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Des sirops contre la toux devraient être confiés aux pharmaciens, dit un rapport

05/03/2012 09:14 EST | Actualisé 05/05/2012 05:12 EDT

QUÉBEC - Une substance contre la toux très répandue devrait être retirée des tablettes et confiée au contrôle des pharmaciens, affirment deux coroners qui se sont penchés sur des décès survenus l'an dernier au Québec.

Les coroners Pierre Guilmette et Andrée Kronstrom ont enquêté sur les décès d'Yvon Boucher, 64 ans, et Marcel D'Amour, 65 ans, morts après une intoxication accidentelle au dextrométhorphane, que l'on retrouve notamment dans les sirops contre la toux.

Le produit est disponible sans prescription ou avis professionnel.

«Il y a plusieurs médicaments qui sont disponibles auprès du pharmacien et qui ne sont pas disponibles couramment sur les tablettes, a expliqué le coroner Guilmette. À ce moment-là, le pharmacien peut gérer les indications, les contre-indications, donner les conseils appropriés aux clients, sans avoir besoin de prescription médicale.»

M. Boucher est décédé après avoir consommé simultanément du dextrométhorphane, du Biaxin (un antibiotique) et du Prozac (un antidépresseur) — une combinaison qui peut causer un désordre chimique potentiellement mortel. La victime avait acheté son sirop dans une pharmacie autre que celle où il avait son dossier et le pharmacien ne s'est donc pas attardé aux interactions possibles entre les produits.

Le rapport des coroners rappelle qu'il y a, bon an mal an, 25 millions de prescriptions d'antidépresseurs de la même famille chimique que le Prozac au Canada et que le Biaxin est très prisé pour le traitement des infections des voies respiratoires. Le coroner Guilmette considère donc que le dextrométhorphane disponible sans limites sur les tablettes constitue un danger pour la sécurité du public.

D'autre part, l'analyse toxicologique de la dépouille de M. D'Amour a révélé la présence de dextrométhorphane à une concentration supérieure au seuil toxique. Il est probable qu'il n'ait pas tenu compte des indications générales inscrites sur le contenant du produit.

«Le produit est disponible depuis une soixantaine d'années sur les tablettes des pharmacies, a dit le docteur Guilmette. C'est un vieux médicament dont l'efficacité n'a jamais été vraiment démontrée en plus, donc à partir de là, il faudrait minimalement que le pharmacien puisse conseiller les clients.»

La coroner Kronstrom croit qu'il serait approprié que ces médicaments soient placés sous la surveillance du pharmacien qui pourrait annoter le dossier du patient et lui prodiguer les conseils appropriés concernant les possibles surdoses et les interactions avec d'autres médicaments.

Le rapport des deux coroners rappelle qu'entre 2000 et 2009, 20 décès ont été causés par une intoxication involontaire à des médicaments en vente libre.

Ils recommandent que la substance en cause soit retirée des tablettes des pharmacies pour que le pharmacien seul en ait le contrôle. Ils souhaitent que l'Ordre des pharmaciens du Québec incite ses membres à placer volontairement tous les produits contenant du dextrométhorphane sous leur contrôle avant qu'un changement législatif éventuel l'oblige.

Ils veulent aussi que le Collège des médecins du Québec sensibilise ses membres aux dangers de recommander et de prescrire le dextrométhorphane aux patients prenant déjà certains médicaments.

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