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Les conservateurs remettent des extraits du budget: des compressions à prévoir

10/03/2012 06:32 EST | Actualisé 10/05/2012 05:12 EDT

OTTAWA - Les conservateurs ont testé la foi de leurs membres cette fin de semaine en leur remettant des extraits du budget fédéral, tandis que certains d'entre eux ont dit craindre que leur parti, et la politique en général, ne soit en train de s'égarer.

En conférence pendant un congrès de deux jours tenu au Manning Centre, six membres du conseil des ministres ont donné les grandes lignes du budget fédéral qui sera déposé le 29 mars prochain, dans lequel des compressions budgétaires de milliards de dollars sont prévues, ainsi que des coupures qui refléteront la nouvelle stratégie à long terme du gouvernement.

Des indications laissent croire que la politique sociale, la réglementation environnementale et la surveillance budgétaire connaîtront des changements.

Une partie du plan consiste à transformer l'attitude du gouvernement dans son ensemble, au dire du président du Conseil du Trésor, Tony Clement, qui estime que «la conception d'un gouvernement fédéral permettant les dépenses» devait changer au profit de l'image d'un gouvernement qui «limite les coûts».

M. Clement voudrait que les exercices annuels comme le dépôt du budget ou les examens stratégiques soient révisés afin de devenir des exercices de surveillance continuels des dépenses.

À l'approche du dépôt du budget, le ministre Clement avait mandaté un comité afin qu'il supervise jusqu'à 8 milliards $ de coupures dans les dépenses annuelles du gouvernement.

Une des options considérées actuellement serait de faire de ce comité une entité permanente. Le groupe avait comme mandat de réviser les propositions de coupures remises par les différents ministères, et en demeurant actif, il pourrait veiller à la mise en oeuvre des compressions et en ordonner de nouvelles à l'avenir.

M. Clement n'a pas voulu confirmer cette possibilité.

Le gouvernement n'a pas non plus annoncé de quelle manière il allait procéder afin de communiquer ce qui serait coupé après les révisions, une décision qui a soulevé l'ire de l'opposition, qui exige davantage de transparence dans le dossier.

Dans son rapport, un groupe de réflexion progressiste estime que jusqu'à 68 000 emplois du secteur public pourraient être en péril.

M. Clement a reconnu que le gouvernement s'attendait à des revendications de la part de syndicats, mais il a également suggéré que les méthodes incitatives pouvaient être un moyen de motiver les fonctionnaires à tenir compte des coûts et des dépenses lorsqu'ils travaillent.

«Une partie de la stratégie repose sur la manière dont une personne est indemnisée et l'autre, sur la façon dont nous les supervisons», a déclaré M. Clement aux journalistes, une fois sa conférence terminée.

Les méthodes incitatives sont également un élément-clé quand vient le temps de motiver des changements dans la manière dont le gouvernement s'occupe des programmes sociaux, estime la ministre des Ressources humaines et du Développement des compétences, Diane Finley.

Elle a laissé entendre que le gouvernement négociait des «obligations pour les impacts sociaux», sorte de contrats entre le gouvernement et les investisseurs privés afin de financer les programmes sociaux.

Les versements faits par le gouvernement seraient liés aux résultats de ces programmes.

«En fait, les 'obligations sociales' sont moins risquées que ce que nous connaissons actuellement. Plutôt que de voir le gouvernement et les contribuables payer d'avance sans garantie de performances, nous verrions des groupes sociaux récompensés pour leurs efforts», a expliqué Mme Finley.

«Les investisseurs y gagnent, les groupes communautaires qui réussissent y gagnent, comme les destinataires et les utilisateurs de services et les contribuables.»

Le ministre des Ressources naturelles Joe Oliver a lui aussi réitéré l'intention du gouvernement de changer le système de régulation qui régit les projets énergétiques. Il n'a pas pu affirmer que ces changements allaient apparaître au budget, mais il a déclaré que ceux-ci allaient avoir lieu dans un avenir rapproché, à savoir «quelques mois, et non quelques années».

Le fondateur et premier chef du parti réformiste du Canada Preston Manning, qui supervise le congrès annuel, a pour sa part dit espérer que le budget rejoigne davantage l'approche idéologique traditionnelle des conservateurs.

Plusieurs conservateurs ont critiqué leur parti en raison des programmes de relance qu'il avait lancé en période de récession et du déficit que ceux-ci ont entraîné, mais M. Manning assure que cette période est révolue.

«J'ai espoir, et j'espère que plusieurs des conférenciers réunis ici aujourd'hui ont aussi espoir, que nous puissions utiliser des mesures plus contraignantes maintenant que nous sommes sur le chemin de la relance», a-t-il déclaré aux journalistes.

Le député néo-démocrate Peter Julian croit quant à lui que les conservateurs envoyaient de petits morceaux de viande aux membres de la base de leur parti, affamés au terme de mois difficiles. Il estime cependant que le parti envoie trop de message discordants, passant de propositions de mesures d'austérité à la promesse de changements à grande échelle.

La confiance du public envers le gouvernement diminue, a affirmé M. Julian.

«C'est difficile de voir dans quelle direction le gouvernement s'en va. Les gens veulent des investissements, ils veulent des emplois», a-t-il lancé.

Et le système politique doit également regagner la confiance du public, selon M. Manning.

Des sondages menés pour le Manning Centre indiquent que la confiance de la population envers la politique et les politiciens a atteint un creux historique, a-t-il ajouté.

«Ce manque de respect, presque du mépris, ne vient pas d'un sentiment d'antipathie vis-à-vis les politiques des politiciens, mais plutôt de la perception d'un manque d'éthique — non fondée mais bien réelle — et de cette idée que les politiciens n'ont pas de principes, qu'ils sont malhonnêtes, qu'ils servent leurs propres intérêts et qu'ils sont des menteurs», a expliqué M. Manning.

«Dans l'esprit du public, ce jugement est renforcé chaque fois qu'un politicien pose un geste allant à l'encontre de l'éthique et qu'il est médiatisé, comme ça a été le cas lors du scandale des commandites ou de celui, plus récent, des appels électoraux frauduleux.»

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