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Un Afghan relate comment un soldat américain aurait fait feu sur son père

12/03/2012 06:47 EDT | Actualisé 12/05/2012 05:12 EDT

KANDAHAR, Afghanistan - Un citoyen afghan a relaté, lundi, les détails entourant la présumée intrusion d'un militaire américain dans sa maison en plein milieu de la nuit, dimanche, sa tournée des pièces de la demeure, et le moment où le suspect se serait mis sur un genou et aurait atteint son père d'une balle dans une cuisse, au moment où ce dernier sortait d'une chambre à coucher.

Mohammad Zahir dit avoir vu le soldat entrer dans sa maison et comment il s'y est déplacé méthodiquement, vérifiant chacune des pièces.

Ce résidant du village a dit avoir entendu, d'abord, un coup de feu.

Lorsqu'il est sorti de sa chambre, il a remarqué la présence d'un homme dans la maison, portant un uniforme des forces de l'OTAN. À cause de la noirceur, il n'a toutefois pu déceler les traits de son visage.

M. Zahir s'est alors rapidement dirigé vers un coin de la maison où sont enfermés des animaux, et dit avoir vu le suspect passer d'une pièce à l'autre, comme s'il cherchait quelqu'un ou quelque chose.

Son père, non armé, serait alors sorti de sa chambre à coucher, a raconté l'homme de 26 ans.

«Il ne tenait rien dans ses mains, pas même une tasse de thé. Puis, le soldat a tiré.»

«J'aime mon père, mais j'étais convaincu que si je sortais, il (le suspect) aurait tiré en ma direction. Pour cette raison, j'ai attendu», a confié M. Zahir.

Sa mère a alors traîné son père dans la chambre, et il a aidé à couvrir, à l'aide d'un morceau de linge, les blessures que son père avait subies. Celui-ci a survécu à l'attaque, a par ailleurs déclaré M. Zahir.

Après que le tireur eut quitté la maison, M. Zahir dit avoir entendu d'autres coups de feu près de la maison, et il est demeuré à l'abri pendant quelques minutes pour s'assurer que le tireur était parti.

Le suspect, un sergent d'État-major qui demeurait détenu, lundi, est accusé d'avoir tué 16 civils afghans, dont plusieurs enfants, et d'avoir mis le feu à plusieurs de ses victimes. Le nom du militaire de 38 ans n'a pas été révélé parce qu'il serait «inapproprié» d'agir de la sorte avant que des accusations ne soient officiellement déposées, a expliqué George Little, un porte-parole du Pentagone.

Les attaques perpétrées dimanche dans le sud de la province de Kandahar sont survenues au moment où le sentiment anti-américain prend de l'ampleur en Afghanistan après que des troupes américaines eurent mis le feu à des livres du Coran, le mois dernier, et la diffusion d'une vidéo en ligne, en janvier, montrant des marines urinant sur ce qui semble être des dépouilles de talibans.

Si ces attaques devaient mener à une nouvelle vague de haine à l'endroit d'étrangers, elles pourraient mettre en péril l'avenir de la mission de la coalition pro-américaine en Afghanistan. Ces événements ont également créé un doute parmi plusieurs personnalités politiques des États-Unis quant à la pertinence de cette longue et onéreuse guerre, en matière de vies humaines et d'argent.

L'OTAN et ses pays membres ont reconnu que la tuerie avait nui aux efforts de l'alliance d'instaurer un climat de confiance, mais qu'elle n'aurait aucune incidence sur l'échéancier établi pour assurer le transfert des opérations de sécurité aux Afghans d'ici la fin de 2014. La Maison-Blanche a assuré que les objectifs du gouvernement des États-Unis demeuraient les mêmes, malgré le massacre.

Outrés, des législateurs afghans ont demandé une suspension des pourparlers visant à établir les grandes lignes d'une présence américaine dans le pays, et exigé que le suspect subisse son procès devant un tribunal afghan.

«Nous avons dit à (Hamid) Karzaï : si vous signez ce document, vous allez trahir notre pays», a déclaré Shikiba Ashimi, une parlementaire de Kandahar.

«Il n'y aura plus place à la tolérance pour ce genre d'incidents. C'est fini, terminé. Nous voulons que de telles personnes soient jugées à l'intérieur des limites de l'Afghanistan, dans des tribunaux afghans. Les États-Unis doivent faire attention. Ils ruinent l'atmosphère entourant ce partenariat stratégique», a-t-elle ajouté.

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