Entrevue: Benoît Brière roule sa bosse avec Le Boss est mort, d'Yvon Deschamps

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«Allo, c'est Yvon!» C'est par téléphone que l'aventure de Benoît Brière avec Le boss est mort a commencé. Yvon Deschamps, le vrai, lui donnait rendez-vous pour lui parler d'un projet. «Sur le coup, on se dit que c'est une mauvaise blague.» Mais non.

Benoît Brière a toujours admiré Yvon Deschamps. C'est donc avec empressement qu'il a accepté d'aller rencontrer le monologuiste. Dans un café, autour d'une table, ils ont établi les prémisses d'une pièce de théâtre avec le personnage-culte du gars de la shop.

Cette idée trottait dans la tête d'Yvon depuis vingt ans, nous dit Benoît, sans qu'il n’ose jamais la réaliser. Une dizaine d'heures de textes tournaient déjà autour du personnage. C'est le dernier monologue, «La mort du boss», qui a inspiré la pièce. Cet ouvrier qui a toujours été servile, qui voyait son boss comme son dieu, se retrouve déstabilisé par cette mort. «Il n'a plus rien à quoi s'accrocher, à quoi s'identifier», nous dit Benoît Brière. Pendant les deux heures que dure la pièce, il fait son bilan de vie. Au-delà de l'absurde qui peut faire rire, on se trouve au cœur d'un drame humain.

«Yvon souffrait beaucoup du fait que les gens adhéraient moins au drame qu'au rire, poursuit Benoît. Le médium du théâtre peut nous amener un peu plus du côté du drame, dans la dérision et l'ironie de ce que vit le personnage.»

Le comédien n'a pas abordé le personnage du côté de la révolte, mais plutôt par son côté naïf. Selon lui, c'est par la naïveté du gars de la shop que l'indignation passe. «Ce personnage se fait exploiter, mais c'est par la dérision, par la démonstration de son contraire, qu'on essaie de faire naître l'indignation.»

«Malheureusement, c'est encore de mise de penser comme le boss.» Encore d'actualité aussi, les tabous de la sexualité et le pouvoir du clergé. «C'est bon pour le show, mais un peu épeurant de voir qu'on est encore comme ça.»

La pièce s'est bâtie pendant un an et demi, temps pendant lequel, avec Dominic Champagne, le metteur en scène, ils ont relu tous les monologues devant Yvon Deschamps. Et Yvon a retouché quelques textes pour les adapter, mais l'essentiel est resté.

Et le spectacle a encore une grande incidence sur les spectateurs, si on se fie aux réactions du public dans la salle. «Les gens disent souvent les répliques à ma place. Je suis obligé de leur dire: "Laissez-moi puncher, là!"»

Le boss est mort roule sa bosse depuis plus d'un an et sera de retour à Montréal du 28 au 31 mars. Des possibilités de faire connaître la pièce en Europe sont dans l'air, bien qu'embryonnaires. La fille d'Yvon Deschamps travaille également à traduire les textes de son père en anglais. «Et pour l'avoir montré à des Anglais qui parlent bien français, je sais que ça passe la rampe. Cette parole est importante, elle doit être entendue», conclut Benoît.

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