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Syrie: Quand Bachar al-Assad rencontre Kofi Annan

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Rencontre entre Kofi Annan et Bachar al-Assad, en Syrie, le 10 mars 2012. (AP)
Rencontre entre Kofi Annan et Bachar al-Assad, en Syrie, le 10 mars 2012. (AP)

DAMAS, 10 mars 2012 (AFP) - Le président syrien Bachar al-Assad a dit samedi à l'émissaire international Kofi Annan que tout dialogue était voué à l'échec tant que les "groupes terroristes" ne seront pas éliminés, en allusion aux rebelles dont le bastion d'Idleb était violemment bombardé par l'armée.

Lors d'une nouvelle journée de violences, au moins 36 personnes ont été tuées dans la répression et les combats entre déserteurs et soldats à travers le pays, surtout à Idleb (nord-ouest), selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Entretemps au Caire, les ministres arabes et russe des Affaires étrangères, dont les positions divergent sur les moyens de mettre fin au conflit, ont appelé à l'arrêt des violences d'où qu'elles viennent en Syrie, meurtrie par une répression qui a fait des milliers de morts en un an de révolte populaire.

"La Syrie est prête à faire réussir tout effort sincère pour trouver une solution" à la crise, a indiqué M. Assad en recevant à Damas M. Annan, qui effectue sa première mission visant à obtenir un cessez-le-feu face aux craintes d'un conflit généralisé qui plongerait le pays dans la guerre civile.

Mais le président contesté a averti que "tout dialogue ou processus politique ne peut réussir tant qu'il y a des groupes terroristes qui oeuvrent pour semer le chaos et la déstabilisation en s'attaquant aux civils et aux militaires", selon l'agence officielle Sana.

Depuis le début de la révolte le 15 mars 2011, les autorités refusent de reconnaître l'ampleur de la contestation et assimilent l'opposition au régime à des "groupes terroristes" manipulés par l'étranger.

L'opposition de son côté dit avoir pris les armes pour défendre les civils et rejeté tout dialogue avec M. Assad dont elle exige le départ.

Dans ce contexte, la mission de M. Annan, émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe, ne s'annonce pas facile, d'autant plus que la communauté internationale reste divisée entre le bloc Moscou-Pékin qui soutient le régime, et l'Occident et les Arabes critiques de sa répression brutale.

Selon Ban Ki-moon, le patron de l'ONU, la mission de M. Annan soutenue par la communauté internationale et la Russie, a pour priorité "un cessez-le-feu immédiat", "une solution politique globale" et "un accès et une aide humanitaires".

M. Annan, cité par Sana, a exprimé devant le président syrien son "refus de l'ingérence étrangère dans les affaires de la Syrie" et son "espoir de travailler avec le gouvernement pour lancer un dialogue dans le cadre d'un processus politique qui rétablirait la stabilité".

L'émissaire international devait quitter Damas dimanche après des rencontres avec des responsables gouvernementaux et de la société civile.

Preuve de la détermination du régime à étouffer la contestation malgré les efforts diplomatiques, les pressions, les sanctions mais aussi la présence de M. Annan à Damas, ses forces ont mené leur plus violent bombardement de la ville rebelle d'Idleb samedi, selon les militants.

"Il s'agit des bombardements les plus violents depuis l'envoi de renforts de troupes cette semaine à Idleb", a indiqué à l'AFP Rami Abdel Rahmane, chef de l'OSDH.

"Le pilonnage a commencé à 05H00 (03H00 GMT), ce sont des bombardements très, très violents", a indiqué Milad Fadl, militant local de la Commission générale de la révolution syrienne (opposition). "Trois immeubles se sont déjà effondrés rue Thalathine".

Vingt-sept personnes ont péri dans la province d'Idleb -16 rebelles, sept soldats et quatre civils-, a précisé l'OSDH. D'après les militants, le plus grand nombre de rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL) se concentre dans la province d'Idleb. Neuf autres personnes ont été tuées ailleurs dans le pays, selon l'ONG.

Face à l'escalade, la Russie et les Arabes ont appelé à "la fin de la violence d'où qu'elle vienne", au terme d'une réunion conjointe au Caire marquée par les divergences, en présence du chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.

Ils ont également refusé toute intervention étrangère, appelant à la mise en place d'"un mécanisme de supervision impartial" et à autoriser l'arrivée de l'aide humanitaire sans entraves, selon un communiqué commun lu par le ministre qatari des Affaires étrangères, Hamad ben Jassem Al-Thani.

Ce dernier a néanmoins jugé insuffisant un cessez-le-feu. "Il y a un génocide systématique de la part du gouvernement syrien (...) Nous ne pouvons accepter seulement un cessez-le-feu", a-t-il dit, répétant être en faveur de l'envoi de forces arabes et internationales en Syrie.

Son homologue saoudien, Saoud al-Fayçal, a jugé que le veto russo-chinois en février à une résolution onusienne condamnant la répression avait permis au régime de poursuivre les violences.

Mais Moscou maintient son refus de tout ingérence, en rejetant un nouveau texte américain au Conseil de sécurité exigeant du régime l'arrêt "immédiat" des violences, appelant à renvoyer dos à dos le régime et les rebelles, ce que refuse l'Occident.