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Le vice-ministre syrien du Pétrole annonce qu'il passe du côté de l'opposition

08/03/2012 02:40 EST | Actualisé 08/05/2012 05:12 EDT

BEYROUTH - Le vice-ministre syrien du Pétrole, Abdo Houssameddine, a annoncé sa défection et son adhésion à l'opposition au régime du président Bachar el-Assad, dans une vidéo diffusée en ligne jeudi.

Abdo Houssameddine est le plus haut responsable du gouvernement syrien à abandonner le régime depuis le début de l'insurrection, il y a un an. De nombreux soldats ont déserté pour rejoindre l'Armée syrienne libre, mais les responsables civils sont restés en grande majorité loyaux au régime de Damas.

Dans cette vidéo diffusée sur YouTube, Abdo Houssameddine dit être un «assistant» du ministre du Pétrole. Les ministres syriens peuvent avoir plusieurs assistants présentés comme des adjoints.

«Moi, Abdo Houssameddine, vice-ministre du Pétrole et des Ressources minières, annonce ma défection du régime et ma démission de mon poste (...) et déclare rejoindre la révolution du peuple digne», déclare-t-il.

Installé dans un canapé et lisant un papier, M. Houssameddine dit quitter le gouvernement à cause de la répression «brutale» contre l'opposition et le peuple syrien.

Semblant s'adresser directement au président El-Assad, il affirme: «Vous avez infligé à ceux que vous appelez votre peuple une année entière de chagrin et de tristesse, nié leurs droits fondamentaux à la vie et à l'humanité et poussé le pays au bord de l'abîme».

«Je ne veux pas finir ma vie en servant les crimes de ce régime», ajoute-t-il, en précisant qu'il est au service du gouvernement depuis 33 ans. Il quitte le gouvernement «en sachant très bien que ce régime brûlera ma maison, persécutera ma famille et inventera beaucoup de mensonges».

«Je conseille à mes collègues (...) d'abandonner ce navire qui coule», conclut-il.

D'après l'ONU, plus de 7500 personnes ont été tuées depuis le début de l'insurrection populaire en Syrie.

À Damas, la directrice du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), Valérie Amos, s'est dite «frappée» par l'ampleur de la dévastation dans le quartier de Baba Amr, à Homs, dans le centre de la Syrie.

Le quartier a été «complètement détruit» après le pilonnage de l'armée syrienne pendant près d'un mois, a-t-elle dit au lendemain de sa visite à Baba Amr. La plupart des résidants ont fui la ville, a-t-elle souligné à l'issue d'un entretien avec les ministres syriens de la Santé et de l'Éducation.

Valérie Amos est le premier observateur étranger autorisé à pénétrer à Baba Amr depuis la reprise du quartier aux rebelles par l'armée syrienne, le 1er mars.

«J'ai été frappée par la différence entre ce que j'ai vu ici à Damas et ce que j'ai vu hier à Baba Amr», a-t-elle affirmé.

Peu après son intervention, les forces de sécurité syriennes ont ouvert le feu pour disperser des manifestants à Mazzeh, un quartier chic de Damas. Une foule était rassemblée pour les funérailles d'un soldat qui aurait été exécuté le mois dernier pour avoir refusé d'obéir à l'ordre de tirer sur des civils à Homs.

Selon l'Observatoire syrien pour les droits de l'homme, les forces de sécurité ont arrêté de nombreux manifestants, mais il n'y aurait pas eu de victimes.

Au Caire, l'ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan a précisé que sa priorité en tant qu'envoyé spécial en Syrie était de faire cesser la violence, d'acheminer de l'aide humanitaire et d'amorcer un «processus politique» pour résoudre le conflit. Kofi Annan devrait se rendre à Damas samedi.

Lors de sa conférence de presse après sa rencontre avec le chef de la Ligue arabe, Nabil Elaraby, M. Annan a assuré avoir le soutien total de la communauté internationale dans son rôle d'émissaire en Syrie.

Quant à M. Elaraby, il a estimé qu'il n'était pas possible d'appliquer à la Syrie le «scénario libyen», à savoir des mois de frappes aériennes par l'OTAN, qui ont aidé les rebelles à faire tomber le régime de Mouammar Kadhafi.

Lors d'un déplacement à Tunis, le président turc Abdullah Gül, tout comme son homologue tunisien Moncef Marzouki, s'est déclaré hostile à une intervention étrangère en Syrie, plaidant pour une solution pacifique de la crise syrienne.

«L'armement des insurgés et l'intervention étrangère ne peuvent que compliquer la situation», a estimé le président tunisien. Il a déclaré que son pays «poursuivra l'action politique avec nos amis européens, russes et chinois», en se disant convaincu que le régime de Bachar el-Assad «est appelé à disparaître».

Le président turc a condamné la persistance de l'usage de la force par le régime syrien contre les populations civiles. «La répression, l'injustice et la dictature ne peuvent pas continuer», a-t-il dit.

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