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Quand la crise en Europe profite à la langue de Goethe...

08/03/2012 11:00 EST | Actualisé 08/05/2012 05:12 EDT

BERLIN - De plus en plus de personnes en Espagne, au Portugal et dans d'autres pays frappés par la crise de la dette en Europe prennent des cours d'allemand dans le but d'augmenter leurs chances de trouver un emploi au pays de Goethe, selon des données obtenues par l'Associated Press.

La tendance concerne surtout les pays du sud de l'Europe qui connaissent un chômage élevé, en particulier chez les jeunes, selon les chiffres de l'Institut Goethe, chargé de promouvoir la culture et la langue allemandes. D'autres statistiques révèlent une forte hausse de l'immigration en Allemagne en provenance d'Espagne, de Grèce et du Portugal.

L'Institut Goethe a vu le nombre d'inscrits à ses cours d'allemand s'envoler dans plusieurs pays entre 2010 et 2011: il a bondi sur un an de 35 pour cent en Espagne, passant de 6500 à 9000, de 20 pour cent au Portugal, de 14 pour cent en Italie, de 10 pour cent en Grèce et de 8 pour cent en France.

Dans le monde, le nombre d'inscrits aux cours d'allemand de l'Institut Goethe a augmenté de 7,5 pour cent pour s'établir à 235.000. «La plupart sont des jeunes», explique Klaus-Dieter Lehmann, directeur de l'institut. Ils prennent des cours «pas parce qu'ils veulent lire Goethe ou Schiller dans leur langue originale, mais pour améliorer leurs chances de trouver du travail».

En Espagne et au Portugal, les chiffres de l'Institut Goethe font certes pâle figure comparé au nombre de personnes qui apprennent l'anglais, mais ils témoignent d'une tendance apparemment liée à la situation économique. L'Allemagne a enregistré une croissance de 3 pour cent en 2011 et le taux de chômage y est à son plus bas niveau depuis près de deux décennies. Par comparaison, l'Espagne devrait retomber en récession et affiche un chômage record à plus de 20 pour cent.

De nombreuses entreprises allemandes cherchent à embaucher des professionnels qualifiés, mais la barrière de la langue entrave souvent le recrutement des candidats d'Europe du Sud. «Les employeurs sont plutôt exigeants» sur la maîtrise de l'allemand, souligne Herbert Brücker, un économiste de l'Institut allemand pour la recherche sur l'emploi.

À Schwäbisch-Hall, une ville du Bade-Wurtemberg (sud-ouest) qui abrite des géants industriels comme Daimler et des petites et moyennes entreprises dynamiques, les sociétés locales manquent de travailleurs qualifiés. Pour les aider, la municipalité a invité récemment des journalistes portugais, grecs, italiens et espagnols dans le cadre d'un voyage de presse sur le sujet.

Résultat: plus de 10 000 candidatures ont été envoyées rien que pour le Portugal, et leur nombre «continue à augmenter», souligne Robert Gruner, porte-parole de la municipalité. Mais l'agence locale pour l'emploi a identifié un problème chez la plupart de ces candidats: «Malheureusement, seulement 5 pour cent maîtrisent l'allemand», ce qui complique sérieusement les choses, observe M. Gruner.

Les travailleurs immigrés en Allemagne viennent toujours principalement des pays d'Europe de l'Est, comme la Roumanie et la Pologne, mais ceux issus de pays d'Europe de l'Ouest frappés par la crise sont en forte hausse.

Au cours des neuf premiers mois de 2011, l'Allemagne a enregistré une immigration nette en provenance d'Espagne de 7532 personnes, contre 3214 pour l'ensemble de 2010, selon le Bureau fédéral des statistiques. «C'est un phénomène assez nouveau: quand les Espagnols émigraient, ils allaient en France, pas en Allemagne», note Herbert Brücker.

«Cela reflète également une mobilité accrue de la jeune génération. Nous observons une forte hausse de la migration des étudiants», précise-t-il, soulignant que de nombreux Espagnols fréquentent désormais ses cours à l'université de Bamberg.

L'immigration nette en provenance du Portugal au cours des neuf premiers mois de 2011 a atteint 2270 personnes, contre seulement neuf en 2010. Concernant la Grèce, la hausse est également forte avec 7931 contre 1076 sur les mêmes périodes.

«C'est probablement parce qu'ils ont vraiment des difficultés chez eux», remarque M. Gruner, le porte-parole de Schwäbisch-Hall.

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