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Tunisie: des étudiants universitaires s'affrontent au sujet du voile islamique

07/03/2012 02:48 EST | Actualisé 07/05/2012 05:12 EDT

TUNIS, Tunisie - Cinq personnes ont été blessées dans une université tunisienne, mercredi, lors d'un affrontement entre étudiants ultraconservateurs et progressistes au sujet du droit des femmes de porter le voile islamique.

Depuis le soulèvement populaire qui a mené au renversement du dictateur Zine El Abidine Ben Ali, la Tunisie vit une recrudescence des activités des groupes islamistes.

L'Université de la Manouba, située près de Tunis, a été le théâtre de plusieurs manifestations d'étudiants islamistes ultraconservateurs, qui demandent que l'université change ses règlements pour permettre aux femmes de porter le voile durant les cours et les examens. Ils réclament aussi un espace de prière au sein de l'établissement.

Mercredi, des manifestations opposées impliquant des étudiants islamistes et des membres de l'association nationale des étudiants ont dégénéré quand un étudiant a enlevé le drapeau national qui flottait devant l'entrée de l'université. Les étudiants salafistes l'ont remplacé par leur propre étendard noir proclamant la profession de foi musulmane.

Selon l'agence de presse officielle tunisienne, cinq étudiants ont été blessés dans les affrontements, qui se sont produits par intermittence tout au long de la journée. Trois personnes ont dû être hospitalisées.

«Nous demandons une salle de prière et nous voulons que toutes les étudiantes qui portent le niqab puissent assister à leurs cours et aux examens, comme c'est permis de le faire aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne», a dit Mohammed Bakhti, un porte-parole des étudiants salafistes.

Les deux ex-dictateurs tunisiens ont promu une identité strictement laïque et ont réprimé toute expression ouverte de piété, notamment le voile islamique. Mais depuis le renversement du régime, en janvier 2011, les Tunisiens adeptes d'une interprétation plus stricte de la religion ont commencé à revendiquer des droits, affrontant souvent les progressistes.

Mohammed Bakhti a ajouté que les étudiants salafistes manifestaient aussi contre l'attaque, mardi, de deux étudiantes voilées par le doyen de la faculté des lettres, Habib Kazdaghli. L'une des étudiantes a perdu connaissance et a été hospitalisée.

M. Kazdaghli a déclaré à l'Associated Press que ces accusations étaient sans fondement et que c'est lui qui avait été attaqué par les étudiantes.

«L'une d'entre elles a fait irruption dans mon bureau et m'a attaqué. (...) J'ai dû la repousser et j'en porte encore les traces», a-t-il dit.

Les deux étudiantes font partie d'un groupe sanctionné par l'université pour avoir tenté de porter le voile au sein de l'établissement. L'une d'entre elles a été suspendue pour un an pour avoir tenté de prier dans une classe.

Plus tôt cette année, des étudiants salafistes avaient organisé un sit-in d'un mois devant la faculté des lettres au sujet du port du voile, empêchant la tenue des examens.

M. Kazdaghli, qui est devenu une personnalité polarisante du débat, a condamné les autorités pour ne pas avoir tenté de freiner l'ardeur des salafistes.

Le parti islamiste modéré Ennahda, qui dirige le gouvernement tunisien, a diffusé un communiqué condamnant l'attaque contre le drapeau national.

«Le parti souligne aussi que tous doivent s'engager dans un dialogue afin de trouver des solutions appropriées qui garantissent l'inviolabilité de l'université et les droits et libertés des étudiants», affirme le communiqué.

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