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Le «Guardian» publie des courriels attribués à Bachar el-Assad et sa femme

15/03/2012 01:28 EDT | Actualisé 15/05/2012 05:12 EDT

LONDRES - Des milliers de messages électroniques attribués à Bachar el-Assad et sa femme Asma suggèrent que le président syrien a été conseillé par l'Iran dans la gestion sanglante du soulèvement contre son régime, qu'il a ironisé sur ses promesses de réforme et qu'il contourné les sanctions américaines pour acheter de la musique en ligne, selon «The Guardian».

Damas n'a pas immédiatement réagi aux affirmations du quotidien britannique.

Le journal a précisé mercredi soir sur son site Internet qu'il avait reçu ces courriels d'un membre de l'opposition syrienne, dont il ne divulgue pas l'identité. Les courriels auraient été interceptés par des membres du Conseil suprême de la révolution entre juin 2011 et février 2012.

La correspondance électronique donne l'image d'une famille régnante aux préoccupations souvent bien éloignées du drame qui se déroule dans les rues du pays, aujourd'hui au bord de la guerre civile après un an de soulèvement et de répression qui a fait plus de 7500 morts, selon les Nations unies.

Il semble qu'Asma el-Assad ait ainsi dépensé des dizaines de milliers de dollars en articles de luxe achetés sur Internet, notamment des bijoux en or sertis de pierres précieuses, des chandeliers et des meubles. Le couple présidentiel paraît très uni.

Selon «The Guardian», les échanges électroniques attribués au président syrien montrent qu'il a reçu des conseils de son allié iranien. Alors que Bachar el-Assad s'apprête à prononcer un discours en décembre, son conseiller en communications précise que le discours résulte de «consultations avec de nombreuses personnes ainsi qu'avec le conseiller pour la communication et la politique de l'ambassadeur d'Iran».

La note recommande à Bachar el-Assad d'employer une rhétorique «puissante et violente» et encourage le régime à «laisser filtrer davantage d'informations concernant (ses) capacités militaires» pour convaincre l'opinion publique qu'il pourrait résister à une confrontation armée.

Toujours selon ces courriels, le président syrien aurait été informé en détail de la présence de journalistes occidentaux dans le quartier rebelle de Baba Amr, à Homs, ville du centre du pays reprise par les forces gouvernementales après un mois de siège et de combats. Il lui aurait été vivement conseillé en novembre d'y «renforcer l'emprise des forces de sécurité». Parmi les milliers de personnes tuées à Homs figurent plusieurs journalistes étrangers.

Le «Guardian» détaille longuement les raisons qui le poussent à croire à l'authenticité de la correspondance électronique, citant la présence d'informations privées dans le «cache» (données supprimées par l'utilisateur mais encore récupérables dans la mémoire de la messagerie), comme des photos et des vidéos de famille, une version numérique de la carte d'identité du président et d'autres éléments qui seraient, selon le journal, «difficiles à rassembler ou à fabriquer même pour le faussaire ou le service d'espionnage le mieux équipé».

Le quotidien note que les comptes sam@alshahba.com et ak@alshahba.com, attribués par les militants à Bachar et Asma el-Assad, «communiquent régulièrement et en termes affectueux avec la famille élargie et les conseillers, dont certaines adresses électroniques sont aisément vérifiables». Le «Guardian» reconnaît cependant que malgré toutes ses vérifications, il ne peut exclure la possibilité de la présence de faux courriels dans le cache.

Une partie importante de la correspondance attribuée au couple présidentiel porte sur ses achats. Dans un courriel daté du 19 juillet, la première dame commande ainsi à une cousine quatre colliers en turquoise, diamants, onyx et améthyste, qui sont fabriqués par un bijoutier parisien. Et de conclure une autre lettre par: «Bises à vous deux et ne vous inquiétez pas, nous allons bien!».

Dans un autre échange, Asma précise à Bachar qu'elle aura fini à 17 h. L'intéressé, qui vient d'annoncer un référendum constitutionnel sur un projet de démocratisation du pays, répond: «C'est la meilleure réforme qu'un pays puisse faire, que tu m'aies dit où tu serais. Nous allons l'adopter au lieu de ces lois à la noix sur les partis, les élections, les médias...».

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