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Chine: les villageois rebelles de Wukan désignent leurs nouveaux dirigeants

03/03/2012 06:49 EST | Actualisé 03/05/2012 05:12 EDT

WUKAN, China - Après s'être révoltés contre leurs édiles, accusés d'avoir volé leurs terres, les habitants de Wukan, un village de pêcheurs du Guangdong dans le sud-est de la Chine, ont élu samedi leurs nouveaux responsables lors d'un scrutin très suivi. Certains espèrent qu'il servira de modèle pour résoudre de façon démocratique la multitude de conflits locaux dans le pays.

Le vote scellait la victoire des villageois, qui avaient tenu pendant dix jours de siège et obtenu du gouvernement de la province de Guangdong des élections, la restitution des terrain et la libération des protestataires arrêtés.

Sous l'oeil de dizaines de journalistes chinois et étrangers, des milliers de villageois sont venus remplir et déposer dans les urnes les bulletins roses pour désigner les sept membres du comité de village. Si 23 candidats s'étaient présentés officiellement, les électeurs pouvaient voter pour n'importe quel habitant.

A la fin de la journée, la commission électorale a proclamé Lin Zuluan, responsable du village et Yang Semao, son adjoint. Tous deux faisaient partie des meneurs de la révolte de l'an dernier. "Nous ferons de notre mieux avec le pouvoir conquis avec votre grand soutien et votre aide", a lancé Lin Zuluan après l'annonce des résultats.

"C'est bien pour le développement de notre village si nous pouvons choisir un bon dirigeant, non?", demandait Yang Zunpei, qui avait abandonné son petit commerce dans une autre partie de la province du Guangdong pour aller voter au village. Avant "le village ne pouvait pas mieux se développer. Avec beaucoup de dirigeants corrompus, notre village est resté sous-développé".

Alors que des dizaines de milliers de conflits locaux éclatent chaque année en Chine, souvent liés à la corruption ou l'indigence des autorités, le scrutin de samedi offrait un épilogue inhabituel à la révolte de Wukan, l'an dernier. Les villageois accusaient le responsable local, au pouvoir depuis plusieurs décennies, d'avoir vendu des terres agricoles à des promoteurs sans leur accord.

Les villageois s'étaient révoltés, endommageant un commissariat et plusieurs voitures lors de manifestations. Après l'arrestation de militants en décembre, les habitants avaient chassé les responsables locaux et s'étaient retranchés dans le village pendant dix jours, tenant la police à distance et organisant des manifestations.

Fait inhabituel, le gouvernement provincial du Guangdong avait fini par céder en proposant l'organisation de nouvelles élections, la restitution d'une partie des terres disputées et la libération des militants arrêtés, ainsi que le retour de la dépouille de l'un d'eux, mort en détention.

Le fait que de nombreux meneurs de la révolte de Wukan se présentent à l'élection constituait une première. Les dirigeants locaux ont en effet souvent tendance à faire des concessions pour régler les conflits, puis arrêter les meneurs dès que la tension est retombée.

Depuis près de trois décennies, la Chine communiste autorise les villages à organiser des élections pour désigner les comités qui gèrent les finances, l'usage des terrains et d'autres affaires locales. Mais ces scrutins ont perdu toute crédibilité. les dirigeants élus, soutenus par la population, entrent souvent en compétition avec les responsables locaux du parti communiste et ces derniers, se sentant menacés, ont souvent tenté de manipuler les résultats. De ce point de vue, l'élection de Wukan apparaît comme l'une des plus libres organisées en Chine et certains pensent que le village pourrait ainsi montrer la voie.

"Espérons que les autorités locales dans d'autres endroits du Guangdong et même d'autres provinces se référeront à Wukan comme un précédent quand ils seront confrontés à des situations similaires", observait Li Lianjiang, spécialiste des élections locales et des manifestations en Chine à l'Université chinoise de Hong Kong.

"Wukan jusqu'à présent est un cas exceptionnel", observe néanmoins Li Fan, qui dirige un institut de recherche à Pékin impliqué dans des expérimentations en matière de gouvernance locale. Pour lui, quel que soit l'issue du scrutin, l'impact sur le développement de la démocratie locale "sera très limité". AP

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