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Des milliers de Syriens manifestent en faveur du régime

15/03/2012 06:16 EDT | Actualisé 15/05/2012 05:12 EDT

BEYROUTH - Des dizaines de milliers de partisans du président syrien Bachar el-Assad sont descendus dans les rues de Damas et d'autres villes, jeudi, dans une démonstration de soutien soigneusement orchestrée par le gouvernement, un an après le début du soulèvement populaire en Syrie.

Les partisans de l'opposition avaient prévu des manifestations à travers tout le pays et à l'étranger, mais certains rassemblements ont été avortés après une série d'arrestations et de tirs à l'arme lourde des forces gouvernementales.

Certains militants ont dit regretter qu'un an après son début, le soulèvement soit désormais entaché par des violences quotidiennes.

«Nous savons que c'est un régime criminel, mais nous ne nous attendions pas à ce qu'il atteigne ce niveau de violence», a affirmé le militant Amer Mattar, qui s'est réfugié en Jordanie après avoir été arrêté à deux reprises. Au sujet du président Bachar el-Assad, il dit: «Il détruit le pays, et les institutions de l'État sont en train de s'effondrer alors qu'il pousse le pays vers la guerre civile. Nous n'avons jamais souhaité un tel scénario».

Le régime syrien reste fermement accroché au pouvoir malgré les condamnations et les sanctions de la communauté internationale. Des spécialistes du renseignement estiment que l'opposition ne présente pas une menace assez sérieuse face à la puissante armée et aux armes sophistiquées du régime.

Bachar el-Assad bénéficie par ailleurs du soutien des gens d'affaires et des communautés minoritaires de Syrie, qui craignent de perdre certains acquis sous un nouveau régime.

Le soutien au régime a été déployé bien en évidence jeudi. Des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées dans le centre de Damas, brandissant des drapeaux syriens et des portraits du président. L'agence de presse officielle syrienne a diffusé des photos de manifestations similaires ailleurs dans le pays.

«La Syrie est forte et nous triompherons en écrasant cette conspiration», a dit Majed Youssef, un commerçant de Damas âgé de 30 ans.

Les rassemblements ont été organisés par le gouvernement dans une tentative d'éclipser les projets de l'opposition visant à souligner le premier anniversaire du soulèvement. Les autorités ont notamment reporté d'une semaine la Journée des enseignants arabes, apparemment pour permettre aux élèves d'être conduits aux rassemblements.

Un militant de la province de Deraa, dans le sud du pays, où le soulèvement avait commencé en mars 2011, a affirmé que les forces de sécurité étaient entrées dans le village de Nawa tôt jeudi matin pour procéder à des arrestations.

«Ils ont mis certaines personnes dans des autocars pour les emmener à une manifestation», a dit Raed al-Suleiman lors d'une entrevue téléphonique.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, des résidants de la même région se sont fait confisquer leur carte d'identité à un point de contrôle militaire et se sont fait dire qu'ils pourraient les récupérer après avoir participé à une manifestation de soutien au régime.

D'autres militants ont déclaré que les forces gouvernementales avaient reçu des renforts pour resserrer leur contrôle sur les zones d'opposition de la région.

«Il est clair qu'ils ont resserré le siège parce qu'ils craignent ce que les gens vont faire pour l'anniversaire» du soulèvement, a dit un autre militant de Deraa, Adel al-Omari. «Il y a plus de soldats aux points de contrôle et ils arrêtent beaucoup de gens.»

Le soulèvement en Syrie a commencé à la mi-mars l'an dernier, quand des manifestants sont descendus dans les rues pour demander des réformes politiques. Depuis, les manifestations se sont multipliées et les forces du régime les ont violemment réprimées. Plusieurs opposants ont pris les armes et affrontent les troupes gouvernementales, faisant du soulèvement syrien l'un des plus sanglants du Printemps arabe.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a déclaré jeudi que plus de 8000 personnes avaient été tuées depuis le début de la révolte en Syrie, «résultat de la décision du gouvernement de choisir la répression violente plutôt que le dialogue politique pacifique et le changement véritable». Les précédentes estimations de l'ONU faisaient état de plus de 7500 morts.

Les groupes militants ont signalé de nouvelles violences à travers le pays jeudi. Les Comités locaux de coordination ont affirmé que les forces de sécurité avaient mené des raids dans la province de Deraa et affronté des rebelles armés dans la ville de Tafas après une attaque contre un véhicule militaire, qui a tué ses passagers.

Selon les Comités locaux de coordination et l'Observatoire syrien des droits de l'homme, 23 corps ont été découverts dans l'ouest de la ville d'Idlib, reprise par les forces gouvernementales cette semaine. Les corps avaient les yeux bandés et semblaient avoir été exécutés, d'après les deux organisations.

Le ministère turc des Affaires étrangères a par ailleurs annoncé que plus d'un millier de Syriens étaient arrivés en Turquie depuis 24 heures, portant à plus de 14 700 le nombre total de réfugiés syriens en Turquie. La majorité des réfugiés ont été accueillis dans la province d'Hatay.

Le ministre turc de l'Intérieur, Besir Atalay, a déclaré que le gouvernement envisageait la mise en place d'une zone tampon à sa frontière.

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