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L'opposition russe manifeste à Moscou

10/03/2012 04:14 EST | Actualisé 09/05/2012 05:12 EDT

MOSCOU - Plus de 20 000 Russes ont manifesté dans le centre de Moscou samedi pour protester contre l'élection de Vladimir Poutine à la présidence dimanche dernier. L'opposition n'a pas réussi à mobiliser les grandes foules de ces derniers mois, qui avaient compté jusqu'à 100 000 personnes après les législatives de décembre, mais elle explore d'autres voies pour se faire entendre.

Une partie de l'énergie politique s'est canalisée dans un activisme civique et de proximité, comme en ont témoigné des jeunes gens n'ayant pas encore atteint la trentaine, tout juste élus dans des conseils municipaux. Ils ont appelé les Moscovites à s'impliquer dans la gestion de la ville, en commençant par leur quartier.

"Si je l'ai fait, ça veut dire que chacun peut le faire", a ainsi assuré Maxim Kats, un ancien joueur de poker professionnel âgé de 27 ans. Il a raconté à la foule avoir ignoré les conseils qu'on lui prodiguait: se couper les cheveux, changer son nom juif et porter un costume.

Maxim Motine, 28 ans, a de son côté proposé la mise en place d'un forum en ligne, pour discuter d'idées visant à améliorer la vie de quartier. Plusieurs centaines de candidats se sont présentés lors des élections, le 4 mars en même temps que la présidentielle, pour les 125 conseils municipaux de Moscou, dans le cadre d'un nouveau mouvement appelé Notre Ville. Des milliers de citoyens, par ailleurs, se sont portés volontaires pour la surveillance des bureaux de vote, comme l'acteur Maksim Vitorgan.

La manifestation, encadrée par des centaines de policiers et soldats, s'est déroulée dans le calme, malgré la brève interpellation du chef de file de la gauche, Sergueï Oudaltsov, avec deux de ses partisans, qui tentaient de se rendre sur la place Pouchkine. L'opposant a cumulé près de trois mois en prison l'an dernier pour avoir outrepassé des interdictions de manifester ou ignoré les restrictions imposées par les autorités.

Oudaltsov faisait aussi partie des quelque 250 personnes arrêtées dans la capitale lundi dernier lors d'une manifestation de l'opposition au lendemain de la présidentielle.

La police a par ailleurs appréhendé environ 25 nationalistes qui s'étaient détachés de la foule au début de la manifestation samedi pour tenter de défiler séparément.

A Saint-Pétersbourg, une quarantaine de personnes ont été arrêtées au cours d'une manifestation interdite qui a rassemblé plusieurs centaines de contestataires.

Après les élections législatives du début décembre arrangées pour donner une large victoire au parti de Vladimir Poutine, l'opposition avait organisé des manifestations d'une ampleur inédite depuis la fin de l'Union soviétique. Elle a été rejointe par de nombreux Russes désireux de changement dans la vie politique, dominée depuis 12 ans par Vladimir Poutine.

Mais ce dernier s'est fait réélire au Kremlin avec 64 pour cent des voix dimanche dernier. Président de 2000 à 2008, Poutine avait dû se contenter du poste de Premier ministre en raison de la limitation constitutionnelle à deux mandats successifs à la tête de l'État. Il reprend donc la présidence, pour un mandat passé à six ans au lieu de quatre. Il pourra même légalement, ensuite, en briguer un autre de six ans.

De nombreuses infractions ont été constatées lors de l'élection présidentielle mais les observateurs ont déclaré le scrutin plus régulier que les législatives, malgré la mobilisation des ressources gouvernementales au profit du candidat Poutine, et la victoire de ce dernier avérée. De nombreux manifestants ont dénoncé un hold-up électoral samedi.

"Poutine, voleur", "Ce n'étaient pas des élections. Ce n'est pas un président", "C'est notre pays", "Nous sommes le pouvoir", proclamaient notamment slogans et banderoles. "Ce n'était pas une élection", a également lancé l'opposant et ancien champion du monde d'échecs Garry Kasparov. "C'était une opération spéciale menée par un voyou qui voulait revenir au Kremlin".

L'acteur Maksim Vitorgan, qui dit avoir vu de nombreux électeurs voter plusieurs fois dans son bureau de vote, espère que l'opposition parviendra à se faire entendre. "Nous connaissons la vérité, mais que sommes-nous censés en faire?", se demande-t-il.

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