La Syrie marque dans le sang le premier anniversaire de la révolte

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SYRIE REPRESSION
Une femme pleure sur le corps de son époux, tué dimanche. Les violences ont fait plus de 8500 morts. | AP

DAMAS, 15 mars 2012 (AFP) - La révolte en Syrie entre jeudi dans sa deuxième année avec une escalade des violences face à un régime déterminé à l'écraser et enhardi par l'impasse diplomatique du fait des divisions internationales.

Les militants anti-régime ont appelé à plusieurs jours de manifestations en Syrie et dans le monde pour réclamer, encore une fois, le départ du président Bachar al-Assad, seul chef d'Etat encore en place parmi ceux contestés dans le cadre du Printemps arabe.

"Il s'agit du plus tragique et du plus incertain des soulèvements arabes", commente dans un rapport Peter Harling, de International Crisis Group.

Le régime, qui refuse depuis le début de reconnaître la révolte et l'assimile à du "terrorisme", a contre-attaqué en appelant à une "marche mondiale pour la Syrie", une initiative qui devrait rassembler les partisans encore nombreux du président Assad lors de manifestations jeudi à Damas.

Les manifestants doivent défiler "pour les vies perdues dans le combat pour la Syrie", selon le slogan relayé jeudi par télévision officielle syrienne, alors que selon des militants, les violences ont tué plus de 8.500 personnes, en majorité des civils, depuis le 15 mars 2011.

Parallèlement, le régime intensifie ses offensives militaires contre les bastions rebelles, après avoir la prise du quartier de Baba Amr à Homs (centre) le 1er mars puis celle de la ville d'Idleb (nord-ouest) mercredi.

Jeudi, deux civils ont été tués lors d'une campagne de perquisitions dans la province d'Idleb, et de violents combats ont éclaté dans la nuit de mercredi à jeudi après une attaque d'insurgés contre des positions de l'armée dans la province de Deir Ezzor (est).

Les appels pour mettre fin à cette spirale des violences restent pourtant quotidiens. Jeudi, 200 organisations de défense des droits de l'Homme ont exhorté l'ONU et la Russie, principal soutien du régime, à agir pour mettre fin à l'effusion de sang.

"Pendant un an, le nombre de morts en Syrie a atteint un bilan horrifiant de plus de 8.000 morts, notamment des centaines d'enfants. N'est-il pas temps que le monde entreprenne à l'unisson des démarches efficaces pour arrêter cela?" a déclaré Ziad Abdel Tawab, de l'Institut du Caire pour les droits de l'Homme.

Selon l'ONU, plus de 30.000 Syriens fuyant la répression se sont réfugiés dans les pays voisins et quelque 200.000 ont été déplacés à l'intérieur du pays, où Amnesty International a dénoncé la "torture systématique" des détenus, à "un niveau jamais vu pendant des années".

Divisée, la communauté internationale se contente de condamner régulièrement les morts de civils, sans cacher sa réticence à l'idée d'une intervention militaire ou d'un envoi d'armes à la rébellion.

Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a estimé jeudi que livrer des armes à l'opposition risquait de provoquer une guerre civile. Mercredi, le Premier ministre britannique David Cameron avait prévenu que le régime ferait face à une "guerre civile" en cas de poursuite de la répression.

Selon des analystes, le scénario de la guerre civile est justement utilisé par le régime comme un épouvantail pour se maintenir en place.

"Le régime est confiant que le danger de la guerre civile pousserait les citoyens et les acteurs étrangers à accepter la structure de pouvoir en place comme unique rempart contre l'effondrement (de la Syrie)", estime M. Harling.

Les violences, qui ont encore fait 37 morts mercredi, risquent de dissuader la population de participer aux manifestations. Mais des rassemblements sont aussi prévus hors du pays, en particulier en France et en Turquie, où des centaines de militants syriens doivent se réunir près de la frontière.

Au fil des mois, ces manifestations pacifiques ont été éclipsées par la militarisation de la révolte, des milliers de déserteurs, réunis au sein de l'Armée syrienne libre (ASL), choisissant de prendre les armes contre le régime.

"Assad a tué tellement de monde qu'il mérite un sort pire que celui de Kadhafi", mort juste après sa capture en octobre 2011 par les rebelles après huit mois de conflit armé, a déclaré à l'AFP le numéro 2 de l'ASL, Ammar al-Wawi.

Mais l'ASL est "seulement armée de kalachnikovs et de pistolets" face aux chars et à l'artillerie des 300.000 soldats de l'armée syrienne, a-t-il reconnu.

Outre cette infériorité militaire, l'opposition connaît aussi des divisions. Trois responsables du Conseil national syrien (CNS) ont claqué la porte en évoquant des "divergences" et l'"inefficacité" de cette principale coalition de l'opposition.

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