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Les Russes semblent déjà frustrés par l'élection annoncée de Poutine

03/03/2012 11:01 EST | Actualisé 03/05/2012 05:12 EDT

Peu de Russes doutent que Vladimir Poutine, qui a été président de 2000 à 2008, remporte l'élection présidentielle de dimanche et retourne au Kremlin après quatre ans passés comme Premier ministre. Mais dans le train 109, qui relie la ville de Novy Ourengoï, située juste sous le cercle arctique, à Moscou, les passagers ne cachent pas leurs nombreuses frustrations, indiquant que son nouveau mandat ne sera pas facile.

Même si le ressentiment envers M. Poutine n'est pas unanime, les passagers du train, de la 1ère à la 3e classe, sont loin d'adhérer aux images de propagande qui le présentent comme le seul dirigeant que les Russes peuvent aimer et admirer.

"Pendant huit ans, nous avons eu Poutine. Ensuite, nous avons eu Medvedev et maintenant à nouveau Poutine. Qui après ça: Medvedev?", ironise Alexandre Iourov, qui voyage en troisième classe.

Le trajet entre Moscou et Novy Ourengoï, une ville productrice de gaz située juste en dessous du cercle arctique, dure 66 heures, sur une distance de 3.500 kilomètres. Les revenus du gaz naturel ont largement contribué à la prospérité de la Russie sous l'ère Poutine.

Ces richesses nouvelles ont dans un premier temps satisfait la classe ouvrière, mais le mécontentement s'est peu à peu répandu face à une situation politique figée, qui n'a vu Vladimir Poutine quitter le Kremlin que pour y laisser la place à son successeur désigné, Dimitri Medvedev, les présidents russes ne pouvant pas exercer plus de deux mandats consécutifs.

En décembre dernier, suite à des élections législatives marquées par des fraudes, la Russie a connu une vague de protestation sans précédent à Moscou, Saint-Pétersbourg et d'autres villes, et M. Poutine n'a pas traîné pour accuser des élites urbaines gâtées de mener ce mouvement. Mais comme en témoigne les propos tenus par Alexandre Iourov, chef d'équipe dans le BTP à Novy Ourengoï qui prévoit de voter pour le candidat communiste Guennadi Ziouganov, le mécontentement touche toutes les couches de la société. Beaucoup pensent d'ailleurs que les élites, ce sont Poutine et ses proches.

"Tout ce qui importe pour le gouvernement, c'est ce qui se passe à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Le reste du pays doit régler tout seul ses problèmes", observe Ilia Kouropatkine, debout dans le couloir d'un wagon de 2e classe.

Une grande partie de l'attrait de M. Poutine tient à la stabilité qu'il a apportée à la Russie après le chaos provoqué par l'effondrement de l'Union soviétique, puis avec le règne tragi-comique de Boris Eltsine à la tête du pays.

Les statistiques plaident en faveur de Vladimir Poutine, qui se présente face à quatre adversaires dont les candidatures ont reçu l'aval du Kremlin. Quand il a été élu pour son premier mandat en mai 2000, le salaire moyen, en roubles, équivalait à 57 euros par mois. Il a été multiplié par dix aujourd'hui. L'espérance de vie pour les hommes est passée de 60 à 64 ans. Le nombre de meurtres a diminué de près de 45% en douze ans.

"Tout le monde veut la stabilité", reconnaît Andreï Khorachavine, un homme d'affaires voyageant en 1ère classe. "Je ne vois que Poutine pour garantir ça".

Mais dans le même wagon, d'autres, qui se sont pourtant enrichis dans la Russie de Poutine, en ont assez de la corruption des élites qui gangrène le pays et se répercute dans leurs vies quotidiennes.

Igor, un entrepreneur dans l'informatique qui souhaite conserver l'anonymat, montre son smartphone et ronchonne: "J'en achète souvent pour en offrir". Ce qui signifie qu'il les donne comme pot-de-vin à des responsables gouvernementaux. Il assure que s'il ne cherche pas à se faire bien voir auprès d'eux, il pourrait faire l'objet de contrôles arbitraires et perdrait ses chances de remporter des appels d'offres publics.

Pour Fiodor Kolesnikov, qui voyage en 2e classe, la politique économique menée par Poutine mène à la catastrophe. "L'économie s'est améliorée, mais c'est uniquement grâce au pétrole", affirme cet analyste travaillant pour une entreprise de marketing à Novossibirsk, principale ville de Sibérie. "Nous avons besoin dans ce pays de quelqu'un qui puisse prendre des décisions audacieuses, sinon nous allons sur la route de la stagnation."

"Si vous dites quelque chose contre le gouvernement, ils vont vite vous faire taire", lance un autre passager, Youri Pouline, en assurant que la peur empêche les gens de critiquer M. Poutine. Mais comme beaucoup d'autres passagers du train, un peu résignés, il pense qu'un autre gouvernement ne serait sans doute guère mieux. AP

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