Le Congolais Lubanga reconnu coupable d'avoir utilisé des enfants soldats

Première Publication: 14/03/2012 10:51 Mis à jour: 14/03/2012 10:57

Thomas Lubanga
Thomas Lubanga (Photo: AFP/EVERT JAN DANIELS)

Thomas Lubanga a été reconnu coupable d'avoir enrôlé et utilisé des enfants soldats.L'ex-seigneur de guerre Thomas Lubanga a été reconnu coupable de crimes de guerre par la Cour pénale internationale (CPI) pour avoir utilisé des enfants soldats lors d'une guerre civile qui a déchiré la province de l'Ituri, en République démocratique du Congo (RDC).

Ce verdict est historique à plus d'un titre. Il est le premier rendu par la CPI depuis son entrée en fonction, en 2003. Il s'agissait en outre du premier procès devant un tribunal international à porter exclusivement sur l'utilisation d'enfants soldats.

Thomas Lubanga, âgé de 51 ans, est le fondateur de l'Union des patriotes congolais (UPC), un groupe engagé dans un violent conflit interethnique pour le contrôle des mines d'or et d'autres ressources naturelles qui a déchiré l'Ituri au tournant du siècle. Quelque 60 000 personnes ont été tuées dans ce conflit.

Lubanga, qui commandait en outre le bras armé de l'UPC, les Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC), était accusé d'avoir recruté des enfants soldats, de force ou sur une base volontaire, et de les avoir envoyés au front entre septembre 2002 et juin 2003.

Le tribunal, composé de trois juges, a conclu à sa culpabilité hors de tout doute raisonnable. Le juge britannique Adrian Fulford, qui a lu le verdict, a précisé que Lubanga utilisait même des enfants de moins de 15 ans comme gardes du corps.

Des blâmes pour les procureurs

Malgré le verdict de culpabilité, le tribunal n'a pas été sans reproche pour les procureurs au dossier. Il a critiqués sévèrement pour leur décision d'utiliser des intermédiaires pour négocier avec des témoins en RDC. Selon le juge Fulford, il « existe un risque » que ces intermédiaires aient « persuadé, encouragé et aidé des témoins à faire de fausses déclarations ». D'autres témoins, dont des enfants, et une vidéo de Lubanga parlant à des recrues lors d'un camp d'entraînement ont cependant permis d'établir sa culpabilité.
Vêtu d'une tunique et d'un calot blanc, Thomas Lubanga est resté impassible lorsque le juge a prononcé le verdict. Il a échangé un bref sourire avec son épouse, assise au premier rang de la galerie du public.

La peine que devra purger l'ancien seigneur de guerre de la République démocratique du Congo sera annoncée ultérieurement. La CPI doit normalement s'en tenir à des peines maximales de 30 ans de prison, mais peut prononcer des peines de prison à vie dans les cas « d'extrême gravité ».

Thomas Lubanga a 30 jours pour porter sa cause en appel, une période qui commencera seulement à partir du moment où il aura reçu une traduction française du jugement, rédigé en anglais.

L'ex-chef de milice a été transféré à La Haye en 2006 après avoir été arrêté par le gouvernement congolais. Son procès, qui s'est ouvert le 26 janvier 2009, s'est terminé le 26 août dernier, après 204 jours d'audience qui ont permis d'entendre 60 témoins.

Bosco Ntaganda est aujourd'hui général dans l'armée congolaise. On le voit assister ici aux célébrations du 50e anniversaire de l'indépendance de l'État, en juin 2010.

Le coaccusé de Thomas Lubanga dans cette affaire, Bosco Ntaganda, n'a jamais été arrêté, bien qu'il fasse l'objet d'un mandat de la CPI depuis 2006. Celui que l'on surnomme The Terminator est même général dans l'armée gouvernementale congolaise, qui est un partenaire des Casques bleus déployés par l'ONU dans le pays.

Depuis son entrée en fonction, la CPI a ouvert sept enquêtes. Cinq accusés sont actuellement en détention, dont l'ex-président de la Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo, et l'ex-vice-président de la RDC Jean-Pierre Bemba.

La première personne accusée par la CPI a été Joseph Kony, le chef rebelle de l'Armée de libération du Seigneur, en Ouganda. L'homme, réputé pour son recours aux enfants soldats, fait face à des accusations de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité.

Kony fait actuellement l'objet d'une campagne médiatique orchestrée par le groupe Invisible Children. Une vidéo préparée par le groupe afin d'attirer l'attention du monde sur ce cas est devenue virale dans les médias sociaux.

La Cour pénale internationale est le premier tribunal pénal international permanent chargé de juger les auteurs présumés de génocides, crimes contre l'humanité et crimes de guerre, comme l'indique le Statut de Rome, qui a consacré sa création, en juillet 2002.

Le tribunal ne peut traduire en justice que des ressortissants des 120 pays signataires du traité, dans la mesure où leur pays d'origine n'est pas en mesure de les juger. Elle ne dispose cependant pas d'une force capable de procéder elle-même aux arrestations.

( Radio-Canada.ca avec Agence France Presse et Associated Press )

SUIVRE LE Québec

Publié par Patrick White  |