POLITIQUE

Anonymous a violé les privilèges de Vic Toews, juge le président de la Chambre

06/03/2012 11:45 EST | Actualisé 06/05/2012 05:12 EDT
Vikileaks30

OTTAWA - Dans une affaire qui prend des airs de chasse aux fantômes, le ministre de la Sécurité publique Vic Toews, cible de vidéos menaçantes du groupe «Anonymous», veut qu'un comité parlementaire se penche sur leurs attaques.

Le hic est que ceux qui se cachent sous la cagoule du groupe «Anonymous» sont... anonymes.

Ce détail soulève des questions sur ce que le comité pourrait accomplir.

Le ministre a été la cible de multiples attaques parce qu'il parraine le projet de loi C-30 sur la cybersurveillance. Cette loi permettrait aux policiers ou à d'autres organismes fédéraux d'obtenir — sans mandat — des informations personnelles sur les utilisateurs d'Internet.

Le projet de loi C-30 a été vigoureusement dénoncé par les citoyens.

Suite à une plainte de M. Toews, le président de la Chambre des communes Andrew Scheer a déclaré que ces vidéos «troublantes» du groupe «Anonymous» — mises sur le site de partage «Youtube» fin février — ont porté atteinte «à première vue» aux privilèges parlementaires du ministre.

Les vidéos montrent le logo du groupe, un homme en complet, mais sans tête, pour bien marquer son anonymat. Une voix de femme robotisée lance un message à Vic Toews.

«Vous n'avez pas écouté notre avertissement. Maintenant, nous allons montrer au grand jour l'hypocrite que vous êtes», peut-on entendre dans l'une des capsules, qui souligne que le même sort sera réservé à ceux qui tentent de censurer Internet.

Plus loin, le message avertit Vic Toews qu'il ne peut se sauver, ni se cacher.

«Nous ne pardonnons pas. Nous n'oublions pas. Préparez-vous pour nous», est-il dit sur une musique dramatique.

Ces vidéos, rapporte le président, ont dévoilé des informations personnelles sur le ministre et contenaient des menaces «spécifiques et inquiétantes». Une tentative d'intimidation, note-t-il.

«Dans une démocratie saine, le débat vigoureux sur divers sujet est encouragé. (...) Cependant, lorsque des députés dûment élus sont personnellement menacés au sujet de leur travail effectué au Parlement — soit en déposant un projet de loi, en faisant une déclaration ou en votant — cette Chambre doit prendre cette affaire très au sérieux», a déclaré M. Scheer en rendant sa décision, soulignant qu'il est le «gardien» des privilèges des parlementaires.

Il conclut que les menaces et les tentatives d'influencer les actions d'un député constituent bel et bien un bris des privilèges des parlementaires. Et que cela fut le cas ici — à première vue— à l'égard du ministre de la Sécurité publique.

Fort de cette décision rendue mardi matin, Vic Toews a aussitôt déposé une motion pour que cette affaire soit référée en comité parlementaire, sans en précisé le mandat souhaité. Ce comité devra ensuite faire rapport au président de la Chambre. Il pourrait être difficile — voire impossible — de forcer les personnes derrière ces vidéos à témoigner puisque leur identité est inconnue pour l'instant.

Le président de la Chambre a aussi décidé du sort de l'affaire «Vikileaks30». Un utilisateur anonyme — plus tard identifié comme un employé du bureau de recherche du Parti libéral — a mis en ligne sur un compte Twitter des informations personnelles sur le divorce du ministre. Un dossier clos, estime le président, car le chef libéral par intérim Bob Rae s'est excusé «sans équivoque» auprès de M. Toews. L'employé en question a démissionné.

Quant à une autre initiative citoyenne qui visait à inonder le bureau de M. Toews de télécopies, de courriels et d'appels, le président a tranché que cela n'avait pas empêché le ministre d'exercer ses fonctions de député et de ministre et de communiquer avec les citoyens. Il n'y donc pas trouvé de bris des privilèges de M. Toews en tant que parlementaire.

Le vote sur la motion devrait avoir lieu mardi soir et elle va sans aucun doute être adoptée, vu la majorité des conservateurs au Parlement.

Le groupe «Anonymous» n'en est pas à ses premières frasques: ils ont fait de nombreuses actions dans le passé, se présentant comme des défenseurs du droit à la liberté d’expression sur Internet.