Charest écarte une étude mettant en doute la rentabilité du Plan Nord

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PARIS - Le premier ministre Charest écarte du revers de la main l’étude que l’Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS) a publié mercredi, qui met en doute la rentabilité du Plan Nord.

Cette étude estime que le projet pourrait accumuler un déficit allant jusqu’à 8,45 milliards $ sur 25 ans, qui devra être assumé entièrement par les contribuables.

À la fin de son séjour à Paris, Jean Charest a opposé à cette étude celle que vient de réaliser la firme Secor qui annonce des retombées de 147 milliards $ sur la même période et la création de 37 000 emplois. Il la croit fondée sur des éléments plus objectifs que celle de l’IRIS.

«C'est totalement faux. (...) J'accorde plus de crédibilité à l'étude de SECOR», a dit le premier ministre.

De son côté, le chercheur Bertrand Schepper, auteur de l'étude de l'IRIS, pense que le gouvernement sous-estime grandement certaines dépenses liées au Plan Nord, celles des services sociaux et des infrastructures, notamment, qui devront répondre à la croissance rapide de la population dans ces régions éloignées.

Les coûts des crédits d'impôts remboursables pour l'exploration minière sont également négligés, selon l'Institut, tout comme ceux engendrés par la réfection et la construction des routes.

Une hypothèse que rejette M. Charest. «Ces coûts sont hypothétiques, a objecté le premier ministre. La réfection des routes, on aborde ça projet par projet. Comment peuvent-ils les prévoir sur une période de 25 ans?»

Selon le scénario optimiste de l'IRIS, le manque à gagner entre les revenus et les investissements prévus par le gouvernement pour le Plan Nord s’élèverait à 2,3 milliards $ sur 25 ans. Mais au final, en tenant compte des différentes dépenses liés à ce vaste programme de développement, l’État devra payer 8,45 milliards $ de plus que ce qu'il recevra du Plan Nord, d'après l'IRIS.

M. Schepper suggère également que le gouvernement ne sera pas en mesure de remplir ses engagements environnementaux et de protéger 50 pour cent du territoire du Plan Nord d'ici 2036, tel que promis.

L'IRIS estime finalement que le Plan Nord ne constitue pas un réel projet de développement régional comme les contribuables seraient en droit d'espérer vu les investissements publics, mais qu'il s'agit plutôt d'un projet visant le développement de l'industrie minière.

«Sur 25 ans, on peut même s'attendre à ce que les villes du nord soient des villes monoindustrielles, qui vont dépendre directement du cours des marchés miniers», a prédit M. Schepper.

Commentant la réaction du premier ministre, M. Schepper a concédé que l'étude de SECOR est crédible, mais a fait remarquer que les deux rapports ont une perspective bien différente.

«De notre point de vue, on regarde la question des contribuables», a précisé le chercheur. «Donc, ce que ça va coûter aux contribuables pour développer un plan qui, finalement, renforce l'industrie privée. On réalise rapidemment que ça va coûter beaucoup plus cher aux contribuables que prévu pour développer l'industrie minière.»