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Massacre de civils en Afghanistan: des talibans répliquent en ouvrant le feu

13/03/2012 03:35 EDT | Actualisé 13/05/2012 05:12 EDT

BALANDI, Afghanistan - Des talibans ont ouvert le feu, mardi, sur une délégation du gouvernement afghan en visite dans l'un des deux villages du sud de l'Afghanistan où un soldat américain est accusé d'avoir tué 16 civils dimanche.

Un soldat afghan chargé de la protection de la délégation est mort, tandis qu'un autre, ainsi qu'un procureur militaire, ont été blessés lors de cette attaque dans le village de Balandi, selon le général Abdul Razaq, chef de la police de la province de Kandahar.

La délégation, qui comprenait notamment deux frères du président Hamid Karzaï, participait à une cérémonie dans une mosquée en hommage aux hommes, femmes et enfants tués dimanche.

L'un des frères du chef de l'État, Qayum Karzaï, a déclaré avoir entendu «deux coups de feu très faibles» et a ajouté que la délégation avait ensuite quitté le village pour la ville de Kandahar.

Les talibans ont juré lundi de tuer et de décapiter les responsables du massacre de dimanche dans le district de Panjwai. Selon le président Hamid Karzaï, neuf enfants et trois femmes figurent parmi les 16 personnes tuées.

Le tireur présumé, un sergent américain stationné sur la base de Belambaï proche des deux villages, a été placé en détention par l'armée américaine à Kandahar.

Des villageois affirment qu'il s'est rendu de maison en maison avant l'aube dimanche et a tiré sur des familles endormies avant de brûler les corps de certaines de ses victimes.

Son identité n'a pas été divulguée, mais selon les autorités américaines, il s'agit d'un tireur d'élite de 38 ans, dans les rangs de l'armée depuis 11 ans, marié et père de deux enfants. Il aurait été récemment blessé à la tête en Irak, où il a été déployé trois fois. Il se trouvait en Afghanistan depuis le 3 décembre 2011 et à la base de Belambai depuis le 1er février, selon une source parlementaire américaine ayant requis l'anonymat.

Un haut responsable militaire a indiqué mardi que les autorités enquêtent sur la possibilité que l'alcool ait joué un rôle dans la tragédie. Selon ce responsable qui a requis l'anonymat, les enquêteurs militaires tentent de déterminer si le sergent avait bu avant de disparaître de sa base. Les règles militaires interdisent toute consommation et possession d'alcool en zone de guerre.

Plusieurs centaines d'étudiants ont manifesté mardi contre les États-Unis et le soldat accusé du massacre à Jalalabad, à 125 kilomètres à l'est de Kaboul. C'était la première manifestation d'importance au sujet de cet incident.

Les réactions semblent pour l'instant moins violentes que celles liées à la destruction d'exemplaires du Coran sur la base américaine de Bagram le mois dernier, qui avait déclenché des émeutes et des attentats qui ont fait une trentaine de morts, dont six soldats américains tués par des membres des forces de sécurité afghanes.

Le président américain Barack Obama s'est dit choqué et a présenté de condoléances après le massacre de dimanche, mais ne prévoit pas accélérer le calendrier de retrait des troupes américaines d'Afghanistan. Toutes les unités de combat étrangères doivent avoir quitté le pays d'ici la fin de 2014, date à laquelle les forces de sécurité afghanes doivent pouvoir prendre entièrement le relais.

Mardi à Washington, le président américain a ajouté que ce massacre de civils afghans était «scandaleux et inacceptable» et a promis une enquête «minutieuse» du Pentagone.

«Les États-Unis prennent cela aussi sérieusement que s'il s'agissait de nos propres citoyens, et de nos enfants, qui ont été tués. Nous ressentons un immense chagrin face à la perte de vies innocentes», a déclaré Barack Obama.

«J'ai ordonné au Pentagone de s'assurer que tous les efforts seront faits dans la conduite d'une enquête complète», a-t-il précisé. «Nous suivrons les faits où que cela nous mène et nous nous assurerons que toute personne impliquée soit tenue responsable», a-t-il ajouté.

Le secrétaire à la Défense, Leon Panetta, a affirmé que la peine de mort était une sanction possible dans cette affaire.

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