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La pénurie de médicaments nuit au réseau de la santé québécois

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PENURIE MEDICAMENTS RISQUES
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MONTRÉAL - Un patient atteint d'une infection fongique s'est vu donner la moitié de la dose habituelle du produit nécessaire à son traitement. La raison: la crainte de manquer de médicament.

Un médecin traite un homme atteint d'un problème d'insuffisance cardiaque. Chaque jour, il demande qu'on lui administre du Lasix. Cette médication est en rupture de stock. Mot d'ordre: «essayez de ne pas trop en donner».

Voilà le quotidien des professionnels de la santé depuis plusieurs semaines.

«Chaque jour, on se demande quel est l'état des stocks et puisque c'est nous qui prescrivons, nous devons faire preuve d'une grande capacité d'adaptation, mais à quel prix?», se demande un médecin qui s'est confié à La Presse Canadienne, mais qui a demandé à ce que soit préservé son anonymat.

La pénurie de médicaments intraveineux causée par le ralentissement de production au laboratoire de la compagnie Sandoz, à Boucherville, continue de faire mal à tout le réseau hospitalier.

«Pratiquement tous les médicaments injectables viennent de Sandoz. Ça met de la pression. Qu'est-ce que je vais donner comme narcotique ou intraveineuse?», se demande une autre professionnelle qui travaille dans un autre hôpital de Montréal.

La situation n'est pas isolée. À preuve, une série de courriels envoyés par le ministère de la Santé dans différentes agences de santé et services sociaux.

Parmi ces messages, plusieurs font référence à une interdiction de s'adresser aux journalistes. «Il a été décidé, par les autorités du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), que chacune des communications qui seront effectuées par les établissements ou les agences devra, au préalable, être entérinée par le MSSS», peut-on lire dans un envoi de masse aux responsables du Bas-Saint-Laurent, de la Montérégie, des Laurentides, de Montréal, de l'Estrie, de Québec, du Saguenay et de toutes les autres régions du Québec.

Les autorités soutiennent que l'objectif est «d'harmoniser toute communication publique et d'assurer une cohérence dans la diffusion des messages auprès de la population».

C'est précisément pour cette raison qu'une anesthésiste a rompu le silence pour dire que la population ignore l'état réel de la situation. «Ce qu'on nous dit, c'est 'parlez-en pas à personne'», affirme-t-elle.

Elle aussi demande à ce que son nom soit gardé secret, de crainte de voir son établissement montré du doigt.

Sur le terrain, les pharmaciens appellent à gauche et à droite et négocient pour tenter d'obtenir certains médicaments dont ils ont besoin.

«Le travail des pharmaciens d'hôpitaux est exécuté sous pression. À chaque jour, je dois me présenter et demander 'est-ce que cette médication est encore 'back-order'? Alors qu'est-ce que je fais?», a affirmé un urgentologue.

Les ordres professionnels ont convenu de mesures temporaires pour éviter que cette situation de pénurie ne détériore les conditions en établissements.

Si les conditions ne se détériorent pas, les responsabilités des professionnels, elles, augmentent. Sur les étages, tous ces changements de gestion de médicaments, dont certains non plus les mêmes concentrations, imposent aux infirmières de faire preuve de plus d'attention lorsqu'elles administrent les doses.

«Il y a des étiquettes de couleurs, avec des feuilles et des communiqués qui montent sur les étages pour éviter les erreurs», a précisé Linda Vaillant, directrice générale de l'Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec (APES).

Pour le moment, le réseau tient bon, mais la disette annoncée, sur plusieurs mois, continue d'inquiéter vivement.

«Dans certains cas, il n'y a pas d'alternative. J'espère que je ne manquerai pas de l'essentiel pour mes patients», a indiqué l'urgentologue d'un hôpital métropolitain.

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