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Jutra 2012: «Monsieur Lazhar» triomphe

12/03/2012 12:24 EDT | Actualisé 11/05/2012 05:12 EDT
Marc Young

Avec ses sept trophées, «Monsieur Lazhar», le film de Philippe Falardeau, est sorti grand gagnant du 14e Gala des Jutra. Le comédien Gilbert Sicotte a pour sa part obtenu son premier Jutra en carrière pour son rôle dans «Le vendeur».

Heureux mais visiblement fatigué, Philippe Falardeau a fait une entrée triomphante dans la salle de presse, entouré de son équipe. Ses souhaits se sont réalisés: Martin Léon a remporté le Jutra de la meilleure musique, Sophie Nélisse et Émilien Néron, celui des meilleurs acteurs de soutien. Ce soir, il tenait à ce que le travail de son équipe soit reconnu.

«Je pense que j'ai eu ma part de reconnaissance, de tapes dans le dos, de voyages, et j'espérais surtout pour mes collaborateurs. De remporter tout, c'est toujours gênant. Il faut apprendre à recevoir ça et, visiblement, je n'ai pas appris. D'autant plus qu'on m'appelle encore Denis Villeneuve dans la rue», a-t-il blagué, soulignant que le prix du meilleur scénario est celui qui lui fait le plus plaisir.

Les Jutra «bouclent une grande boucle», assure le cinéaste, qui part bientôt aux États-Unis et au Japon pour la promotion de «Monsieur Lazhar». «Ce qui est sûr, c'est que, quand j'ai fini le film, je ne pensais pas qu'il remporterait ces honneurs-là. Et dans le fond, quand tu regardes le film, c'est une victoire pour les enseignants, c'est une victoire pour les films intimistes et personnels.»

Un vendeur qui récolte

Pour la première fois de sa carrière, Gilbert Sicotte a remporté un prix d'interprétation pour un rôle au cinéma. Sous les bravos de photographes et des journalistes, il a pris la pose, son trophée tenu à bout de bras. «C'est lourd», a-t-il dit à voix basse, comme étonné du poids de la reconnaissance.

Le personnage de Marcel Lévesque, ce vendeur de voitures, est le premier qui l'habite autant. «J'aime cet homme, j'aime l'endroit où il vit, les gens avec qui il a travaillé. C'est un univers qui me troublait.» Le scénario de Sébastien Pilote l'a touché, et il a plongé avec émotion dans le récit du «Vendeur». «L'écriture me permettait de vivre ce personnage dans ses silences. Il y avait un défi d'incarner l'invisible. Souvent, il n'y a rien, sauf ce qu'il vivait.»

Le jeune Émilien Néron, avec sa chemise vert pomme et son veston de cuir, a brandi son Jura bien haut sous les crépitements des photographes. «Je capote!», a-t-il lancé avec un réel enthousiasme. Avec sa candeur, du haut de ses treize ans, il a charmé les journalistes qui tendaient leur micro vers lui.

«Quand j'ai entendu le «É» d'Émilien, j'ai commencé à trembler et encore là...» Un Jutra, c'est pour lui comme «une coupe Stanley» ou une victoire au «Grand Chelem de tennis». À treize ans, il espère bien poursuivre encore longtemps sa carrière d'acteur et, surtout, travailler de nouveau avec Philippe Falardeau.

Lauréat du meilleur documentaire pour «Ce cœur qui bat», Philippe Lesage en était à sa première présence au Gala des Jutra. «Je suis un peu pris par surprise», dit-il d'emblée. Je n'étais pas dans les favoris, je ne m'étais pas fait trop d'idées.» Il estime que sa proposition cinématographique, réalisée dans la plus totale indépendance, est «à risques». Il promène en effet sa caméra dans les corridors de l'Hôtel-Dieu de Montréal, montrant la douleur à vif. «Je considère que je suis un peu hors des sentiers battus. Par l'approche plus contemplative, de longs plans, un montage pas très serré. Le sujet aussi: il y a des moments très durs. Il n'y a pas de filtre; le film montre la souffrance humaine dans son état la plus nue.»

À l'instar d'une foule d'invités, Anne Émond, Misteur Valaire et Jean-Marc Vallée ont manifesté leur appui aux étudiants qui luttent contre la hausse des droits de scolarité en portant le carré rouge sur la robe de soirée ou le rebord de veston.

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