'évêque Pachomius (Pachôme), de la province de Beheira (delta du Nil), doit assurer l'interim pendant deux mois.

La mort du patriarche intervient dans un contexte de "profonds changements politiques et sociétaux en Egypte", a relevé le réalisateur copte Daoud Abdel Sayed, appelant à la désignation d'un successeur "capable de faire aboutir des réformes".

Très conservateur sur les questions de dogme --il était farouchement opposé à tout assouplissement de l'interdiction du divorce chez les Coptes--, Chenouda III était aussi considéré comme un ardent défenseur de sa communauté, qui représente 6 à 10% de la population égyptienne.

Pour de nombreux Egyptiens, il était un élément de stabilité dans un pays à l'avenir politique toujours incertain. Le raz-de-marée des partis islamistes aux récentes législatives a en effet ravivé les craintes de la communauté copte, marginalisée et cible de violences parfois meurtrières.

A l'étranger, le pape Benoît XVI a rendu hommage à un "grand pasteur" et le président américain Barack Obama a salué la mémoire d'un "avocat de la tolérance et du dialogue religieux".

Israël a évoqué "un dirigeant spirituel important" qui a apporté sa "contribution à la fraternité et à la coexistence en Egypte" et l'Iran a salué son action "en faveur de la justice et de la paix".

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Publié par Jean-Philippe Cipriani  |