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Cuba: les dissidents qui occupent une église jurent qu'ils ne bougeront pas

15/03/2012 06:39 EDT | Actualisé 15/05/2012 05:12 EDT

LA HAVANE, Cuba - Les 13 dissidents cubains qui occupent une église de La Havane depuis deux jours ne demandent plus une audience avec le pape Benoît XVI à l'occasion de sa visite dans l'île à la fin du mois, mais ils ont promis jeudi de poursuivre leur manifestation.

Les dissidents demandent maintenant au pape de soumettre leur liste de revendications au gouvernement cubain, a indiqué Fred Calderon, un porte-parole du groupe, joint par téléphone dans une salle de la basilique Notre-Dame de la Charité, dans le centre de La Havane, où lui et 12 autres dissidents sont réfugiés depuis mardi.

M. Calderon s'est plaint que les responsables de l'église aient refusé de leur apporter de la nourriture, même si les dissidents ont offert de la payer. Il a affirmé que les membres du groupe n'avaient rien mangé depuis le début de l'occupation, mais qu'ils boivent de l'eau.

Plusieurs appels faits au porte-parole de l'église sont restés sans réponse jeudi. Le porte-parole n'a pas répondu à un courriel l'invitant à commenter la situation.

L'occupation de la basilique a clairement indisposé les responsables de l'Église catholique cubaine, qui ont pourtant déjà été sympathiques à la cause d'autres dissidents dans le passé.

La basilique est restée partiellement fermée jeudi. Aucun signe de présence policière n'était visible à l'extérieur. La circulation semblait normale et les étals adjacents offrant des fleurs et des objets d'artisanat étaient ouverts comme d'habitude.

M. Calderon a affirmé que son groupe voulait que le pape Benoît XVI parle avec les autorités de la libération de prisonniers détenus pour des crimes politiques. Ils veulent aussi que le pape demande au gouvernement de cesser d'intimider les dissidents, d'accroître l'accès à l'information, d'élargir les droits de propriété, d'abolir les restrictions de voyage et d'établir un gouvernement de transition pour mettre fin au régime communiste.

«Nous voulons qu'il intercède en notre nom (...) et qu'il soit un médiateur pour nos demandes», a dit M. Calderon à l'Associated Press.

Mais une telle issue semble improbable compte tenu de la réaction de l'Église jusqu'à maintenant. Un porte-parole de l'Église catholique cubaine, Orlando Marquez, a qualifié la manifestation d'«illégitime» et d'«irrespectueuse». Même des dissidents bien connus se sont demandé s'il était approprié d'occuper un lieu de culte.

Le gouvernement cubain n'a pas officiellement réagi à l'occupation, mais considère généralement les dissidents comme des mercenaires qui tentent d'ébranler son autorité. Les médias officiels, qui mentionnent rarement les activités de l'opposition, ont publié jeudi la condamnation de l'Église.

«Personne n'a le droit de transformer des temples en tranchées politiques», a écrit le porte-parole Orlando Marquez dans un communiqué. «Personne n'a le droit de perturber l'esprit des Cubains croyants et des nombreux autres citoyens qui attendent avec espoir et jubilation la visite du saint père Benoît XVI à Cuba.»

Fred Calderon a dit être au courant de la réaction de l'Église, mais a assuré que le groupe ne cèderait pas. «Nous ne partirons pas», a-t-il dit. «Nous ne voyons pas l'église comme une tranchée, mais comme un refuge.»

Les huit hommes et les cinq femmes qui occupent la basilique ne sont pas connus pour leur militantisme et ne semblent pas faire partie d'une organisation connue. Mais M. Calderon a affirmé qu'ils faisaient partie du «Parti républicain», l'un des nombreux petits groupes souvent éphémères de l'opposition cubaine.

«Ce sont de nouvelles personnes», a dit Elizardo Sanchez, président de la Commission cubaine des droits de la personne et de la réconciliation nationale. «Nous devons être prudents.»

La blogueuse dissidente Yoani Sanchez a estimé que la réaction de l'Église avait été excessive.

«Même si j'ai beaucoup de critiques à faire sur le fait d'occuper une église, j'ai la plus mauvaise opinion de la déclaration de l'archevêché», a-t-elle écrit sur Twitter.

Le pape sera en visite à Cuba du 26 au 28 mars.

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