POLITIQUE

F-35: Julian Fantino laisse planer le doute sur le programme d'achats des avions de chasse

13/03/2012 03:11 EDT | Actualisé 13/05/2012 05:12 EDT
AFP/Getty Images

OTTAWA - Le ministre associé de la Défense, Julian Fantino, a déclaré mardi que le gouvernement de Stephen Harper n'a pas encore exclu de se retirer du controversé programme d'achat des avions de chasse F-35.

«Nous n'avons pas, pour le moment, écarté la possibilité, bien sûr, de nous retirer de n'importe lequel des programmes», a indiqué M. Fantino alors qu'il témoignait devant le comité des Communes sur la défense. Il a fait ce commentaire après une série de questions posées par les deux partis d'opposition.

Il s'agit d'un léger changement à la position défensive jusqu'ici adoptée par le gouvernement Harper au sujet du coûteux achat, et d'un revirement étonnant par rapport aux propos tenus il y a quelques mois par le ministre associé devant des hommes d'affaires américains.

«Nous allons acheter les F-35», avait-il alors martelé dans un discours prononcé le 8 novembre à Forth Worth, au Texas, ville où Lockheed Martin construit les appareils.

Les conservateurs croient toujours que ces jets à la fine pointe de la technologie constituent la meilleure option pour remplacer la flotte vieillissante des CF-18, mais Julian Fantino a laissé entendre mardi que le gouvernement préconisait une approche prudente.

«Nous allons, à un certain moment, prendre la décision finale», a-t-il affirmé. «Nous n'avons pas, jusqu'à maintenant, signé de contrat d'achat.»

Aucun des neuf autres pays participant au programme n'a exclu la possibilité de se retirer et M. Fantino a assuré que le Canada avait aussi gardé cette porte ouverte.

Après son témoignage devant le comité, mardi, le ministre associé a nié que le soutien du gouvernement au projet était en train de s'affaiblir.

«Je suis réaliste», a-t-il lancé. «Jusqu'à ce que le contrat d'achat soit signé et prêt à être lancé, je crois que la seule réponse appropriée pour moi est d'être franc. Nous sommes engagés dans ce programme. Nous prévoyons faire ce qui est le mieux pour les contribuables canadiens à l'égard du remplacement des CF-18.»

Julian Fantino a aussi insisté sur le fait qu'Ottawa ne laissera pas tomber l'armée de l'air lorsque les CF-18 arriveront au bout de leur durée de vie utile, vers 2020.

À la Chambre des communes, les députés du Nouveau Parti démocratique (NPD) se sont acharnés sur le programme, se relayant chaque jour pour poser des questions.

«Nous savions que ce projet était incertain et, aujourd'hui, nous assistons à une volte-face», a affirmé David Christopherson, le porte-parole néo-démocrate en matière de Défense, qui a souligné au passage que les conservateurs avaient attaqués à plusieurs reprises les critiques.

Le Parti libéral, qui a utilisé le prix exhorbitant des F-35 pour défaire le gouvernement minoritaire de Stephen Harper l'an dernier, a été moins virulent, mais tout aussi heureux de voir les conservateurs dans l'embarras.

Le porte-parole libéral pour la Défense, John McKay, a indiqué que le témoignage de M. Fantino constituait «un changement de ton bienvenu» qui découlait apparemment d'une rencontre à Washington plus tôt en mars au cours de laquelle les pays partenaires avaient eu la possibilité de questionner le fabricant de même que le Pentagone, qui coordonne le programme international.

«La question que je me pose est la suivante: pourquoi cela a-t-il pris autant de temps? Ça fait des années que nous le répétons!» a lancé M. McKay.

Depuis qu'ils ont annoncé leur intention d'acheter les avions de chasse, les conservateurs ont toujours défendu leur choix. Ils ont maintes fois repoussé les demandes pour reconsidérer le programme et ont attaqué les critiques, qui s'en prennent au coût élevé et incertain des appareils.

Le gouvernement Harper affirme que la somme de 9 milliards $ qu'il entend payer pour 65 des avions est coulée dans le béton. Mais en fait, les conservateurs ne connaîtront pas le prix final avant la livraison, qui devrait avoir lieu en 2016.

Pendant des mois à la Chambre des communes, M. Fantino a soutenu qu'il n'était pas nécessaire de prévoir un plan de rechange en cas de retard.

Mais mardi, il a révélé au comité que des responsables de la défense étaient chargés de préparer des scénarios de rechange au programme des F-35, précisant qu'il s'agissait d'une recherche «au cas où».