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Syrie: assaut militaire sur Deraa, deux membres du CNS démissionnent

14/03/2012 04:50 EDT | Actualisé 14/05/2012 05:12 EDT

BEYROUTH - Les forces de sécurité syriennes ont tiré au mortier et à l'arme lourde, mercredi, dans la ville du sud du pays d'où est parti le soulèvement populaire en mars 2011, faisant un nombre indéterminé de morts et de blessés, selon des militants.

L'opposition au régime de Bachar el-Assad a semblé se désintégrer mercredi. Au moins deux dissidents syriens bien en vue ont annoncé qu'ils quittaient le principal groupe d'opposition, le Conseil national syrien, le qualifiant d'organisation «autocratique».

L'opposition syrienne est entravée par sa désorganisation et par des conflits internes depuis le début du soulèvement contre le régime, il y a un an. Les soutiens internationaux de l'opposition l'ont plusieurs fois appelée à se rassembler et à travailler dans l'unité.

Avant même ces deux démissions, l'opposition peinait déjà à se remettre des défaites significatives subies au cours des dernières semaines, quand les combattants rebelles ont été délogés de deux bastions de l'opposition — la ville d'Idlib, près de la frontière avec la Turquie, et le quartier de Baba Amr, à Homs, dans le centre du pays.

Après avoir repris Idlib cette semaine, les forces gouvernementales ont lancé de nouvelles attaques mercredi sur la ville de Deraa, berceau du soulèvement populaire dans le sud du pays.

Un porte-parole de l'Armée syrienne libre réfugié en Jordanie, Muneef al-Zaeem, a affirmé que des chars avaient été déployés dans la ville. Les violences ont fait un nombre indéterminé de morts et de blessés, a-t-il dit.

«Nous ne pouvons pas quitter notre maison. Les gens paniquent à cause des tirs», a déclaré un résidant de Deraa, Abu Ahmed, lors d'une entrevue téléphonique avec l'Associated Press. «Nous avons peur parce que les obus peuvent exploser et tuer tous les gens présents dans la maison.»

Citant ses sources sur le terrain, l'Observatoire syrien des droits de l'homme a avancé un bilan de 13 civils tués mercredi à Deraa, en plus de sept rebelles. Le bilan n'a pas pu être vérifié de source indépendante.

Cette série d'assauts contre les bastions de l'opposition n'a fait qu'accroître la pression contre le président Bachar el-Assad. Les États-Unis ont indiqué qu'ils envisageaient des options militaires pour soutenir les rebelles syriens. Mais le président Barack Obama a déclaré mercredi qu'une intervention militaire en Syrie serait prématurée et pourrait mener à une guerre civile meurtrière.

La Russie, fidèle alliée du régime de Damas, a déclaré mercredi qu'elle continuerait d'armer les forces gouvernementales, mais n'interviendrait pas militairement en faveur du président Bachar el-Assad.

«Nous ne fournissons pas à la Syrie des armes qui pourraient être utilisées contre des manifestants, contre des citoyens pacifiques, contribuant à alimenter le conflit. Nous ne faisons pas cela, nous aidons seulement la Syrie à protéger sa sécurité contre des menaces extérieures», a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, devant la chambre basse du Parlement.

Selon le chef de la diplomatie russe, la Russie s'efforce «quotidiennement» d'obtenir que la Syrie «prenne des mesures pour calmer la situation». Mais Bachar el-Assad n'a «malheureusement pas toujours suivi nos conseils», a déploré M. Lavrov.

La plupart des pays s'opposent à une intervention militaire en Syrie de crainte que le conflit ne dégénère, mais plusieurs appellent l'opposition à s'unir et à parler d'une seule voix. Le plus grand avantage du régime de Bachar el-Assad est la faiblesse et le manque d'unité des différentes forces qui s'opposent à lui.

La division de l'opposition était bien évidente mercredi. Kamal al-Labwani, l'un des dissidents qui a annoncé sa démission du Conseil national syrien (CNS), a affirmé que l'organisation de 270 membres était gérée de façon autocratique. Il a même comparé le CNS au parti Baas du président el-Assad.

«Ils tentent d'établir un fonctionnement autocratique au sein du conseil», a dit M. Al-Labwani, qui a milité contre le régime el-Assad avant d'être emprisonné en 2005. Il a joint les rangs du CNS peu après sa libération, en novembre.

«Il n'y a pas de travail d'équipe. Chacun travaille de son côté et l'ensemble du conseil ne s'est pas encore réuni une seule fois», a-t-il déploré.

M. Al-Labwani a indiqué qu'une autre membre du CNS, Catherine al-Talli, avait aussi décidé de démissionner. Mme Al-Talli n'a pas pu être jointe pour commenter la situation.

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