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«John Carter»: le talent d'Andrew Stanton au service d'un héros oublié

05/03/2012 03:20 EST | Actualisé 05/05/2012 05:12 EDT

PARIS - Le grand public le connaît peu mais pour les fans de science-fiction, il est tout simplement le premier héros de l'espace. Bien avant Luke Skywalker, Rick Deckard ou Jake Sully, bien avant «La Guerre des étoiles», «Blade Runner» ou «Avatar», il y avait John Carter, un ex-capitaine de l'armée confédérée perdu aux confins de la planète Barsoom...

Né sous la plume d'Edgar Rice Burroughs au début du XXe siècle, Carter verra ses exploits et son univers peuplé d'incroyables créatures extraterrestres connaître un succès fulgurant. Mais presque au même moment, l'écrivain américain donnera naissance à un autre personnage qui deviendra l'un des grands mythes du monde moderne: Tarzan...

Face au succès du «Seigneur de la Jungle», John Carter et sa saga spatiale sombreront doucement dans l'oubli. Jusqu'à ce qu'un siècle plus tard, l'un des génies des studios Pixar se souvienne de son héros d'enfance et décide de l'adapter sur grand écran. Épaulé par la machine de guerre de Walt Disney, Andrew Stanton s'est ainsi attelé à la tâche colossale de donner vie aux aventures martiennes de Burroughs en réalisant «John Carter», qui prendra l'affiche vendredi.

Ancien capitaine de l'armée confédérée parti chercher de l'or, Carter (Taylor Kitsch) voit sa vie basculer alors qu'il se trouve dans une grotte sacrée des Apaches. Il est en effet inexplicablement transporté à des années-lumière de la Terre, sur la planète Barsoom. Dans cet immense désert, il découvre que sa force et son agilité sont décuplées sous l'effet de la gravitation.

Sur place, John Carter tombe entre les mains de la tribu primitive des Tharks et rencontre la princesse héliumite, Dejah Thoris (Lynn Collins). Pris au coeur d'une bataille ancestrale entre le royaume d'Hélium et celui de Zodanga, dirigé par le sanguinaire Sab Than (Dominic West), John Carter devra faire un choix: aider la princesse ou tenter de rentrer chez lui.

«Le livre 'Une princesse de Mars' est considéré comme la pierre de Rosette de la science-fiction», estime Andrew Stanton. «Mon but, c'est de faire croire au spectateur que cet univers existe bel et bien, de susciter ce sentiment que l'on ressent quand on lit un bon livre fantastique.»

Un bon film fantastique: c'est exactement l'exploit qu'il a réussi à accomplir avec «John Carter», son premier long métrage réalisé en 3D, avec de vrais acteurs et un mélange d'animation et de prises de vue réelles. Des déserts de sable des Tharks aux fastueux palais de Zodanga, la planète Barsoom prend vie sur grand écran avec ses vaisseaux spatiaux, ses villes et ses créatures insolites: des grands singes blancs aux Calots, ces drôles de chiens-lézards, en passant par les Tharks aux quatre bras, les Therns et leur pouvoir de transformation ou encore les Héliumites à la peau tatouée.

Les scènes d'action, courses-poursuites à cheval ou en vaisseau spatial, batailles à l'épée ou à mains nues, se succèdent à un rythme effréné, portées par une mise en scène grandiose et des effets spéciaux impeccables. On y croit, jusqu'au couple improbable formé par un insolent soldat terrien né en Virginie et une princesse sensuelle promise au royaume ennemi. Pour cela, Stanton a eu l'intelligence de choisir deux acteurs peu connus du grand public, Taylor Kitsch et Lynn Collins, un duo charismatique à l'alchimie évidente...

Un aventurier, une princesse, une guerre civile et une galaxie très lointaine: impossible, en regardant «John Carter», d'éviter la comparaison avec la première fournée de «La Guerre des étoiles» enfantée dans les années 1970. À une autre époque, moins mercantile, le film de Stanton aurait pu rivaliser avec le chef-d'oeuvre de George Lucas. Mais pour son premier coup d'essai de cinéma réel, le réalisateur pêche par sa précipitation — pourquoi traiter autant d'intrigues en un seul film? —, par son simplisme —parfois trop enfantin pour un public adulte — et surtout par la fadeur de ses anti-héros, le caricatural Sab Than et les mystérieux Therns...

Si Andrew Stanton avait su mettre en parenthèses son passé Pixar et plonger dans la noirceur de l'âme humaine pour donner corps à l'alter ego maléfique de son héros, son film serait déjà un grand «classique» du cinéma de science-fiction. Mais ce ne sont que ses premiers pas; il le fera peut-être dans le prochain volet des aventures de John Carter, «Les Dieux de Mars». Tournage prévu en 2014.

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