Costa Concordia: audience préliminaire à Grosseto

Grosseto Costa Concordia Audience

Première Publication: 3/03/2012 11:47 Mis à jour: 3/03/2012 14:47

GROSSETO, 3 mars 2012 (AFP) - Des centaines de rescapés du naufrage du Costa Concordia, encore traumatisés, ont exprimé leur colère samedi avant de participer à une audience préliminaire au procès sur ce drame, organisée dans la ville toscane de Grosseto.

"Se remémorer ces moments, ça fait mal... Il y avait tellement de confusion à bord, on a dû tout faire tout seul, tellement de choses ont été mal faites, en si peu de temps", se rappelle l'un d'eux, Giacomo Brignone.

"Alors qu'on aurait eu tout le temps nécessaire pour organiser l'évacuation de manière plus calme et, j'en suis presque sûr, presque tout le monde aurait pu être sauvé", confie-t-il à l'AFP-TV.

Des centaines de personnes - rescapés, mais aussi avocats et experts - étaient accréditées pour cette audience à huis clos qui s'est ouverte samedi dans le théâtre de la ville, transformé pour l'occasion en tribunal, après le fastidieux appel de tous les participants.

Principal protagoniste de la catastrophe qui a fait 32 morts, le commandant Francesco Schettino n'a pas fait le déplacement. Assigné à résidence, celui que la presse surnomme "le capitaine-poltron" est "inquiet pour sa sécurité", a expliqué l'un de ses avocats.

"C'est aussi bien que Schettino ne vienne pas", a réagi devant les journalistes un rescapé, Sergio Amarotto. "Il n'a fait que dire un mensonge après l'autre pour se couvrir", a-t-il ajouté avant d'entrer dans le théâtre devant une meute de journalistes et photographes venus du monde entier.

Une autre survivante, Francesca Bertaglia, ne décolère pas : "C'est un imbécile et quelque part aussi un criminel. C'est impensable qu'il n'ait pas déclenché l'alarme. C'est une attitude criminelle".

Neuf employés de la compagnie Costa sont poursuivis pour homicide par imprudence, naufrage et défaut de communication aux autorités maritimes. Le capitaine est poursuivi en outre pour avoir abandonné son navire alors que l'évacuation des passagers était en cours.

"Moi j'ai connu Schettino, comme tous les autres passagers, à bord. Je l'ai vu partir vers la proue. J'ai vu la première chaloupe descendre. Il était accompagné de 4 personnels de bord", a témoigné devant la presse Giuseppe Grammatico, passager et avocat.

L'audience de samedi mettait en présence le parquet, la défense et les représentants des parties civiles ainsi que des experts qui décideront quelles analyses mener sur les instruments de bord, notamment la boîte noire. Elle constitue une étape obligée dans la procédure italienne avant le procès proprement dit qui pourrait ne pas commencer avant deux ans.

Le parquet souhaite une analyse détaillée des minutes durant lesquelles le commandant a réalisé que le Concordia ne répondait plus aux commandes, afin de pouvoir déterminer s'il a ordonné trop tard l'évacuation du navire.

La presse a publié samedi de nouveaux témoignages accablants, délivrés par le second du capitaine, lui aussi poursuivi. "Le capitaine ne voulait pas admettre la gravité de la situation. Il ne donnait pas l'alarme aux autorités et leur donnait des indications erronées", a affirmé aux enquêteurs le capitaine Ciro Ambrosio, selon Il Fatto Quotidiano.

Selon le Corriere della Sera, citant d'autres fuites de cet interrogatoire, le capitaine Schettino aurait "ordonné à son équipage de dire aux garde-côtes que tout était sous contrôle".

Ambrosio assure que Schettino ne portait pas ses lunettes au moment de l'incident et ne cessait de lui répéter qu'il "ne voyait pas très bien", la jeune Moldave qui avait dîné avec lui, Domnica Cemortan, se tenant à ses côtés.

Les experts veulent s'assurer que "tous les instruments de bord fonctionnaient correctement", alors que Schettino fonde en partie sa défense sur l'absence de fiabilité de certains instruments, a expliqué à l'AFP Bruno Neri, professeur d'électronique à l'uiversité de Pise, présent en tant qu'expert.

Trois dirigeants de Costa, dont Manfred Ursprunger, vice-président exécutif, et Roberto Ferrarini, chef de l'unité de crise de la compagnie, sont poursuivis pour homicide par imprudence, naufrage et défaut de communication aux autorités maritimes.

Un coup dur pour le plus grand croisiériste européen, dont la réputation a été davantage écornée après la croisière-calvaire du Costa Allegra qui s'est achevée aux Seychelles suite à un incendie. Costa appartient au géant américain Carnival.

Plusieurs collectifs de naufragés se sont créés et des plaintes ont été déposées en Italie, en France et aux Etats-Unis contre Costa Crociere. Aux Etats-Unis, 39 passagers réclament à Carnival 520 millions de dollars de dommages et intérêts.

Le Costa Concordia transportait 4.229 personnes, dont 3.200 touristes de 60 nationalités et un millier de membres d'équipage, lorsqu'il a heurté un rocher. La catastrophe a fait 32 morts, dont 25 ont été retrouvés et sept sont encore portés disparus.

Dans la foule samedi à Grosseto, Hilaire Blémand, père du jeune Français Mickaël Blemand, toujours porté disparu avec sa fiancée de 23 ans. Aux journalistes qui lui demandent comment il se sent aujourd'hui, il répond simplement : "très mal, très mal".

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Un point de vue du Costa Concordia complètement incliné au large de l'île de Giglio, le 22 janvier 2012. (Getty)

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Publié par Myriam Lefebvre  |