NOUVELLES

Wayne Kramer retourne en prison, mais volontairemen,t avec sa guitare

04/03/2012 10:27 EST | Actualisé 04/05/2012 05:12 EDT

LOS ANGELES, États-Unis - Il a passé plus de deux ans en prison dans les années 1970 pour avoir tenté de vendre de la cocaïne à des policiers infiltrés et pourtant, Wayne Kramer ne pense à rien d'autre en ce moment qu'à retourner derrière les barreaux.

Mais cette fois, le guitariste du légendaire groupe MC5 y retourne volontairement, avec plein d'instruments de musique dans sa besace qu'il fait distribuer à des détenus. Avec l'aide de copains tels que Chris Shiflett (Foo Fighters), Gilby Clarke (ex-Guns 'N Roses), Tom Morello (RATM), Perry Farrell, Steve Earle et autres Billy Bragg, Kramer a fondé voici deux ans avec sa femme Margaret l'association Jail Guitar Doors USA.

Depuis son studio d'Hollywood, où il gagne aujourd'hui sa vie en composant de la musique pour des films et des séries TV, le musicien a supervisé l'envoi de nombreux instruments de musique dans des prisons et établissements pénitentiaires du Nevada, de la Californie et du Texas.

Et, derrière les barreaux, la musique reste un moyen d'évasion.

«Quand je jouais de la musique en prison, j'étais plus en prison», se souvient-il, entre deux bouchées de plats thaï végétariens avalées dans son studio. «C'est exactement ce qu'on essaie de faire avec les dons d'instruments: se dire qu'il y a un moyen de surmonter l'épreuve, qu'on peut prendre une autre direction, que la guitare vous aide à vous impliquer.»

À 63 ans, Kramer a quasiment la même silhouette que celle des années 60, quand il moulinait «Kick Out the Jams» et «Gotta Keep Moving» rouflaquettes au vent et Stratocaster en avant. Seule la crinière bouclée manque...

Le rocker n'avait pas 30 ans quand il a été incarcéré à la prison fédérale de Lexington (Kentucky) après avoir été condamné à quatre ans d'emprisonnement pour avoir tenté de vendre l'équivalent de 10 000 $ de cocaïne en 1975. Manque de chance pour lui, les acheteurs étaient des agents de la DEA (l'agence fédérale de lutte contre le trafic de stupéfiants) infiltrés...

La prison de Lexington a constitué un choc pour l'ancienne rock star, mais Wayne Kramer a vite découvert qu'on y donnait des cours de musique. Et que le professeur de solfège n'était autre que le trompettiste de jazz Red Rodney. Cet ancien du quintette de Charlie Parker était lui-même une nouvelle fois derrière les barreaux pour possession d'héroïne.

«Il avait déjà été trois fois à Lexington (...) C'était un peu le maire de la prison», se souvient Kramer dans un éclat de rire. Après deux années et demie passées à jouer avec Rodney à Lexington, Kramer a bénéficié d'une libération anticipée. Mais la pente a été longue à remonter. Le MC5, qui est l'un des inspirateurs du punk avec ses rythmes furieux et son attitude rebelle, était dissous depuis longtemps, alors que la scène musicale de Detroit s'était étiolée aussi vite que l'économie locale.

Las de passer de projet en projet, de continuer de boire et de fréquenter des junkies, ce pur Detroiter exilé un temps à New York a choisi de sauver sa peau en s'installant à Los Angeles en 1994. Bien lui en a pris. Devenu sobre, il a notamment livré deux albums solo incandescents «The Hard Stuff» en 1995 et «Dangerous Madness» en 1996), avant de commencer à composer des musiques de film.

Le guitariste a également reformé en 2003 une nouvelle version du MC5 avec toute une série d'invités dont Ian Astbury (The Cult), Handsome Dick Manitoba (The Dictators) ou encore Deniz Tek (Radio Birdman) pour pallier l'absence des membres originaux, le guitariste Fred «Sonic» Smith et le chanteur Rob Tyner, tous deux morts d'une crise cardiaque en 1991 et 1994 alors qu'ils n'avaient pas 50 ans...

Tout au long de ces années, le musicien assure qu'il a longtemps pensé à rendre ce qu'on lui avait donné en prison. Pour lui, beaucoup des détenus sont ce qu'il a été: de jeunes hommes condamnés à des années de prison ferme pour s'être embringués stupidement dans des affaires de stupéfiants.

«Je ne suis pas un optimiste béat», dit-il de la vie prison. «Il y aura toujours des gens qui ne changeront pas, que ça n'intéresse pas de changer et qu'il faut garder en prison. Je les évalue peut-être à 15 pour cent. Mais ça nous en laisse 85 pour cent.» Aussi a-t-il commencé à visiter des prisons et après un concert donné en mai 2009 au célèbre pénitencier de Sing Sing (Etat de New York) Jail Guitar Doors USA était né.

Une association créée avec la complicité de son vieux compère, le chanteur et activiste anglais Billy Bragg. Un jour, Billy est arrivé avec l'une de ses guitares sur laquelle était écrit: «Jail Guitar Doors». Il a expliqué à Kramer qu'il avait fondé en 2007 une association portant ce nom et venant en aide aux détenus britanniques via la musique.

Et d'ajouter que le titre venait d'une chanson de Clash. «Peut-être que tu la connais?», lui a-t-il dit. «J'ai répondu: 'Ouais, je la connais, Billy. Elle parle de moi», s'esclaffe Wayne Kramer, qui lui a rappelé les premières paroles: «Let me tell you 'bout Wayne and his deals of cocaine» (Laissez-moi vous parler de Wayne et de ses deals de cocaïne).

Enregistrée à l'automne 1977, la chanson avait en effet été composée par le duo Joe Strummer/Mick Jones pour évoquer les démêlés judiciaires des rockers avec la drogue, dont ceux de Kramer, Keith Richards et Peter Green.

Aujourd'hui, Wayne Kramer aimerait en tout cas donner plus d'ampleur à Jail Guitar Doors USA. Il sait que ça lui prendra beaucoup plus de temps, d'argent et de coups de fil, mais il est déterminé.

«Je me dis que si je peux mettre une guitare entre les mains d'un gamin, il peut commencer à se voir comme quelqu'un d'autre qu'un gamin d'une banlieue défavorisée.»

PLUS:pc