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Un médecin français qui s'est rendu à Homs, en Syrie, témoigne de l'horreur

13/03/2012 07:24 EDT | Actualisé 13/05/2012 05:12 EDT

GENÈVE - Le chirurgien français Jacques Bérès travaille dans des zones de guerre depuis 40 ans, mais il affirme que le carnage en Syrie est l'une des pires situations dont il a été témoin dans sa carrière.

Le docteur Bérès est entré en Syrie par ses propres moyens en février. Il a passé deux semaines dans la ville assiégée de Homs, où il a établi un hôpital de fortune dans une maison. Il a opéré 89 blessés en 12 jours, dont plusieurs enfants et personnes âgées. Il a sauvé la plupart d'entre eux, mais neuf personnes sont mortes sur la table d'opération.

Lors d'une réunion de militants des droits de la personne mardi à Genève, le chirurgien âgé de 71 ans, apparemment le seul médecin occidental à s'être rendu à Homs, a parlé avec passion du bain de sang et des conditions terribles dans lesquelles vit la population de la ville.

«C'est un enfer», a dit le docteur Bérès, cofondateur de Médecins sans frontières et de Médecins du monde, qui a notamment travaillé au Vietnam, au Rwanda et en Irak. «C'est une tuerie. C'est totalement injuste. C'est injustifiable.»

Le docteur Bérès s'est rendu à Homs à la demande de l'organisation France-Syrie Démocratie et de l'Union des organisations islamiques de France. Il a traversé la frontière illégalement à partir du Liban et a établi une salle d'opération dans une maison abandonnée.

Il a affirmé que les citoyens de Homs, la ville qui se trouve au coeur du soulèvement en Syrie, vivent dans le désespoir malgré leur gratitude envers les journalistes et les militants qui racontent leur histoire au reste du monde.

«Ils disent que c'est bien qu'on pense à eux, mais ils soulignent que cela ne leur donne pas de nourriture, de médicaments ou d'armes», a dit le docteur Bérès devant les participants du Sommet de Genève pour les droits de l'homme et la démocratie.

Selon les Nations unies, au moins 7500 personnes ont été tuées en Syrie depuis le début du soulèvement, en mars 2011. Les groupes militants avancent quant à eux un bilan de plus de 8000 morts.

Hadeel Kouki, une militante syrienne âgée de 20 ans, a déclaré au groupe qu'elle avait passé 52 jours en prison pour être interrogée après avoir été convoquée par l'agence syrienne de renseignement militaire. Elle avait distribué des dépliants dans son université invitant ses collègues à manifester.

«Nous avons environ 10 000 morts jusqu'à maintenant et les meurtres se poursuivent de façon constante. Nous avons environ 100 morts par jour. Ce chiffre inclut beaucoup d'enfants. Ils meurent dans leur maison», a-t-elle déclaré.

Elle a expliqué que la première fois qu'elle avait été arrêtée, elle avait passé 40 jours en prison dans des «conditions horribles». Elle a ensuite été arrêtée deux autres fois. Les autorités «m'ont torturée avec de l'électricité et ont abusé de moi en prison», a-t-elle dit.

Elle a finalement été libérée, mais s'est fait retirer le droit de retourner à son université à Alep. Elle vit désormais en Égypte, où elle s'est engagée dans des activités de cybermilitantisme contre le régime du président Bachar el-Assad.

Le régime syrien affirme que les violences sont causées par des combattants étrangers et des gangs criminels et nie que le soulèvement soit un mouvement populaire.

Hadeel Kouki assure qu'il n'y a pas de combattants étrangers en Syrie.

«Je peux vous dire que ce n'est pas vrai», a-t-elle déclaré.

«Il n'y a pas d'étrangers et pas de terroristes. C'est de la propagande gouvernementale.»

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