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Craignant une guerre commerciale, l'IATA presse l'UE de travailler avec l'OACI

06/03/2012 04:24 EST | Actualisé 06/05/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - Le président de l'Association du transport aérien international (IATA), Tony Tyler, craint que les règles européennes sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) conduisent à une guerre commerciale.

Dans un discours prononcé mardi devant le Conseil des relations internationales de Montréal, M. Tyler a demandé à l'Union européenne (UE) de ne pas faire cavalier seul et de travailler avec l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), dont le siège est situé à Montréal, pour trouver une façon multilatérale d'encourager la diminution des émissions de GES.

«(L'UE) doit reconnaître que l'approche mondiale qu'il nous faut pour gérer avec succès les émissions internationales du secteur de l'aviation ne peut pas être conclue à Bruxelles, a-t-il déclaré. La solution se trouve à Montréal.»

À partir de cette année, l'UE obligera tous les transporteurs aériens qui offrent des vols vers l'Europe à acheter des «certificats» pour couvrir une partie de leurs émissions de GES. Selon l'IATA, qui regroupe 240 compagnies aériennes, l'initiative coûtera pas moins de 1,2 milliard $ US à l'industrie en 2012.

Les transporteurs américains Delta, United Continental, US Airways et American ont récemment augmenté de 3 $ US le prix de chaque vol en provenance et à destination de l'Europe, vraisemblablement pour couvrir les coûts liés aux règles de l'UE sur les émissions de GES.

Il y a quelques semaines, une vingtaine de pays, dont les États-Unis, la Chine et la Russie, se sont réunis à Moscou afin de s'entendre sur d'éventuelles mesures de représailles pour combattre la démarche européenne.

«Personne ne veut d'une guerre commerciale, a affirmé Tony Tyler. Les États se préparent clairement à cette éventualité, mais elle n'est pas inévitable.»

Pressions sur Ottawa

L'ancien grand patron du transporteur hongkongais Cathay Pacific a également profité de son discours pour implorer Ottawa de réduire les taxes imposées à l'industrie aérienne, reprenant ainsi le message favori de l'IATA à l'endroit des gouvernements.

Selon lui, la somme des taxes que les transporteurs aériens doivent acquitter au Canada compte parmi les plus élevées au monde, entraînant une fuite de capitaux.

«Un nombre effarant de voyageurs se rendent au Canada en passant par des transporteurs et des aéroports américains, ce qui crée des emplois là-bas», a-t-il noté.

L'IATA soutient qu'en abaissant ses taxes, plus particulièrement les redevances d'atterrissage, le Canada pourrait accroître son trafic aérien et accélérer le développement de son économie, ce qui pourrait ultimement se traduire par une hausse des revenus fiscaux.

D'après une étude commandée par l'IATA, le secteur de l'aviation génère une activité économique de 33,3 milliards $ et soutient plus de 400 000 emplois au Canada. Per capita, ces retombées sont toutefois moindres que celles dont profitent Hong Kong et l'Australie, a relevé M. Tyler.

Ce dernier s'est par ailleurs félicité mardi de l'amélioration du taux d'accidents aériens dans le monde, qui vient de battre un nouveau record. En 2011, il y a eu un accident pour 2,7 millions de vols, contre un pour 1,6 million de vols en 2010. En Amérique du Nord, c'était encore mieux.

«Cela signifie qu'au Canada, vous pourriez prendre un vol chaque jour pendant 21 000 ans avant de connaître un accident majeur», a lancé Tony Tyler.

Même si le «siège social» de l'IATA est à Montréal, M. Tyler passe peu de temps dans la métropole québécoise. La raison en est simple: quand il n'est pas en voyage, il travaille principalement à Genève, où se trouve le «bureau de direction» de l'organisation.

«J'aimerais passer plus de temps ici», a-t-il assuré.

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