NOUVELLES

Des milliers de Tunisiennes manifestent pour défendre leurs acquis

08/03/2012 12:16 EST | Actualisé 08/05/2012 05:12 EDT

TUNIS, Tunisie - Plusieurs milliers de Tunisiennes se sont rassemblées jeudi devant l'assemblée constituante, près de Tunis, pour défendre leurs droits et leurs acquis à l'occasion de la Journée internationale de la femme.

«Touche pas à mon code», «La Tunisienne, phare de la révolution, refuse la soumission», pouvait-on lire sur certaines pancartes brandies par les manifestantes, qu'un grand nombre d'hommes étaient venus soutenir.

Grâce au Code du statut personnel promulgué au lendemain de l'indépendance de la Tunisie en 1956 par l'ancien président Habib Bourguiba, la femme tunisienne jouit d'une position privilégiée dans le monde arabo-musulman.

Considéré comme un «acte révolutionnaire», ce document a aboli la polygamie et a accordé l'égalité entre l'homme et la femme dans divers domaines, notamment dans l'enseignement, le travail et le droit de vote.

Les forces de l'ordre ont empêché des groupes d'islamistes radicaux de se diriger vers les lieux du rassemblement pour une contre-manifestation, selon une participante.

«De quel islam ils parlent, afghan, wahabite ou quoi ?» s'est insurgée Badra Gaâloul, une sociologue âgée de 35 ans.

Tout en affichant sa fierté d'être arabe et musulmane, elle s'est dite attachée aux spécificités de la culture tunisienne, «faite d'ouverture et de modération».

Pour sa soeur Afef, professeure d'arabe âgée de 33 ans, «il n'est pas question de faire marche arrière». «Nous sommes déterminées à défendre nos acquis que nous jalousent beaucoup de pays même en Europe», a-t-elle dit.

À l'instar d'autres manifestantes, elle s'est déclarée «choquée» par les salafistes qui ont décroché mercredi le drapeau tunisien devant le bâtiment de la faculté des lettres de l'Université de la Manouba, dans les environs de Tunis, pour le remplacer par leur emblème noir sur lequel figure la profession de foi musulmane.

«Ce drapeau nous unit, c'est le symbole de l'identité tunisienne et il nous est cher parce que beaucoup de Tunisiens sont morts pour lui», a-t-elle martelé.

Venu soutenir les femmes dans leur lutte, Dakhli Slaheddine, un médecin âgé dans la cinquantaine, n'a pas caché son inquiétude face aux «courants rétrogrades» qui se manifestent avant la rédaction de la nouvelle Constitution tunisienne.

Il s'en est pris aux prédicateurs arabes qui se succèdent en Tunisie et a accusé le parti islamiste Ennahda, vainqueur des élections d'octobre, de tenir «un double langage».

Les dirigeants d'Ennahda s'en défendent. Figure de proue du parti islamiste, Souad Abderrahim, une pharmacienne non voilée, a même annoncé sur la radio Mosaïque FM qu'elle allait créer un groupe parlementaire pour défendre les droits des femmes s'ils venaient à être menacés.

«Il faut rester vigilant, car il y a des lignes rouges à ne pas dépasser, dont les droits de la femme», a renchéri Samir Bettaïeb, du mouvement Ettajdid, un parti d'opposition moderniste présent à la manifestation aux côtés de représentants du Parti démocratique progressiste.

PLUS:pc