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Vladimir Poutine remporte sans surprise la présidentielle, selon les projections

04/03/2012 06:20 EST | Actualisé 04/05/2012 05:12 EDT

MOSCOU - Après un intermède de quatre ans, Vladimir Poutine s'apprête à retrouver son fauteuil de chef d'État au Kremlin. Selon des sondages réalisés à la sortie des urnes et cités par la télévision publique, il a en effet remporté dimanche l'élection présidentielle en Russie, mais l'opposition et des observateurs indépendants ont affirmé que le scrutin avait été entaché de nombreuses fraudes.

Dans la soirée, M. Poutine a remercié plusieurs dizaines de milliers de ses partisans rassemblés devant le Kremlin. Il a lancé à la foule qu'il avait promis qu'il gagnerait et que c'est qu'il avait fait, insistant au passage sur le fait qu'il avait mené une bataille ouverte et honnête. Selon lui, le scrutin a montré que la majorité des Russes avait rejeté les provocations politiques de ses opposants destinées à détruire l'État russe et usurper le pouvoir.

Après le dépouillement de plus de 80 pour cent des bureaux électoraux dans l'ensemble du pays, M. Poutine récoltait 65 pour cent des suffrages, selon la Commission centrale électorale. Les résultats complets devraient être connus lundi.

Le candidat du Parti communiste Guennadi Ziouganov arriverait loin derrière en deuxième position. Les trois autres candidats, soit l'ultranationaliste Vladimir Jirinovski, Sergueï Mironov du parti Russie Juste et le milliardaire Mikhaïl Prokhorov, auraient quant à eux récolté moins de 10 pour cent des suffrages.

Si elles sont confirmées, les allégations de fraudes pourraient saper la légitimité de la victoire de M. Poutine et alimenter le mouvement de contestation. L'opposition se prépare à tenir une manifestation massive lundi dans le centre de Moscou.

À midi heure locale dans la capitale russe, l'organisme indépendant de surveillance du scrutin Golos disait ainsi avoir enregistré plus d'un millier de plaintes dénonçant des irrégularités présumées, allant des listes électorales douteuses à la panne des nouvelles webcaméras que Vladimir Poutine avait fait installer dans les bureaux de vote.

«Il y a eu beaucoup de gens qui ont voté plus d'une fois à Moscou», a déclaré Lilia Chibanova de Golos. Cette pratique du «vote manège» consiste à emmener en autocar des électeurs faire la tournée des bureaux de vote afin de voter plusieurs fois, a-t-elle expliqué. Des faits similaires ont été signalés à Novossibirsk, troisième ville de Russie, et à Barnaoul en Sibérie, a ajouté Mme Chibanova.

«Ces élections ne sont pas libres», dénonçait déjà Mikhaïl Kassianov, un ancien premier ministre de Vladimir Poutine passé depuis dans l'opposition. «Nous ne reconnaîtrons pas le président comme légitime», a-t-il dit. «On s'attendait bien sûr à des 'votes manège', mais pas de cette ampleur», a de son côté commenté sur son compte Twitter Alexeï Navalny, avocat anticorruption, blogueur influent et figure de proue de l'opposition.

Le chef de la campagne de M. Poutine, Stanislav Govoroukhine, a rejeté les accusations de fraudes, les jugeant «ridicules».

«Ces élections ne vont pas être honnêtes, mais nous ne devons pas fléchir», a affirmé l'ex-président soviétique Mikhaïl Gorbatchev, de plus en plus critique envers Vladimir Poutine. «Des élections honnêtes, cela doit être notre objectif constant, pendant des années, pour que ça arrive», a-t-il ajouté alors qu'il était sur le point d'aller voter.

Les allégations de fraudes massives lors des législatives de décembre dernier, remportées par le parti de Vladimir Poutine, Russie Unie, ont suscité des manifestations sans précédent contre le maître de Moscou. Malgré un mécontentement croissant dans le pays, les sondages lui prédisaient une victoire facile face à ses quatre rivaux.

M. Poutine a balayé les accusations des manifestants, qu'il dépeint comme une petite minorité de l'élite urbaine dupée par des Occidentaux qui cherchent selon lui à diminuer la Russie. Mais il a ostensiblement ordonné l'installation de caméras Web dans tous les bureaux de vote.

À 59 ans, l'ancien colonel du KGB a déjà été président de 2000 à 2008, enchaînant deux mandats de quatre ans. La Constitution ne lui permettant pas de briguer un troisième mandat consécutif, il a ensuite servi comme premier ministre, laissant la présidence à son dauphin, Dimitri Medvedev, qui devrait désormais le remplacer à la tête du gouvernement.

Pendant la parenthèse Medvedev, le mandat présidentiel a été allongé à six ans renouvelable une fois, ce qui permettrait à Vladimir Poutine, s'il est réélu, de passer douze nouvelles années au Kremlin. Il compterait ainsi 24 années de pouvoir, plus que tout autre dirigeant soviétique ou russe avant lui, excepté Joseph Staline.

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