Poutine vainqueur de la présidentielle

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Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev arrivent à un rassemblement à la Place Manezhnaya. (AFP)
Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev arrivent à un rassemblement à la Place Manezhnaya. (AFP)

MOSCOU, 4 mars 2012 (AFP) - Vladimir Poutine a remporté au premier tour la présidentielle dimanche et félicité les Russes d'avoir dit "oui à la grande Russie" alors que l'opposition dénonçait un scrutin faussé et illégitime.

Après dépouillement de 55% des bureaux, M. Poutine remportait 64,64% des suffrages, selon les résultats préliminaires officiels.

Le communiste Guennadi Ziouganov obtient 17,05%, le milliardaire Mikhaïl Prokhorov 6,89%, le populiste Vladimir Jirinovski 6,63%, et le centriste Sergueï Mironov ferme la marche avec 3,71%, selon ces résultats. La participation s'établit à 64%.

"Nous avons gagné dans une lutte ouverte et honnête", a lancé M. Poutine, devant un rassemblement en fin de soirée de plus de 100.000 partisans Place du Manège, face au Kremlin.

Nos électeurs "savent faire la différence entre le désir de renouveau et les provocations politiques dont le but est de détruire notre Etat et d'usurper le pouvoir", a-t-il ajouté. Une allusion claire à la contestation sans précédent dans le pays ces trois derniers mois, qu'il a à plusieurs reprises accusée de servir les intérêts de puissances étrangères.

LE VOTE EN IMAGES: (Suite du texte dessous)

Les Russes aux urnes
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Vladimir Poutine avait la larme à l'oeil lors de ce rassemblement en plein air et il n'était pas possible de dire dans l'immédiat si cela était du à l'émotion ou à un vent très fort. Sa voix ne tremblait pas durant son discours.

Interrogé à ce sujet dans son QG de campagne un peu plus tard dans la nuit, il a répondu: "Elles étaient vraies, mais vraies à cause du vent".

Medvedev pour l'accompagner

M. Poutine, qui a déjà effectué deux mandats de quatre ans à la présidence (2000-2008) était accompagné de Dmitri Medvedev, le président sortant qu'il avait propulsé au Kremlin en 2008 faute de pouvoir briguer un troisième mandat consécutif selon la constitution russe.

Nommé alors à la tête du gouvernement, tout en restant le véritable homme fort, Vladimir Poutine a été élu dimanche pour un mandat au Kremlin porté à six ans par une réforme constitutionnelle. Il pourra par ailleurs se représenter en 2018 et rester au pouvoir jusqu'en 2024.

"Nous ne nous laisserons pas prendre notre victoire", a lancé de son côté M. Medvedev.

L'opposition, qui a appelé à une grande mobilisation lundi soir à Moscou, a en effet dès dimanche soir dénoncé un scrutin selon elle faussé et illégitime.

"C'est une élection de voleurs, absolument malhonnête et indigne", a déclaré le candidat communiste Guennadi Ziouganov, en ajoutant: "Nous ne reconnaissons pas ces élections".

Le libéral Vladimir Ryjkov, un des leaders de la coalition qui a mobilisé des dizaines de milliers de manifestants à Moscou depuis les législatives de décembre, a jugé de son côté que "pas un paramètre ne permet de considérer cette élection comme légitime". Une nouvelle manifestation est prévue lundi soir.

"Demain matin, nous aurons comptabilisé 20.000, 30.000 fraudes" pendant ce scrutin, a-t-il déclaré à l'antenne de la télévision Rossia.

Mikhaïl Prokhorov n'a pour sa part pas voulu s'exprimer sur la légitimité du scrutin, tandis que MM. Jirinovski et Mironov ont reconnu la victoire de Vladimir Poutine.

Conversation avec Prokhorov

Par ailleurs, selon l'agence Interfax, le vainqueur du scrutin a parlé au téléphone avec M. Prokhorov, l'a félicité pour son score et lui a souhaité "du succès" avec son projet de créer un parti libéral en Russie.

M. Poutine a aussi parlé lors d'une vidéo-conférence depuis son QG de campagne avec des groupes de soutien dans plusieurs régions russes.

Fraudes en quantité

Avant même la clôture du vote, les représentants de certains candidats, des opposants, les organisations d'observation électorale comme l'association Golos et la Ligue des électeurs ainsi que des médias indépendants ont affirmé avoir recensé quantité de fraudes.

Le site control2012.ru, mis en place pour comptabiliser les infractions constatées par la Ligue des électeurs, le parti démocrate Iabloko et les partisans du candidat milliardaire Mikhaïl Prokhorov, avait comptabilisé dans la soirée plus de 5.573 cas.

Ce site recensait notamment 126 cas de bourrage d'urnes et 327 cas de "transport massif d'électeurs", une technique qui permet à un groupe de voter plusieurs fois dans différents bureaux grâce à des autorisations frauduleuses.

Un journaliste de l'AFP a vu sur une place centrale de Moscou plus d'une centaine de bus ayant conduit à Moscou des milliers de jeunes venus d'autres régions.

Ces personnes n'ont pas voulu dire qui avait organisé leur déplacement, mais ont confié être venues spécialement pour voter pour Vladimir Poutine. La loi électorale permet à une personne de voter dans un autre bureau que le sien, une règle qui, selon l'opposition, facilite les fraudes.

Le pouvoir avait assuré que le scrutin serait libre et démocratique, après que les falsifications dénoncées par l'opposition et des observateurs indépendants en décembre, lors des législatives, eurent déclenché une vague de contestation sans précédent depuis 2000 sous le slogan "La Russie sans Poutine".

M. Poutine avait affirmé régler le problème en ordonnant l'installation de 180.000 webcams --deux par bureau de vote-- pour que chacun puisse suivre le déroulement de l'élection en direct sur internet.

Mais le système a mal fonctionné dimanche, selon les observations faites par l'AFP: la retransmission des images était souvent interrompue pour des raisons apparemment techniques et l'emplacement des caméras ne permettait pas de contrôler toutes les urnes.

L'efficacité d'une telle initiative avait du reste été mise en doute par la mission d'observation électorale de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui doit donner ses conclusions sur le scrutin lundi.

De très importantes forces de police avaient été mobilisées dans le centre de la capitale dimanche soir pour dissuader toute velléité de contestation, donnant par endroits à la ville des allures de camp retranché.

Quelque 36.500 hommes, dont des soldats des forces armées du ministère de l'Intérieur, ont été mobilisés dans la ville, ont indiqué les autorités.

Des dizaines de camions des forces de l'ordre étaient visibles dans le centre, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Quelque 109 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes lors de ce scrutin.

La campagne électorale de l'homme fort du pays a été marquée par l'emploi massif des ressources de l'Etat en faveur de M. Poutine, des pressions et intimidations à l'encontre de l'opposition et des médias indépendants, a relevé l'ONG Golos, spécialisé dans la surveillance des élections.

Les autorités ont indiqué que le scrutin s'était déroulé sans incidents majeurs, hormis une attaque contre un bureau de vote au Daguestan (Caucase russe) qui a causé la mort de trois policiers.