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Recrutement d'enfants-soldats: un verdict très attendu mercredi à La Haye

13/03/2012 06:48 EDT | Actualisé 13/05/2012 05:12 EDT

LA HAYE, Pays-Bas - Thomas Lubanga et Joseph Kony sont accusés d'avoir dirigé des milices qui ont enlevé des enfants pour les forcer à devenir soldats, mais tandis que Lubanga est en prison à La Haye, Kony reste l'un des fugitifs les plus recherchés de la planète.

Thomas Lubanga connaîtra son verdict mercredi devant la Cour pénale internationale (CPI), au terme du premier procès international à se pencher exclusivement sur le recrutement d'enfants-soldats.

Le verdict pourrait permettre d'établir des précédents juridiques qui pourraient être utilisés contre Joseph Kony et les membres de son Armée de résistance du seigneur (Lord's Resistance Army, LRA) s'ils sont arrêtés et traduits en justice.

La campagne Kony 2012 lancée la semaine dernière par l'organisation américaine Invisible Children est devenue un phénomène du Web. La vidéo de l'organisation a été vue plus de 75 millions de fois sur YouTube. L'objectif de la campagne est de faire arrêter Kony d'ici la fin de l'année.

Thomas Lubanga a plaidé non coupable à l'accusation d'avoir recruté des enfants-soldats dans l'est de la République démocratique du Congo en 2002 et 2003. Joseph Kony est quant à lui soupçonné d'avoir recruté des enfants pour tuer et mutiler ses ennemis dans quatre pays d'Afrique centrale. Il a été accusé de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité par la CPI en 2005.

Les procureurs de la CPI affirment que Lubanga a dirigé l'Union des patriotes congolais et a commandé sa branche armée, qui a recruté des enfants dans ses rangs pour participer à un brutal conflit à caractère ethnique.

«Un verdict de culpabilité dans ce cas enverra un puissant signal à tous ceux qui recrutent et utilisent des enfants-soldats à travers le monde», a estimé le professeur Michael Scharf, directeur du Centre de droit international à l'université Case Western Reserve à Cleveland, en Ohio.

«Il sera alors clair que l'utilisation d'enfants de moins de 15 ans en tant que soldats est un crime de guerre grave.»

Les Nations unies estiment que des dizaines de milliers d'enfants-soldats participent toujours à des conflits armés en Afrique, en Asie et en Amérique latine.

La République démocratique du Congo (RDC) a remis Lubanga à la CPI en mars 2006, faisant de lui le premier suspect placé en détention à La Haye depuis la mise sur pied du tribunal, en 2002. La CPI peut juger des suspects de haut rang accusés de crimes de guerre ou de crimes contre l'humanité si leur pays ne peut pas ou ne veut pas les juger.

Le cas de Thomas Lubanga a été retardé par une série de délais et d'affrontements entre les procureurs et les juges. «Malheureusement, le cas Lubanga n'a pas été un modèle d'efficacité», a souligné le professeur Scharf.

S'il est reconnu coupable, Thomas Lubanga est passible de la prison à perpétuité. La CPI n'impose pas la peine de mort.

Lubanga, diplômé en psychologie, s'est présenté comme un politicien, un patriote et médiateur dans la région de l'Ituri, dans l'est de la RDC. Son avocate française, Catherine Mabille, a appelé 19 témoins à la barre et a allégué que les intermédiaires utilisés par les procureurs avaient appris aux témoins à mentir devant la cour.

Lubanga ne nie pas avoir dirigé l'Union des patriotes congolais, mais affirme qu'il n'avait aucun contrôle sur sa branche armée.

«Le défendeur a volé l'enfance des victimes en les forçant à tuer et à violer», a dit le procureur Luis Moreno-Ocampo aux juges lors du procès.

«Lubanga a persécuté des enfants avant qu'ils aient la chance de devenir des adultes pouvant prendre leurs propres décisions.»

Le même procureur accuse Joseph Kony d'avoir perpétré les mêmes crimes, mais à une échelle beaucoup plus vaste, en Ouganda mais aussi en RDC, au Soudan du Sud et en République centrafricaine.

Lubanga a été arrêté et emprisonné par les autorités congolaises avant même sa mise en accusation par la CPI, ce qui a fait de lui une cible facile pour la cour. Mais la liberté dont jouit toujours Kony malgré sa mise en accusation montre l'une des principales faiblesses de la CPI: la cour ne possède pas de force de police capable de procéder à des arrestations.

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