NOUVELLES

Les talibans promettent des représailles après la mort de 16 Afghans

12/03/2012 08:26 EDT | Actualisé 12/05/2012 05:12 EDT

KABOUL - Les talibans ont promis lundi des représailles au lendemain de la mort de 16 civils Afghans qu'un soldat américain est accusé d'avoir tués dans deux villages proches de sa base de la province de Kandahar, dans le sud du pays.

Dans un communiqué diffusé sur leur site Internet, les insurgés islamistes jurent de «venger chacun des martyrs de ce crime sanglant et inhumain perpétré par des sauvages américains malades mentaux».

Par ailleurs, lundi soir, le secrétaire de la Défense des États-Unis, Leon Panetta, a indiqué que la peine de mort pourrait être décrétée au moment où les autorités militaires s'apprêtent à enquêter et juger le soldat américain soupçonné d'avoir tué des civils afghans dimanche.

Selon un bilan du ministère afghan de la Défense, 16 civils, hommes, femmes et enfants, ont été tués. L'armée américaine n'a de son côté pas fourni de bilan précis du massacre, dont l'auteur présumé, également accusé d'avoir brûlé les corps de certaines de ses victimes, a été arrêté. Il était en poste dans une base américaine proche des localités où le drame s'est déroulé dimanche vers 3 h, Balandi et Alkozai, dans le district de Panjwai de la province de Kandahar (sud), fief historique des talibans. Selon un responsable américain à Washington, il est rentré à la base après la tuerie et s'est rendu.

Le militaire, selon le ministère afghan de la Défense, est sorti de sa base, a parcouru à pied près de deux kilomètres jusqu'à Balandi, passant de maison en maison et ouvrant le feu sur les habitants. Onze des victimes étaient membres d'une même famille et un voisin a été tué.

De Balandi, il a marché sur une distance d'environ 1,6 km jusqu'à Alkozai, village distant de seulement 500 mètres de la base américaine. Il a tué quatre personnes dans une maison d'Alkozai et blessé à la jambe un homme dans une autre habitation.

Le président Hamid Karzaï a exigé des explications de Washington.

«C'est un assassinat, le meurtre intentionnel de civils innocents et cela ne peut être pardonné», a-t-il déclaré dans un communiqué, rappelant qu'il avait demandé à de multiples reprises aux Etats-Unis de cesser de tuer des civils. Le communiqué de la présidence afghane précise que cinq personnes ont également été blessées.

Le président américain Barack Obama a qualifié l'attaque de «tragique et consternante», présenté ses condoléances aux familles des victimes et demandé un compte-rendu précis des faits pour établir les responsabilités dans ce drame.

Certains responsables et témoins afghans mettent en doute la thèse d'un unique tireur.

«Il n'est pas possible qu'un seul soldat sorte de sa base, tue un certain nombre de gens loin de là, brûle les corps, aille dans une autre maison et y tue des civils, puis marche au moins deux kilomètres avant d'entrer dans une nouvelle maison, tuer des civils et les brûler», estime Abdul Rahim Ayubi, un député de la province de Kandahar.

Certains habitants ont déclaré à des responsables locaux avoir vu plusieurs soldats et entendu des coups de feu provenant de plusieurs endroits. Beaucoup d'autres disent cependant n'avoir vu qu'un seul soldat. D'après un porte-parole militaire américain, le lieutenant-colonel Jimmie Cummings, «il n'y a pas d'indications qu'il y avait plus d'un tireur».

Le suspect, actuellement en détention, est un sergent-chef dans l'armée depuis 11 ans, a expliqué un haut responsable américain. Marié et père de deux enfants, le militaire a effectué trois tours d'opérations en Irak et servait pour la première fois en Afghanistan, depuis décembre 2011. Il était affecté au soutien d'une unité d'opérations spéciales, Berets Verts ou SEALs de la Navy, a précisé un autre responsable américain sous couvert de l'anonymat. Les membres des opérations spéciales, a-t-il ajouté, effectuent en partenariat avec des habitants choisis par des anciens des missions de stabilisation, dont de la vigie armée.

La Division d'enquête criminelle de l'armée a ouvert des investigations, selon deux responsables militaires. L'affaire survient alors que la tension retombait à peine après la mort d'une trentaine de personnes dans des émeutes et attaques liées à la destruction de Corans sur une base américaine en février. En janvier, une vidéo montrait des hommes en uniforme de Marines américains urinant sur les cadavres de quatre hommes présentés comme des talibans en civil, qu'ils avaient tués.

PLUS:pc