De «sérieux problèmes» dans la présidentielle russe, selon l'OSCE

Putin

Première Publication: 5/03/2012 05:12 Mis à jour: 8/03/2012 14:41

MOSCOU - Le chef des observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a estimé, lundi, qu'il y avait des «problèmes sérieux» avec l'élection présidentielle russe de dimanche, remportée par Vladimir Poutine.

Avec un score de plus de 63 pour cent des voix, selon la commission électorale, Vladimir Poutine obtient un troisième mandat au Kremlin, où il a régné de 2000 à 2008 avant de devoir céder la place à Dimitri Medvedev, ayant atteint la limite constitutionnelle de deux mandats présidentiels successifs.

L'observatoire électoral indépendant russe Golos estime pour sa part, en se fondant sur les décomptes encore partiels de ses observateurs postés dans des bureaux de vote, que le score de Vladimir Poutine est plus proche des 50 pour cent. Il était opposé à quatre autres candidats.

L'opposition et des observateurs indépendants affirment que l'élection de dimanche a donné lieu à une vaste fraude.

Le chef des observateurs de l'OSCE, Tonino Picula, estime dans un communiqué diffusé lundi qu'«il n'y a pas eu de véritable compétition» et que «le recours abusif aux ressources gouvernementales a garanti qu'il n'y ait jamais de doute sur l'identité du vainqueur au bout du compte».

Si tous les candidats ont pu faire campagne, «les conditions étaient manifestement biaisées en faveur de l'un des candidats, le premier ministre actuel Vladimir Poutine», estime M. Picula.

Il ajoute que «le processus électoral le jour du vote a reçu une évaluation globalement positive», mais qu'«il s'est dégradé pendant le décompte des bulletins, qui a reçu une évaluation négative dans près d'un tiers des bureaux de vote sous observation, en raison d'irrégularités de procédure».

Selon l'agence de presse russe ITAR-TASS, quelque 12 000 policiers et soldats devaient être mobilisés à Moscou lundi pour maintenir l'ordre. Plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés dans la soirée à l'appel de l'opposition sur la place Pouchkine, dans le centre de la capitale, près du Kremlin. «Honte, honte!», «La Russie sans Poutine!», ont-ils scandé.

Serguei Oudaltsov, l'un des organisateurs de la manifestation, a appelé les protestataires à rester sur place jusqu'à la démission de Vladimir Poutine. «Si c'était une élection libre, pourquoi submerger la ville de troupes?», a-t-il demandé. «Ils ont peur de nous!», a lancé la foule.

La manifestation s'est déroulée dans le calme, mais la police antiémeute est ensuite intervenue pour disperser violemment les protestataires, procèdant à de nombreuses arrestations.

Une centaine de manifestants ont également été interpellés à Saint-Pétersbourg, où 2000 personnes s'étaient regroupées pour une manifestation interdite par les autorités.

L'opposition a mobilisé jusqu'à des dizaines de milliers de personnes ces derniers mois pour protester contre la victoire du parti de Vladimir Poutine aux élections législatives du début décembre 2011. Les autorités ont autorisé ces manifestations d'une ampleur inédite depuis la fin de l'Union soviétique, mais rien ne dit qu'elles seront aussi tolérantes après la présidentielle.

Lundi, le président sortant Dimitri Medvedev a ordonné au ministère de la Justice de s'expliquer sur son refus, l'an dernier, d'enregistrer le Parti de la liberté du peuple, dirigé par certaines des figures les plus influentes de l'opposition. Il a aussi ordonné au procureur général de réexaminer la légalité de la condamnation de l'ex-magnat du magnat du pétrole Mikhaïl Khodorkovski et d'une trentaine d'autres détenus considérés par l'opposition comme des prisonniers politiques.

Certains observateurs de la vie politique russe n'y voient qu'une manoeuvre pour affaiblir l'opposition.

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Publié par Jean-Philippe Cipriani  |