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Le Japon observe une minute de silence un an après Fukushima

11/03/2012 08:50 EDT | Actualisé 11/05/2012 05:12 EDT

RIKUZENTAKATA-SHI, Japan - Les Japonais se sont unis dans la prière et le silence dimanche, au premier anniversaire du séisme de magnitude 9 et du tsunami qui ont dévasté le nord-est du pays le 11 mars 2011. La catastrophe a fait plus de 19.000 morts et disparus et déclenché à la centrale de Fukushima le plus grave accident nucléaire depuis Tchernobyl en 1986.

Dans la ville dévastée de Rikuzentakata, sur la côte nord-est du Japon, une sirène a hurlé à 14h46 (5h46 gmt, 6h46 en France) l'heure exacte à laquelle s'est produit le séisme de magnitude 9. Environ 30 minutes après la secousse initiale, des vagues atteignant par endroits près de 15m de haut avaient balayé les côtes.

Un prêtre bouddhiste en robe bordeaux a frappé une énorme cloche dans un temple endommagé surplombant la zone dévastée où s'élevaient auparavant des maisons.

Mika Hashikai, une Japonaise de 37 ans qui a perdu son père et sa mère dans le tsunami, a déposé des fleurs devant les anciennes maisons de ses amis et voisins. Son frère a quant à lui perdu sa femme et leur fille dans la catastrophe. "Peut-être qu'un jour, il pourra se remarier et avoir d'autres enfants. Je voudrais seulement que mon frère retrouve le bonheur, lui qui a tout perdu et se retrouve seul", dit-elle.

Au même instant, dans la localité côtière d'Onagawa, les habitants tournés vers l'océan joignaient leurs mains pour une prière silencieuse. A Koriyama, une ville située plus loin dans l'intérieur des terres qui abrite aujourd'hui de nombreux réfugiés, une cérémonie à la mémoire des victimes a eu lieu dans le stade de base-ball.

"La nuit, je me demande si je ne vais pas finir par mourir là" à Koriyama, confie Toshisuke Hashimoto, 80 ans. "Et je me sens seul. Il n'y a pas grand chose à faire, si seulement j'avais des ailes, j'aimerais m'envoler et rentrer à la maison maintenant" à Tomioka. "Mais je ne peux pas", se désole le vieil homme.

Au même moment, au théâtre national de Tokyo, l'empereur Akihito, âgé de 78 ans, l'impératrice Michiko et le Premier ministre Yoshihiko Noda participaient à une cérémonie du souvenir avec des centaines d'autres Japonais. Même dans le quartier commercial très vivant de Shibuya, dans la capitale, les passants se sont arrêtés pour marquer la minute de silence.

Le Premier ministre a rappelé que le peuple japonais avait surmonté par le passé d'autres catastrophes et temps difficiles. Il s'est engagé à reconstruire le pays ainsi que le périmètre de la centrale nucléaire de Fukushima Dai-ichi, afin que le pays "renaisse et soit encore mieux". Selon M. Noda, la "période de reconstruction intensive" devrait durer "cinq ans, avec pour objectif un rétablissement complet dans dix ans. Dans cette optique, la première année n'est qu'une étape sur le long chemin de la reconstruction", a-t-il déclaré.

L'empereur a pour sa part souligné la difficulté à décontaminer les zones irradiées autour de la centrale et l'importance de la "prévention des catastrophes".

Les opposants au nucléaire qui manifestaient dans un parc du centre de Tokyo ont également observé la minute de silence avant de se rendre devant le siège de la Tokyo Electric Power Co. (TEPCO), l'opérateur de la centrale de Fukushima.

Un an après le séisme et surtout le tsunami dévastateur qu'il a déclenché, quelque 325.000 personnes ayant perdu leur toit ou été évacuées vivent toujours dans des logements provisoires. La plus grande partie des décombres de la côte ravagée a été rassemblée en énormes tas. Mais la difficile reconstruction a à peine commencé, se heurtant au manque de coordination entre les autorités locales et centrales.

Un rapport d'étape publié en décembre dernier par une commission d'enquête mandatée par le gouvernement a mis en cause TEPCO, mais aussi les autorités japonaises pour leur impréparation et la mauvaise gestion de la crise.

Selon ce rapport intermédiaire de 507 pages, établi après des entretiens avec plus de 400 intervenants, le gouvernement japonais a largement sous-estimé les risques de tsunami. Quant aux techniciens de Tepco, ils n'étaient pas formés à faire face à la situation, relèvent les experts.

Le tsunami a mis hors service les systèmes de refroidissement de la centrale, provoquant la fusion du combustible dans trois réacteurs. Leur température est aujourd'hui revenue à la normale, mais des radiations continuent de s'échapper de la centrale de Fukushima aujourd'hui fermée. Selon les prévisions du gouvernement présentées en décembre dernier, il faudra au moins 40 ans pour démanteler la centrale accidentée et nettoyer le site. AP

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