POLITIQUE

Québec ajoute des inspecteurs dans les CHSLD et tient un discours rassurant

12/03/2012 11:06 EDT | Actualisé 12/05/2012 05:12 EDT
PC

MONTRÉAL - Québec ajoutera quatre inspecteurs aux deux déjà en place pour évaluer les 468 CHSLD du Québec.

De plus, ces évaluateurs devront non seulement manger la même nourriture que les résidants, lors de leur visite, mais la manger dans la même salle qu'eux, afin d'avoir une impression réelle de sa qualité.

Et leur visite devra désormais se faire à l'improviste, ont précisé lundi le ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc, et sa collègue déléguée aux Services sociaux, Dominique Vien, au cours d'une rencontre avec la presse dans un Centre d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) du sud-ouest de Montréal.

Les visites auront lieu aux 18 à 24 mois, un intervalle de temps voulu comme assez large afin que le passage des inspecteurs soit moins prévisible, a précisé le ministre de la Santé.

Le ministre Bolduc a rejeté l'idée de visiter les centres incognito. «La mentalité d'espion dans les CHSLD, là, il faut s'enlever ça de la tête. Les familles viennent voir les patients régulièrement. Il y a moyen de venir voir et de l'évaluer de l'extérieur. Quand vous créez cette culture d'espionnage, vous n'aidez pas les personnes âgées», a-t-il objecté.

Le comité des résidants sera aussi consulté lors de l'évaluation, «garantissant ainsi une assurance-qualité tout au long de l'année», selon le ministère.

Avec les inspecteurs qui seront ajoutés et les personnes qui gravitaient déjà autour de l'équipe d'évaluation, ce sont au total de 40 à 50 personnes qui seront engagées dans le processus d'évaluation, une équipe «plus robuste», aux dires du ministre Bolduc.

Les ministres ont rappelé qu'il appartient aux agences régionales de la santé et des services sociaux d'assurer le suivi des recommandations formulées pour améliorer les services ou combler les lacunes.

Une controverse a sévi durant plusieurs jours, la semaine dernière, après que des rapports d'inspection de CHSLD aient été dévoilés, faisant état de cas de nourriture servie froide, de résidants qui avaient froid pendant des soins d'hygiène, de manque de respect envers des personnes âgées.

Les mesures annoncées coûteront 2,5 millions $.

«Les mesures qu'on met en place sont structurées. Et je pense qu'actuellement, on va être capable de dire qu'au Canada, on est probablement une des provinces qui est la mieux organisée pour faire l'évaluation des soins aux personnes âgées dans nos centres hospitaliers de longue durée», a commenté le ministre Bolduc.

Environ 39 000 personnes vivent dans les CHSLD du Québec. Québec consacre 3 milliards $ par année à ces centres.

Réactions

Les réactions des groupes intéressés sont diverses.

Présent sur place, Paul Brunet, du Conseil pour la protection des malades, revendique une plus grande écoute de ce que les résidants ont à dire. «Si les administrations écoutaient juste la moitié de ce que les comités de résidants ont à dire, ils régleraient beaucoup de problèmes qui, malheureusement, sont rendus dans les médias aujourd'hui.»

«Le ministre annonce des choses intéressantes; on va voir à l'usage. Mais si on parlait aux gens qui résident (au centre) et qu'on obligeait les administrateurs à manger ce qu'on sert... Je vous le dis: ça marche, quand ils y goûtent, c'est bon ou ça change. Il y a une imputabilité directe là-dessus. Et c'est ça que j'encourage les autorités à faire», a conclu M. Brunet.

De son côté, l'Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic a perçu la chose d'un oeil plutôt défavorable, déplorant le fait que seulement 460 des 773 recommandations visant les CHSLD évalués en 2010 et 2011 aient été complètement réalisées, selon le bilan publié par le ministère. L'association s'attarde au fait que cela constitue 59,5 pour cent et ne donne donc même pas la note de passage.

Dans son Bilan du suivi des recommandations après les visites d'appréciation de la qualité pour 2010-2011, publié la même journée que la conférence de presse, le gouvernement regroupe les recommandations «réalisées ou en cours de réalisation», ce qui donne plutôt un pourcentage de 97 pour cent.

L'AQRP parle donc d'un «bilan de complaisance».

De son côté, l'Association des retraités de l'éducation et des autres services publics (AREQ) a bien reçu l'ajout d'inspecteurs et le fait que les visites soient désormais réalisées à l'improviste.

L'AREQ a toutefois demandé l'ajout d'argent dans les soins à domicile, de même que l'ajout de personnel dans les centres.