Russie: les webcams de Poutine assurent mal le contrôle de la présidentielle

Publication: Mis à jour:
109 millions d'électeurs russes sont invités aux urnes. (AFP)
109 millions d'électeurs russes sont invités aux urnes. (AFP)

MOSCOU, 4 mars 2012 (AFP) - Vladimir Poutine avait promis que des webcams installées dans chaque bureau de vote permettraient d'écarter tout soupçon de fraude à l'élection présidentielle en Russie, mais le système a été loin de tenir ses promesses dimanche, selon des observations faites par l'AFP.

Le site officiel http://webvybory2012.ru était censé diffuser en temps réel les images des 180.000 webcams équipant les 90.000 bureaux de vote du pays pour permettre à tout un chacun de surveiller le déroulement du scrutin et le dépouillement des voix.

Dans quatre bureaux de Makhatchkala, au Daguestan (Caucase russe), dont un journaliste de l'AFP a suivi dimanche le vote via ces webcams, il était difficile de parler d'un véritable contrôle à distance: urne invisible, image bloquée pendant plusieurs minutes, écran noir avec disparition de l'image et du son, difficultés de connexion ou impossibilité d'accèder aux sites...

Le bureau de vote 993 à Makhatchkala est équipé de deux caméras, l'une montre les membres de la commission qui vérifient l'identité des électeurs, l'autre montre les deux urnes et les isoloirs. Mais cette deuxième caméra est fixée de telle manière qu'elle ne contrôle qu'une seule urne. L'autre est hors cadre.

La qualité de la transmission est variable. Régulièrement, l'image se bloque, voire disparaît totalement.

Dans le bureau 1090 à Makhatchkala, la caméra montre une seule urne, celle de droite. L'urne de gauche est quasiment invisible. A 13H48, une dame vient voter et se dirige vers l'urne de gauche: on aperçoit sa jupe et ses bottes mais on ne peut pas voir si elle met un ou plusieurs bulletins dans l'urne.

Russie Unie, le parti du Premier ministre Vladimir Poutine, grand favori du scrutin a remporté les législatives de décembre au Daguestan avec plus de 90% des voix.

Dans de nombreux autres bureaux, les caméras ne permettent de voir qu'une urne sur deux, par exemple au bureau 708 à Tambov (Russie centrale), a relevé l'AFP. Dans d'autres bureaux, comme le 710 et le 724 à Tambov, les électeurs sont filmés de loin, dans une semi-pénombre et de dos, rendant illusoire tout contrôle de leurs faits et gestes.

A Iakoutsk, ville de 250.000 habitants en Sibérie orientale, la situation était nettement meilleure dans les bureaux 703 et 704, les caméras permettant de voir les deux urnes et de vérifier que les électeurs y glissent bien un seul bulletin. Pareil à Vologda (nord), dans le bureau 281.

Dans le petit bureau de vote 242 du village de Yachkoul, en Kalmoukie (sud de la Russie), les caméras montrent les électeurs quasiment de dos. Là aussi, le site ne fonctionne pas bien et montre souvent un écran noir ou une image bloquée pendant plusieurs minutes.

Vladimir Poutine avait annoncé en décembre que chaque bureau de vote serait équipé de webcams pour la présidentielle, pour répondre à l'opposition qui avait dénoncé des fraudes massives aux législatives du 4 décembre, remportées par le parti au pouvoir avec près de 50% des suffrages.

"Je propose d'installer des caméras vidéo fonctionnant jour et nuit, qui permettent à chacun, à n'importe quelle heure, de regarder (sur internet) ce qui se passe" dans un bureau de vote, avait déclaré M. Poutine.

L'efficacité d'une telle initiative avait été aussitôt mise en doute par la mission d'observation électorale de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) en Russie.

"Il y a des choses qu'une webcam ne peut pas filmer, notamment le processus de décompte des bulletins de vote, l'enregistrement des résultats, les conditions de leur stockage ou encore qui a accès à ces données", avait commenté la responsable de la mission, Heidi Tagliavini.

Selon l'ONG Golos, qui surveille les élections, la présence de ces webcams a eu pour effet pervers d'entraîner la multiplication des bureaux de vote installés dans les entreprises, une possibilité offerte par la loi russe.

"Dans ces bureaux, il n'y a ni observateurs, ni caméras et les gens sont contrôlés par leurs supérieurs", souligne Andreï Bouzine, un membre de l'association.