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Russie: Répit nerveux avant la présidentielle briguée par Vladimir Poutine

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Un comité électoral en action, le 3 mars 2012. (VIKTOR DRACHEV / AFP)
Un comité électoral en action, le 3 mars 2012. (VIKTOR DRACHEV / AFP)

MOSCOU, 3 mars 2012 (AFP) - La Russie attendait samedi dans un climat nerveux la présidentielle à l'occasion de laquelle l'actuel Premier ministre Vladimir Poutine compte revenir au Kremlin, malgré une fronde sans précédent contre son régime.

Le pays observait samedi une "journée du silence" conformément à la législation électorale qui interdit toute campagne la veille du vote.

Les derniers sondages, publiés fin février, créditent M. Poutine d'une probable victoire au premier tour, avec environ 60% des voix.

Mais l'opposition a tout fait pour mobiliser les électeurs et imposer un second tour à l'homme fort du pays, déjà président de 2000 à 2008 mais qui a vu sa popularité baisser.

Il est confronté à quatre candidats qui se sont efforcés de ne pas attaquer frontalement l'ex-agent du KGB, et aucun membre d'une opposition radicale à Vladimir Poutine n'a été autorisé à se présenter.

Dans un entretien à plusieurs médias étrangers publié vendredi, M. Poutine s'est d'ailleurs dit sûr d'avoir le soutien de la majorité, même dans les grandes villes et au sein de la classe moyenne qui a fourni les rangs de l'opposition.

"Vous considérez que là-bas la majorité de la population est contre moi ? Dans quels sondages ? J'y ai simplement moins de partisans, mais (ceux-là) sont tout de même la majorité", a-t-il dit.

La coalition d'opposition qui organise depuis les législatives de décembre -- marquées selon elle par des fraudes massives -- des manifestations d'une ampleur sans précédent à Moscou depuis douze ans, a jugé que le scrutin ne pouvait être démocratique et prévoit un nouveau rassemblement dès le 5 mars dans le centre de la capitale russe.

La campagne électorale a été marquée, selon les observateurs de l'organisation russe Golos notamment, par l'emploi massif des ressources de l'Etat en faveur de M. Poutine, et une politique "d'intimidation" visant opposants et organisations désireuses d'observer le scrutin.

"La campagne s'est distinguée par l'abondance des tentatives de dénigrement, visant tant l'opposition que les candidats à la présidentielle", soulignait jeudi l'association dans un rapport.

L'actuel chef du gouvernement a accusé tour à tour les opposants d'être au service de l'Occident, de préparer eux-mêmes des fraudes électorales et même de vouloir assassiner l'un des leurs pour pouvoir en accuser le régime.

Dans un discours offensif lors d'un rassemblement de ses partisans la semaine dernière, M. Poutine a placé l'enjeu de l'élection au niveau d'une nouvelle "bataille pour la Russie".

Elu une première fois à la présidence avec 53% des voix alors qu'il était chef de l'Etat par intérim à la suite de la démission de Boris Eltsine, il avait été réélu triomphalement en 2004 avec plus de 71% des suffrages.

La hausse rapide du niveau de vie, grâce à la montée des cours mondiaux du pétrole, et une politique perçue comme rétablissant la place du pays sur l'échiquier mondial, avaient nourri cette popularité, selon les sociologues.

Contraint de quitter le Kremlin en 2008 faute de pouvoir effectuer un troisième mandat consécutif, M. Poutine est resté l'homme fort du pays en prenant l'habit du Premier ministre et en propulsant à la présidence Dmitri Medvedev, un de ses subordonnés.

Ce dernier s'est cependant effacé en faveur de son mentor et est appelé à devenir Premier ministre après la passation de pouvoirs prévue en mai.

Une réforme constitutionnelle a porté le mandat présidentiel de quatre à six ans, et M. Poutine peut théoriquement rester au pouvoir pour deux nouveaux mandats, soit jusqu'en 2024.

"Je n'ai pas décidé encore", a-t-il expliqué dans l'interview diffusée vendredi, "ce serait normal, si tout se passe bien, si ça plaît aux gens".

De nombreux analystes relèvent néanmoins que si la victoire dimanche de M. Poutine semble acquise, son mandat risque de s'avérer plus difficile que les précédents.

"Le mouvement de protestation déclenché après les législatives falsifiées de décembre ne menace pas encore l'emprise sur le pouvoir de Poutine, mais il est le symptôme d'une Russie de plus en plus instable", estime ainsi le Conseil européen pour la politique étrangère, un centre d'analyse proche de l'UE.

Quelque 109 millions d'électeurs sont appelés aux urnes. Les bureaux de vote russes ouvriront à 08H00 locale dimanche en Extrême orient russe (20H00 GMT samedi), et de premières estimations seront connues vers 21H00 (17H00 GMT dimanche) après la fermeture des dernières urnes à Kaliningrad (ouest).