Des rescapés de l'enfer de Homs aux portes du Liban

Refugies Syrie Homs

Première Publication: 6/03/2012 17:04 Mis à jour: 6/03/2012 17:09

FRONTIERE LIBANO-SYRIENNE, 6 mars 2012 (AFP) - Abou Ali se souvient encore d'un cadavre carbonisé dans une voiture au moment où il fuyait Homs avec sa famille. Comme des centaines de Syriens terrorisés par les violences, il a quitté cette ville du centre du pays pour une région frontalière du Liban.

"Notre voiture a été visée par des tirs de snipers. Grâce à Dieu, nous sommes toujours en vie", raconte le quinquagénaire rencontré mardi par l'AFP dans la région de Joussieh, frontalière du Liban, en compagnie de sa femme et de ses cinq enfants.

"Des gens qui quittaient la ville ont été tués par des tirs et sont morts dans leurs voitures", ajoute cet homme qui vivait dans le quartier de Karm al-Zeitoun adjacent à celui de Baba Amr, bastion rebelle récemment repris par l'armée.

"A Homs, on a vu des immeubles aplatis, de la destruction partout", ajoute-t-il, la peur se lisant encore sur son visage.

Selon le Haut-commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR), quelques 2000 réfugiés syriens sont arrivés au Liban depuis le week-end pour fuir les violences, notamment dans la région de Homs.

Mais beaucoup hésitent encore à entrer au Liban de peur de se faire arrêter par l'armée libanaise, suite à des informations de presse non confirmées faisant état d'interpellations de réfugiés.

Un responsable de l'Armée syrienne libre (ASL, composée principalement de déserteurs), Abou Ahmad, a affirmé à l'AFP que 800 familles déplacées originaires de Homs et de ses environs se sont installées à Joussieh, près de la frontière poreuse avec le Liban.

Beaucoup d'entre eux, comme Abou Ali, sont venus à Joussieh ces derniers jours après la reprise par les forces gouvernementales le 1er mars de Baba Amr, assiégé et bombardé pendant près d'un mois. Ils vivent aujourd'hui dans le dénuement le plus total.

"Nous vivons comme des mendiants ici, loin de nos maisons", dit Abou Ali, installé dans une petite maison dénuée de tout. Sur le sol, quelques matelas pour dormir et de vieux tapis pour uniques meubles.

Pour le moment, lui et sa famille sont dans un endroit "sûr", loin des bombes, des tireurs embusqués et ce qu'il dénonce comme les mauvais traitements des forces du régime de Bachar al-Assad. "Ils nous ont arrêtés à un barrage, ont inspecté la voiture puis nous ont insultés", se rappelle-t-il.

Avant la révolte contre le régime du président Bachar al-Assad, les Syriens de Joussieh et les Libanais de la région d'en face, el-Qaa, passaient de l'autre côté de la frontière pour se rendre à leur travail, faire des achats ou simplement rendre visite à des proches.

"Les déplacés vivent chez des familles, dans des mosquées ou dans des écoles", affirme Abou Ahmad, un responsable des secours au sein de l'ASL, parlant de 4.000 autres familles à Bouayda, autre localité proche dans la province de Homs.

"L'ASL offre l'aide qu'elle peut. On apporte chaque jour près de 5.000 sacs de pain, avec en moyenne un sac par famille", indique-t-il.

Une aide hautement appréciée par les nouveaux déplacés.

"J'étais déjà très pauvre. Les gens de Joussieh nous aident et les rebelles nous donnent quelques vivres", affirme Abou Abdallah, 43 ans, père de quatre enfants.

Fin février, il avait fui Qousseir, ville tenue en majorité par les rebelles à 15 km de Homs, en raison "des bombardements sans discernement".

Beaucoup hésitent à passer côté libanais. "On dit que l'armée libanaise est en train d'arrêter les réfugiés syriens", confie Abou Ali.

Cependant, pas question de revenir chez eux. Jaafar, un agriculteur de 27 ans, a quitté Qousseir (40 000 habitants) sous les bombes pour s'installer chez des proches à Joussieh.

"Il n'y a plus de mazout, plus de nourriture, la ville est assiégée par l'armée, les snipers sont partout...et la moitié des habitants sont partis", dit-il.

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Publié par Patrick White  |