Université Concordia: une pénalité de 2 millions $ imposée par Québec

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La générosité de l'Université Concordia envers ses cadres supérieurs va lui coûter cher.. (Shutterstock) | Shutterstock

QUÉBEC - La générosité de l'Université Concordia envers ses cadres supérieurs va lui coûter cher.

En plein coeur d'un conflit qui l'oppose aux étudiants sur les droits de scolarité, Québec a annoncé vendredi une pénalité financière de 2 millions $ à l'institution anglophone pour l'année 2012-2013.

La prodigalité de l'Université Concordia, qui a accordé des indemnités de départ totalisant 3,1 millions $ à six membres de son personnel au cours des dernières années, est venue à bout de la patience du gouvernement.

Dans une lettre datée du 8 mars et transmise au président du conseil d'administration, Peter Kruyt, la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, dénonce «le caractère inapproprié de certains choix de gestion» de l'université.

«J'ai mentionné à plusieurs reprises mon inquiétude relativement à la succession de départs à l'Université Concordia et à l'incidence budgétaire qui en découlait. L'Université Concordia a fait preuve d'un manque de rigueur et elle doit faire face aux conséquences», a déclaré la ministre Beauchamp.

Invoquant les principes de saine gestion des fonds publics, la ministre a aussi signifié à l'université qu'elle se réservera le droit, pour 2012-2013, de lui dicter «ses obligations en matière de croissance de la rémunération globale» de ses dirigeants.

Le message doit être compris par l'ensemble des universités, a statué Mme Beauchamp.

«Le signal, c'est de dire aux universités: vous gérez avant tout des sommes qui proviennent des impôts, on ne peut pas gérer ça comme une entreprise comme une autre. Les universités sont autonomes, j'en conviens, mais il y a une responsabilité dans la gestion des sommes publiques. C'est un signal sans équivoque», a-t-elle affirmé à La Presse Canadienne.

Le président et vice-chancelier de l'Université Concordia, Frederick Lowy, a réagi par voie de communiqué en affirmant qu'il «comprend et partage les inquiétudes» de la ministre Beauchamp.

Il a précisé qu'une firme indépendante de vérification comptable entreprendra un examen de la gestion des ressources humaines à la haute direction de l'université.

«Nous n'hésiterons pas à mettre en oeuvre toute mesure qui résultera de cet examen», a-t-il ajouté.

La décision du gouvernement de sévir contre Concordia a pris par surprise l'opposition péquiste qui soulève depuis des mois des questions sur la gestion des dirigeants universitaires.

La députée Marie Malavoy soupçonne la ministre Beauchamp d'avoir posé ce geste inattendu pour calmer la grogne des étudiants opposés à la hausse des droits de scolarité.

Les associations étudiantes en grève reprochent au gouvernement Charest de vouloir endetter davantage les étudiants alors qu'il fait preuve de laxisme envers les gestionnaires du réseau universitaire.

«On est au niveau de la petite tactique politicienne pour enlever un argument aux étudiants. Mais la cause des étudiants est plus profonde et ce n'est pas parce que Concordia subit une pénalité que la mobilisation va s'essouffler», a dit Mme Malavoy, porte-parole du Parti québécois en matière d'enseignement supérieur.

Pour s'assurer de la saine gestion des universités, la ministre de l'Éducation ne doit pas se limiter à des actions «à la pièce», selon la députée de Taillon.

«Les questions concernant les universités doivent être vues dans leur ensemble. Il y a Condordia mais il y a aussi McGill qui a des comportements similaires à certains moments, il y a les débordements dans les investissements. (...) Qu'on regarde l'ensemble», a-t-elle relevé.

La Coalition avenir Québec (CAQ) voudrait pour sa part qu'un oeil soit jeté immédiatement du côté des gestionnaires de l'Université de Sherbrooke.

Dans un communiqué, le porte-parole de la CAQ en matière d'éducation, Éric Caire, pointe du doigt le candidat péquiste dans la circonscription de Saint-François, Réjean Hébert.

«Réjean Hébert a touché une indemnité de départ de 115 445 $ après avoir quitté son poste de doyen de la faculté de médecine en septembre 2010. Or, la nouvelle recrue de Pauline Marois n'a jamais quitté l'Université de Sherbrooke», s'est insurgé le député de La Peltrie.

Le PQ s'oppose à ce que le gouvernement demande aux étudiants de contribuer davantage au financement de leur parcours mais tolère «qu'un des leurs pige dans le plat à bonbons», a accusé M. Caire, exigeant des explications de la part de la chef Pauline Marois.