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Fukushima: une évacuation meurtrière pour les plus âgés et les plus faibles

10/03/2012 08:31 EST | Actualisé 10/05/2012 05:12 EDT

MINAMI-SOMA, Japan - Mal préparée, réalisée dans la plus totale désorganisation, l'évacuation des hôpitaux et maisons de retraite après la catastrophe nucléaire de Fukushima a été parfois meurtrière pour les plus âgés et les plus faibles. Mais un an après, peu de choses ont été faites pour pallier les carences constatées, selon les maires et responsables locaux interrogés par l'Associated Press.

D'après le gouvernement japonais, la pire catastrophe nucléaire depuis Tchernobyl n'est responsable que de la mort d'un seul homme, un employé de la centrale de Fukushima Dai-Ichi (Fukushima) victime d'épuisement. Le rapport de la Commission d'enquête indépendante publié le mois dernier et les autorités locales font état d'un bilan beaucoup plus lourd.

Selon la commission d'enquête indépendante, composée d'experts de l'industrie, d'universitaires et de juristes, 784 patients ont été évacués de six hôpitaux situés dans la zone interdite d'accès de 20km autour de la centrale. Sur les 435 patients de l'hôpital de Futaba et d'une maison de retraite affiliée, au moins 21 sont décédés lors de leur transfert vers des centres d'évacuation ou dans ces centres, avant de pouvoir être admis dans d'autres établissements médicaux.

Le grand-père de Jin Ishida était l'un d'eux. "C'était le chaos complet", se souvient son petit-fils, responsable de la cellule de crise d'Okuma. Une partie des installations de la centrale de Fukushima sont situées sur le territoire de cette localité proche de Futaba, dans le nord-est du Japon.

"Nous n'étions pas préparés", reconnaît M. Ishida. "Nous n'avions pas d'équipements de protection, pas de spécialistes. Nos lignes téléphoniques étaient engorgées par un flot d'appels. Nous n'avions aucun plan de secours. Même les pompiers n'en avaient pas".

Le 12 mars 2011, au lendemain du tsunami dévastatateur à l'origine de l'accident de Fukushima, Jin Ishida s'efforce de trouver des autocars pour évacuer des patients de l'hôpital et de la maison de retraite de Futaba. Environ 200 personnes seront mises en lieu sûr. Le 13 mars, la situation se détériore. Des chauffeurs de car prennent la fuite, d'autres refusent de venir à Okuma par peur de la radioactivité.

Les autocars arrivent finalement le 14 mars. Agé de 96 ans, le grand-père de Jin Ishida ne survivra pas. A Minami-Soma, localité plus au nord mais située en partie dans la zone interdite d'accès, les 96 pensionnaires d'une maison de retraite ont attendu le 19 mars pour être évacués. Ils n'avaient plus de médicaments ni de vivres, selon le directeur de l'établissement, Masahiro Sakashita. Une des personnes âgées est morte pendant le trajet en autocar, deux autres sont tombées gravement malades, précise-t-il.

"Nous savions qu'il y avait des risques, mais on ne nous a pas laissé le choix", a expliqué M. Masahiro à l'Associated Press. "Ca ne fait aucun doute: si la municipalité avait mieux préparé les choses à l'avance, cette personne ne serait pas morte. C'est vrai aussi pour les gens morts lors de l'évacuation de Futaba. Leur décès est le résultat direct de l'accident nucléaire", a-t-il ajouté. Selon lui, 26 des pensionnaires de la maison de retraite au total sont morts entre mars et fin décembre 2011, deux fois plus que les autres années.

Les responsables de plusieurs localités de la région du Fukushima, dont Minami-Soma, ont confirmé à l'AP qu'ils n'avaient pas de plans d'évacuation avant le désastre: la législation japonaise n'en prévoit que pour les villes situées autour de 10km d'une centrale nucléaire. Une zone d'évacuation de 20km, où vivaient plusieurs dizaines de milliers d'habitants, a été décrétée après la catastrophe.

La mauvaise communication à tous les échelons, le manque d'informations ont aggravé l'isolement des responsables locaux. "A plusieurs reprises, le gouvernement a émis des avis d'évacuation, puis les a modifiés", déplore le Dr Akira Isaka, responsable de l'Association médicale du district de Futaba. "Les directeurs d'établissement ont dû se tourner vers les médias pour savoir ce qui se passait. Cela a posé d'énormes problèmes pour les hôpitaux, qui ont dû improviser sur le champ des plans et les modifier complètement avec l'extension de la zone" d'évacuation.

Pour le médecin, chaque localité située à proximité d'une centrale nucléaire devrait disposer d'un hôpital construit comme un abri antiatomique, avec générateurs d'électricité, vivres et équipements en quantité suffisante. On pourrait ainsi s'occuper des patients en attendant de pouvoir les évacuer en toute sécurité. Mais un an après la catastrophe, la situation n'a guère changé, constate-t-il. "Aujourd'hui, aucune localité n'est à mon avis en sécurité".

Minoru Takahata, responsable de la cellule de crise d'Omaezaki, ville située près de la centrale nucléaire de Hamaoka à environ 200km au sud de Tokyo, note que les collectivités locales commencent à prendre les devants, notamment pour l'élaboration des plans d'urgence. "Nous savons que nous ne pouvons attendre que le gouvernement (central) fasse quelque chose pour nous", conclut-il. AP

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