Aveos ferme des usines dans trois villes canadiennes, dont celle de Montréal

Aveos Layoffs Workers Montreal

Première Publication: 19/03/2012 06:18 Mis à jour: 21/03/2012 11:59

MONTRÉAL - Aveos blâme Air Canada (TSX:AC.B) pour les difficultés financières qui l'ont forcée à se placer sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC) et à fermer, du moins temporairement, ses ateliers, semant l'incertitude au sein de ses 2600 employés, dont 1800 à Montréal.

En réclamant cette protection, lundi devant la Cour supérieure à Montréal, Aveos a indiqué qu'Air Canada, son plus important client, l'avait placée dans une position intenable.

«Depuis le début de 2012, Air Canada a réduit, reporté et annulé des travaux d'entretien avec Aveos, ce qui a résulté en une perte de revenus de 16 millions $ en moins de deux mois», a affirmé l'entreprise dans sa demande.

«Bien qu'Aveos était prêt et capable d'effectuer les travaux prévus, la perte de ces travaux a été dévastatrice pour la situation financière d'Aveos», poursuit-on dans le document.

Air Canada a dit tard lundi avoir proposé à Aveos un financement de l'ordre de 15 millions $. Le transporteur a indiqué dans un communiqué qu'il déposerait également la proposition de ce «fonds d'urgence» devant le juge qui préside les audiences.

«Le financement du débiteur-exploitant, qui est en grande partie semblable à l'offre déposée par Air Canada cette fin de semaine, a pour but d'aider à stabiliser Aveos, (...) afin que sa restructuration se fasse de manière plus ordonnée», affirme Air Canada.

Le transporteur soutient que cette «stabilisation devrait permettre à Aveos de rouvrir certaines de ses installations et de rappeler certains de ses employés», tout en permettant aussi à Air Canada d'«ajouter des travaux de maintenance au cours des jours et semaines à venir».

Le financement doit être approuvé à la fois par Aveos et par le tribunal, ajoute le communiqué.

Air Canada est le plus important client d'Aveos, représentant environ 90 pour cent de ses activités d'entretien.

Aveos a présentement trois gros porteurs d'Air Canada en réparation à ses installations de Montréal et Vancouver.

Un avocat d'Air Canada était venu affirmer devant le tribunal que le défaut de compléter ces réparations d'ici deux semaines pourrait se traduire par de nombreuses annulations de vols.

Or, dans les heures précédentes, Air Canada avait publié un communiqué soutenant exactement le contraire.

«Air Canada a un plan de contingence lui permettant d'assurer la continuité de ces travaux, lesquels continueront d'être exécutés conformément à toutes les exigences légales et réglementaires, écrivait-on. Si Aveos n'est pas en mesure d'assurer les services prévus, Air Canada est prête à prendre des dispositions avec différents fournisseurs principalement installés au Canada et aux États-Unis et avec lesquels elle entretient des relations depuis longtemps.»

Le transporteur précisait que ces événements, qu'il qualifiait de «décevants», n'avaient aucune incidence sur ses activités quotidiennes d'entretien, qui sont toujours effectuées par ses propres 2300 employés de maintenance.

Dans ce même communiqué, Air Canada se dégageait de toute responsabilité face à Aveos, rappelant qu'il avait vendu sa division des services techniques en 2004 et que celle-ci a été revendue en 2007 à un consortium d'investisseurs privés et que sa main-d'oeuvre est indépendante de celle d'Air Canada et régie par une convention collective distincte.

Cependant, les 2600 employés d'Aveos répartis dans ses installations de Montréal, Vancouver et Winnipeg sont, pour la plupart, d'anciens employés d'Air Canada qui avaient été forcés à changer d'employeur lorsque le transporteur s'était départi de sa division.

Plus d'une centaine d'entre eux ont d'ailleurs bloqué, lundi matin, l'accès aux bureaux d'Air Canada à l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, à Montréal, alors qu'un autre groupe manifestait devant les bureaux d'Aveos, situés à proximité.

Le porte-parole de l'Association internationale des machinistes et des travailleurs de l'aérospatial (AIMTA), Marcel St-Jean, déplorait d'ailleurs la manière dont s'était déroulé le tout.

«C'est une surprise totale. Dimanche après-midi les employés ont reçu des appels à la maison à partir de 17h leur disant de ne pas rentrer travailler, que ce serait fermé le lendemain (lundi). Le syndicat n'a jamais eu de contact avec la compagnie», a-t-il dit.

L'AIMTA, qui représente aussi les mécaniciens, les manutentionnaires de bagages et les membres du personnel de maintenance en piste d'Air Canada, craignait pour l'avenir d'Aveos depuis qu'Air Canada a décidé de confier certaines de ses tâches à d'autres sous-traitants à l'extérieur du pays, notamment aux États-Unis et en Chine.

Marcel St-Jean s'est dit d'avis que le gouvernement fédéral ne peut rester indifférent à cette situation.

«Si le gouvernement a mis beaucoup de milliards pour aider les travailleurs de l'automobile en Ontario, il doit être capable de venir nous aider un peu. Ici, on parle de 1800 jobs au Québec et 3000 à travers le Canada. Je crois que le gouvernement devrait commencer à penser à venir nous aider nous aussi», a-t-il indiqué.

À Ottawa, le ministre des Transports, Denis Lebel, a déploré les pertes d'emplois mais a ajouté qu'il s'agissait d'une décision d'affaires d'une entreprise privée, indiquant ainsi clairement qu'il n'avait aucune intention d'intervenir.

Le premier ministre du Québec, Jean Charest, a affirmé que le gouvernement voulait «tout mettre en oeuvre pour garder la compagnie ouverte».

«Tout cela est arrivé très vite. Nous n'avons pas eu le temps de s'asseoir avec la compagnie et de discuter de leurs problèmes et de l'aide qu'on pourrait offrir», a soutenu le premier ministre, en marge de l'inauguration des bureaux de Google Québec, à Montréal.

«Dans la majorité des cas, quand une entreprise a de telles difficultés, l'information est partagée», a fait valoir M. Charest.

«Notre première préoccupation, ce sont les travailleurs», a-t-il affirmé, assurant que le ministre du Développement économique, Sam Hamad, doit les rencontrer «dans les prochains jours».

«Nous allons de manière urgente travailler avec l'entreprise pour voir ce qu'on peut faire pour la garder en opération, a insisté le premier ministre. On ne sait pas encore bien pourquoi la décision a été prise.»

Le contrat exclusif liant Air Canada à Aveos vient à échéance en juin 2013 et Air Canada a déjà émis un appel d'offres pour des contrats à venir.

Aveos a indiqué lundi avoir l'intention de fermer sa division des cellules, qui s'occupe principalement des travaux sur les carlingues, mais de maintenir ses activités en ce qui a trait aux moteurs et aux composantes.

La fermeture inopinée de l'usine montréalaise a soulevé des protestations de tous les milieux politiques. Le député libéral de Bourassa, Denis Coderre, le chef du Bloc québécois, Daniel Paillé, et le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, entre autres, se sont présentés sur les lieux des manifestations pour offrir leur appui aux travailleurs et réclamer une intervention du gouvernement Harper.

Les protestations sont également venues du maire de Montréal, Gérald Tremblay, et de la chef de l'opposition à l'hôtel de ville, Louise Harel.

À Québec, le ministre des Finances, Raymond Bachand, et son collègue Sam Hamad ont déploré la situation tout en promettant un effort pour relancer l'entreprise.

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Publié par Jean-Philippe Cipriani  |