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Afghanistan: un soldat américain aurait tué 16 civils, dont 9 enfants

11/03/2012 11:35 EDT | Actualisé 11/05/2012 05:12 EDT

BALANDI, Afghanistan - Passant de maison en maison au milieu de la nuit, dimanche, un sergent de l'armée américaine a tué 16 Afghans, dont neuf enfants et trois femmes, dans deux villages de la province de Kandahar proches de sa base, dans le sud du pays, selon le président Hamid Karzaï, qui a aussitôt exigé des explications de Washington.

L'affaire survient alors que la tension retombait à peine après la mort d'une trentaine de personnes dans des émeutes et attaques liées à la destruction de corans sur une base américaine.

L'auteur présumé du massacre a été arrêté. Selon un responsable américain qui a requis l'anonymat, il s'agirait d'un militaire originaire de l'État de Washington, assigné en soutien à une unité spéciale liée aux Bérêts verts ou aux Navy SEALs, et chargée d'assurer la stabilité dans le village. Selon le responsable américain, le suspect aurait agi seul, quittant sa base du sud de l'Afghanistan et faisant feu sur ses victimes pendant leur sommeil, vers 3 h du matin, selon des résidants.

De telles opérations représentent l'un des meilleurs espoirs de l'OTAN d'assurer la transition hors de l'Afghanistan. Ces opérations réunissent des membres de forces spéciales et des résidants locaux, sélectionnés par des doyens des villages pour former un groupe, homologué et armé, de surveillance de quartier.

L'homme en question était posté sur une base américaine située à 500 mètres environ des villages de Balandi et Alkozai, dans le district de Panjwai de la province de Kandahar, berceau historique des talibans. Selon un responsable américain à Washington, il est rentré à la base et s'est rendu.

Le président américain Barack Obama a qualifié l'attaque de «tragique et consternante», et il a présenté ses condoléances aux familles des personnes tuées. Dans un communiqué publié par la Maison-Blanche, il a demandé à avoir un compte rendu des «faits aussi vite que possible» et à établir les responsabilités dans ce drame.

«C'est un assassinat, le meurtre intentionnel de civils innocents et cela ne peut être pardonné», a néanmoins déclaré le président Karzaï dans un communiqué, ajoutant qu'il avait demandé à de multiples reprises aux États-Unis de cesser de tuer des civils. Le communiqué présidentiel précise que cinq personnes ont également été blessées dans l'attaque.

Des responsables de l'OTAN ont présenté des excuses, condamnant fermement le massacre. Le général américain John Allen, qui dirige la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF) de l'OTAN, a déclaré que le meurtrier assumerait l'entière responsabilité de ses actes.

Un photographe de l'Associated Press a vu un total de 15 cadavres dans les deux villages. Certains corps étaient brûlés, d'autres cachés sous des couvertures. Un jeune enfant partiellement enveloppé dans une couverture était déposé à l'arrière d'un minibus, du sang séché sur le visage et s'écoulant de son oreille, le pantalon partiellement brûlé révélant une jambe complètement brûlée.

Un porte-parole de l'OTAN, Justin Brockhoff, a annoncé que le tireur présumé était détenu sur une base de l'ISAF et que des blessés avaient été emmenés dans des centres médicaux de la force internationale. Les forces américaines et afghanes enquêtent sur les circonstances de l'attaque. Le président Karzaï a annoncé l'envoi d'une mission d'enquête chargée de lui présenter un rapport.

Douze des personnes tuées habitaient à Balandi, a affirmé un fermier, Samad Khan, qui dit avoir perdu les onze membres de sa famille, dont des femmes et enfants, qu'il a retrouvés morts et brûlés -pour une raison inconnue- en rentrant chez lui. Le président Karzaï doit faire punir le soldat américain "sinon, qu'on nous le livre", a ajouté le villageois.

La même colère régnait à Alkozai, où une femme ayant requis l'anonymat a affirmé que les quatre habitants tués appartenaient à sa famille.

«Il n'y a pas de talibans ici (...) Soit il était saoul, soit il a pris du plaisir à tuer des civils», a-t-elle lancé. Un autre habitant, Abdul Baqi, a déclaré à l'AP que, selon ses voisins, le soldat américain s'était rendu dans trois maisons du village.

L'ISAF se bat depuis des années pour le contrôle de Panjwai. Le mouvement taliban est né au nord de ce district et nombre de ses dirigeants, dont le mollah Omar, y sont également nés, ont grandi, combattu ou prêché dans la région. Le district est aussi une base importante pour les attaques contre Kandahar. Les fondamentalistes armés ont condamné le massacre de dimanche dans un communiqué publié sur un de leurs sites Web habituels.

Des incidents de gravité variable alimentent régulièrement les tensions entre l'Afghanistan et les États-Unis, présents depuis dix ans dans le pays dans le cadre de l'offensive internationale qui a mis fin au régime taliban après les attentats du 11 septembre 2001.

Quatre soldats ont ainsi été envoyés en prison à la suite de la mort de trois hommes non armés dans la province de Kandahar en 2010. Ils sont accusés d'avoir formé un «escadron de la mort» qui tuait des civils à la grenade ou à la mitrailleuse au hasard des patrouilles.

En janvier, une vidéo montrait des hommes en uniforme de Marines américains qui urinaient sur les cadavres de quatre hommes présentés comme des talibans en civil, qu'ils avaient tués.

En février, des émeutes et attentats ont fait plus de 30 morts, dont six soldats américains tués par des membres des forces de sécurité afghanes, après l'incinération d'exemplaires du Coran sur la base de Bagram. Le président américain Barack Obama a présenté des excuses pour ce qu'il a qualifié d'erreur et estimé que c'était une raison de plus pour transférer la responsabilité de la sécurité du pays aux forces afghanes. Les forces internationales sont censées cesser leurs missions de combat d'ici à la fin 2014.

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